Extrait Il y avait plus de soixante ans que l’empereur Napoléon, pressé d’argent, avait vendu les provinces de la Louisiane à la République des États-Unis ; mais, en dépit de l’infiltration yankee, les traditions des créoles français se perpétuaient. M. de Saint-Elme, dont la plantation était située à vingt milles de la Nouvelle-Orléans, occupait plus de six cents esclaves qu’il traitait avec une bonté devenue proverbiale. On disait couramment : Heureux comme un noir de M. de Saint-Elme. Ce matin-là, M. de Saint-Elme se leva de bonne heure. Il se trouvait debout au moment même où le commandeur de la plantation, Vulcain – un pauvre diable boiteux de naissance – soufflait dans un coquillage pour appeler les noirs au travail et diriger les divers ateliers de travailleurs vers les acréages de coton et de cannes à sucre. Vulcain faisait siffler sa « rigoise » d’un air de nonchalance tyrannique, mais les noirs, confortablement vêtus de pantalons de cotonnade et de chemises de grosse toile, la face épanouie d’un large sourire, aux dents blanches, hochaient la tête avec une bonhomie malicieuse et venaient s’aligner en ordre en face du bénévole commandeur. Pour Vulcain, la « rigoise » était un insigne luxueux, un meuble de parade, quelque chose de comparable au bâton de commandement que l’on voit figurer aux mains des généraux mestres-de-camp dans les tableaux de Lebrun ou d’Hyacinthe Rigault.
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Gustave Lerouge, dit Gustave Le Rouge, né à Valognes le 22 juillet 1867 et mort à Paris le 24 février 1938, est un écrivain et journaliste français. Portrait Gustave Le Rouge était un polygraphe, auteur de nombreux ouvrages sur toutes sortes de sujets - un roman de cape et d'épée, des poèmes, une anthologie commentée de Brillat-Savarin, des Souvenirs, des pièces de théâtre, des scénarios de films policiers, des ciné-romans à épisode, des anthologies, des essais, des ouvrages de critique... - et surtout de romans d'aventure populaires dont la plupart incorporent une dose de fantastique, de science-fiction ou de merveilleux. Suiveur de Jules Verne et de Paul d'Ivoi dans ses premiers essais dans ce genre (La Conspiration des Milliardaires, 1899-1900; La Princesse des Airs, 1902; Le sous-marin Jules Verne, 1902), il s'en démarque nettement dans les ouvrages plus aboutis du cycle martien (Le prisonnier de la planète Mars, 1908; La guerre des vampires, 1909) et dans Le Mystérieux Docteur Cornélius (1911-1912, 5 vol.), considéré comme son chef-d'oeuvre, un roman dont le héros maléfique est le docteur Cornélius Kramm, le sculpteur de chair humaine inventeur de la carnoplastie, une technique qui permet à une personne de prendre l'apparence d'une autre. Le Rouge y récuse tout souci de vraisemblance scientifique au profit d'un style très personnel, caractérisé par une circulation permanente entre le plan du rationalisme et celui de l'occultisme, et par l'imbrication fréquente entre l'aventure et l'intrigue sentimentale (à la différence de Jules Verne). Ses romans de science-fiction évoquent Maurice Leblanc, Gaston Leroux et surtout Maurice Renard.
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