Toulouse-Lautrec (1864-1901), lithographe hors pair, est considéré comme l'un des peintres français les plus importants de la période post impressionnisme. Les trente et une affiches qu’il réalise de 1891 à 1900 s’imposent par leur force et leur imagerie simplifiée, et font de lui un précurseur en matière d’affiche du XIXème siècle.
Sa production lithographique comprend également 361 estampes mettant en évidence la virtuosité de son trait, expressif et élégant.

L'écolier



Toulouse-Lautrec est né en 1864 dans le sud de France à Albi et provient de l’une des plus anciennes familles de nobles de France. À l'âge de huit ans, il déménage avec sa mère à Paris, qui prend en charge son éducation. En 1872, il entre au lycée Fontane, qu’il quittera deux ans plus tard en raison d’importants problèmes de santé. En effet, lors de son adolescence, Henri de Toulouse-Lautrec cesse brutalement de grandir à cause d'une maladie osseuse et de deux chutes de cheval qui le laissent difforme.

Son cahier d'écolier, datant de 1876, témoigne de la diversité des pensées dont le jeune Henri de 12 ans est animé. En plus de la religion et de la philosophie, il s'est interessé, entre autres, à la mythologie de l'ancien monde. Son travail artistique est plutôt éloigné du style classique, comme en témoigne la représentation de Mademoiselle Cocyle ou Hélène de Troie dans La Belle Hélène. De plus, son étude des fables de Phèdre et de La Fontaine à l’école vient influencer ses derniers dessins, dans lesquels apparaissent des animaux allégoriques.

Il rejette, dès son plus jeune âge, toute forme de flatterie ; une attitude qui se reflète également dans ses dessins, dans lesquels il préférait une représentation de son environnement sans fioritures. Suite à son accident, Henri de Toulouse-Lautrec a commencé alors à peindre et à dessiner puis s'est installé à Paris en 1882 pour parfaire sa connaissance de l'art.

 

L'étudiant


Henri a donc quitté le sud pour Paris. Le quartier de Montmartre est très vite devenu le quartier préféré de l'artiste.
Il a étudié à Paris auprès des peintres académiques Léon Bonnat et Fernand Cormon chez qui il a rencontré Vincent Van Gogh. Il a également visité les expositions impressionnistes, s'est intéressé aux estampes japonaises, en vogue à l'époque, et est devenu un admirateur inconditionnel d'Edgar Degas. Toulouse-Lautrec apprécie énormément les histoires mythologiques qu’il a représenté par exemple sur ce manuscrit autographe.

L’artiste fait référence à la mythologie romaine en citant la légende d'Hercule assommant Cacus. Le manuscrit est constitué de plusieurs esquisses à l'encre et de son célèbre monogramme, ses initiales HTL entourées par un cercle.

Le bohémien


Adepte invétéré des cabarets et de la vie nocturne, il a fréquenté des établissements comme Le Chat Noir (dirigé par Aristide Bruant) et est ensuite devenu une figure incontournable du nouveau cabaret qui a ouvert ses portes en 1889 : le Moulin Rouge. Il a dépeint avec tendresse les danseurs, les artistes et les visiteurs des boîtes de nuit de Paris : des artistes et des personnalités de la Belle Époque.
Il a reçu ses premières commandes, dont celles d’Aristide Bruant, que l’artiste immortalisera dans sa tenue de garde-chasse légendaire, (une immense cape noire sur le dos ainsi qu’une chemise et un cache-nez écarlates), souvent croqué de face, de profil ou de dos.
Passionné par l'expression humaine, par le trait vrai qui révèle tout l'être, doué d'une capacité d'analyse et d'une sensibilité exacerbée, Lautrec a su saisir dans chacune de ses œuvres, peintures, caricatures, dessins, illustrations ou affiches, le secret de l'âme.

La chanteuse Yvette Guilbert deviendra son modèle favori. Ce télégramme manuscrit adressé à l'éditeur André Marty en 1893 fait état de la demande d’un rendez-vous, probablement au sujet de la publication de la couverture d’un album de la chanteuse, conçu par Lautrec.

 

L'artiste

De 1889 à 1894, la majorité de ses tableaux sont élaborés autour de son quartier préféré : Montmartre. Trois des femmes bien connues qu’il a représentées étaient Jane Avril, la chanteuse Yvette Guilbert et Louise Weber, plus connue comme La Goulue danseuse excentrique qui créa le « cancan ». Ses affiches de la chanteuse Jane Avril font toujours partie de ses plus célèbres représentations.
La popularité de ses gravures et affiches permet à Toulouse-Lautrec de créer une conscience plus aiguë des évolutions artistiques grâce au libre usage des couleurs et à son indépendance dans les lignes et les formes. Il a ainsi ouvert la voie à la poursuite du développement de l'affichage publicitaire.


N’ayant pas besoin d’exécuter des œuvres sur commande, Lautrec choisissait des sujets qu'il connaissait bien ou des visages qui l’intéressaient et, comme il fréquentait des gens de toute sorte, ses tableaux couvrent une vaste gamme de classes sociales. Usant de déploiements d'arabesques et d'aplats colorés, de contre-plongées et de cadrages particuliers, ses œuvres ont influencé les premières esquisses de Matisse mais également de Picasso, au travers de l’usage des couleurs et des formes.


Le cuisinier


L'artiste, reconnu comme peintre passionné, était également un cuisinier hors pair.

Lautrec, tel un ethnographe, avait pris pension à La Fleur blanche, une maison close du quartier de l'Opéra, afin d'avoir ses modèles sous la main. Les raffinements de la table, pour cette génération d'artistes et d'écrivains, étaient un moyen d'échapper au « grand dégoût collecteur ». Maurice Joyant, marchand d'art et fidèle compagnon de vie de Lautrec, a retranscrit les nombreuses créations et les variations culinaires du peintre après la mort de son ami.

Malgré une vie courte (Toulouse-Lautrec décède à l'âge de 36 ans) et marquée par la maladie, l’œuvre du peintre fut très vaste : le catalogue pratiquement complet de ses œuvres, publié en 1971, énumère 737 peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies (y compris les affiches) et environ 5 000 dessins.

Collections d'affiches