Correspondance amoureuse

Plongez au coeur de l'intimité d'écrivains célèbres

d'Adama Sidibé

Pourquoi la correspondance d’un auteur suscite-t-elle tant d’intérêt de la part des amateurs de littérature ? Premièrement, ces lettres d’amour sont souvent de véritables chefs-d’œuvre de littérature. Ensuite, de manière plus pragmatique, ces lettres ont une valeur historique : une face cachée de la vie de l’auteur nous est révélée.

Parfois, on s’aperçoit qu’il existe un fossé entre la vie privée et la vie publique des écrivains. Ce qui nous rappelle qu’ils ne sont guère immunisés contre les sentiments humains. Ce sont avant tout des hommes et des femmes comme les autres.

Leurs relations amoureuses passionnelles et parfois houleuses ne s’exprimaient pas comme aujourd’hui à travers des SMS et des émoticônes, mais de manière épistolaire. Certaines correspondances sont déjà célèbres, telles que celles des deux enfants terribles du romantisme français : George Sand et Alfred de Musset ou encore Paul Éluard et Gala (avant que cette dernière ne lui préfère Salvador Dalí).


Maupassant et la comtesse Potocka



Cette lettre autographe signée de Guy de Maupassant adressée à la comtesse Potocka est datée du 11 mars 1889. Cet article unique et exceptionnel témoigne des années d'attente et de la souffrance amoureuse de Maupassant.

« Je ne dis pas que je vous ai aime, je dis que j'ai été atteint, comme d'autres, par votre pouvoir » écrit Guy de Maupassant

L'écrivain s'expose dans cette lettre et dévoile ses sentiments. Ces lignes sont donc le témoignage d'une immédiate passion que l'écrivain avait dissimulée depuis sa rencontre avec la comtesse Potocka (égérie du tout-Paris dans les années 1880, notamment de Guerlain qui lui créa un parfum), et qu'il confesse enfin : « aucune femme ne m'a plu dès l'abord, comme vous ».

La comtesse, fille du prince Fabrizio Pignatelli de Cerchiara, fut l'épouse du très riche comte polonais Nicolas Potocki. Cette dernière tenait un des salons parisiens les plus prisés, dans son hôtel particulier. Ce fut le lieu de rendez-vous de l’intelligentsia parisienne où la comtesse recevait chaque vendredi des prétendants appelés « macchabées ». Maupassant est un fidèle de ses soirées, comme le fera remarquer Proust dans une chronique du Figaro de 1904 : « Maupassant allait tous les jours chez elle » ; Maupassant fut même ironiquement élevé au rang de « secrétaire perpétuel du Conseil permanent du club des Macchabées ».

Ainsi, l’écrivain cherche dans cette lettre à se démarquer d'une foule de prétendants dans la même position que lui. Sa relation avec la comtesse a dès son commencement mêlé amour et amitié, dans un subliminal jeu de séduction. La comtesse semble donc douter de la sincérité de son ami, ce à quoi il lui rétorque : « si vous dites encore que je ne suis pas franc c'est que la tour Eiffel n'est pas en fer ». Quoi qu’il en soit, la comtesse inspira Maupassant, qui attribua ses traits à Christiane Andermatt dans Mont-Oriol et à Michèle de Burne dans Notre cœur. Leur correspondance s'étend sur plusieurs années, jusqu'à l'internement de Maupassant.


Le Marquis de Sade et sa femme


Cette lettre a été rédigée à la Bastille au printemps 1784. Le Marquis espère une visite de sa femme : « Il me paraît, quoi que vous en disiez que votre empressement à me venir voir n'est pas très grand. Voilà huit jours que tout est libre et que les chemins sont superbes et pourtant vous ne vous pressez guères. Vous avez la permission qui peut donc vous arrêter à présent ? ». Ces reproches ne sont pas nécessairement fondés et procèdent d'un jeu de chantage affectif, dont les règles reposent sur une oscillation entre souffrance et plaisir, tour à tour subis et désirés. Cette mécanique de balancier semble préfigurer les rituels pervers des futurs personnages du Marquis de Sade .


Roger Nimier et Madeleine Chapsal

Cette correspondance s'étend de 1952 à 1960, elle est composée de 48 lettres et billets autographes. Sa liaison avec Madeleine Chapsal (épouse du patron de l'Express, Jean-Jacques Servan-Schreiber) devient rapidement houleuse car Nimier, flambeur, buveur et séducteur, multiplie les aventures parallèles. Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de cette correspondance un incroyable feuilleton dont les rebondissements empruntent surtout aux registres de l'absurde, de l'humour noir et du sadisme.

L'esprit frondeur du jeune hussard et son goût immodéré pour la provocation vont jusqu'à lui faire rédiger des consignes de discrétion, à l'intention de sa maîtresse, à la manière d'une circulaire nazie. En effet, Nimier n'est pas seulement son amant mais c'est aussi son mentor. Comme la journaliste s'essaie au roman, il lui adresse de véritables leçons de style, mais sans tact ni délicatesse : « vos héros flottent comme des articles flottent dans une mise en page qui n'est pas équilibrée ». Plusieurs de ces lettres sont produites sous l'influence de l'alcool et ré-annotées le lendemain.

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Georges Bataille et Denise Rollin

« Je songe à toi dans cette chambre et à tout ce qui arrivera là quand nous serons de nouveau ensemble » Bataille, 1940 »

Ces lettres autographes de Georges Bataille à Denise Rollin de 14 lignes, sont issues de leur correspondance amoureuse durant la guerre et l'Occupation. Flux et reflux incessant d'amour et de souffrance, d'extase et de déception, mêlant tutoiement et vouvoiement, compliments et reproches, cette lettre ressemble à son auteur et à l'époque. D’ailleurs, dans son ouvrage, Le coupable , Bataille résume les affres de la passion amoureuse :

« L’amour à cette exigence : ou son objet t'échappe ou tu lui échappes. S'il ne te fuyait pas, tu fuirais l'amour. Des amants se trouvent à la condition de se déchirer. L'un et l'autre ont soif de souffrir. Le désir doit en eux désirer l'impossible. Sinon, le désir s'assouvirait, le désir mourrait »

Ainsi Bataille, amoureux, écrit dans cette lettre : « Je n'ai même plus le courage de vous dire ce que je souffre », « En tout cas imposer une pareille souffrance a un homme exactement pour rien, cela devient comme une maladie, comme un
delire ». Denise Rollin se montrait-elle cruelle ou Bataille était-il inutilement angoissé ?

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Albert Camus et Maria Casarès

Très récemment, la fille d’Albert Camus, Catherine Camus a fait publier chez Gallimard une sublime correspondance amoureuse (865 lettres) entre son père et Maria Casarès. En effet, l'écrivain, pourtant marié (et qui le restera) a entretenu une relation passionnelle avec la comédienne pendant plus de 10 ans. Les deux amants se rencontrent en mars 1944, tandis que la Femme de Camus est à Oran en Algérie. À son retour, Maria quitte son amant. Inconsolable, Camus écrit : « Loin de toi je croyais mal vivre, mais ce n’est pas vrai. Loin de toi, je ne sais plus vivre du tout. », « Je crois que j'ai envie de mourir. ». Ils se retrouvent quatre ans plus tard, par hasard, boulevard Saint-Germain et ne se quittent plus.

« Si j’avais à choisir entre le monde entier et toi, c’est toi que je préfèrerais à la vie et au ciel. » Albert camus à Maria Casarès

Elle est pour lui sa « savoureuse », sa «truite noire», sa «petite sainte brûlante», son «Hespéride» et sa «lumière». Il est pour elle son «beau prince exilé», son «seigneur», son «vivant» et son «jeune homme mince et brun aux yeux de lumière».

« Je te veux, c’est un besoin et je mettrai tout mon cœur, toute mon âme, toute ma volonté et toute ma cruauté, même, s’il le faut,
à t’avoir » Maria Casarès et Albert camus déc. 1948

L'ultime lettre d'Albert Camus à son grand amour, intitulé « Dernière lettre », semble prémonitoire. Il décide de rentrer de Lourmarin, Vaucluse, par la route le lundi 4 janvier 1959 et écrit à sa maîtresse : « À bientôt, ma superbe. Je suis si content à l'idée de te revoir que je ris en t'écrivant (...) Je t'embrasse, je te serre contre moi jusqu'à mardi, où je recommencerai ». Camus n’aura jamais cette chance puisqu’il meurt en chemin dans un accident de la route.


Goethe et Bettina

En 1806, Bettina Von Arnim se lie d’amitié avec Catharina Elisabeth, la mère de Goethe. Bettina ne cache pas son admiration pour Goethe, de 30 ans son aîné. Elle lui écrit des lettres en vain, auxquelles Goethe ne répond pas, les jugeant trop enthousiastes. Néanmoins, un an plus tard, après la première visite de la jeune femme à Weimar, ils entament une correspondance . Suite au décès de Goethe puis de celui de Bettina, les originaux ont été découverts et la correspondance a été rendue publique. Celle-ci fut une grande source d’inspiration pour des écrivains tels que Balzac ou Milan Kundera .



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