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Septembre - Couverture souple

Pages, Nicolas

 
9782080682185: Septembre

Synopsis

Il voulait arrêter de fumer. Il avait arrêté de boire. Il avait arrêté de se droguer. Il avait fini par partir. Il avait trouvé un endroit pour s'abriter... Pour ne plus être dépendant. Pour ne plus avoir peur du vide. Pour construire le jardin de ses bonheurs. Parce que nos envies changent.

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À propos de l'auteur

Nicolas Pages est l'auteur des romans Je mange un oeuf, Les choses communes, Septembre et SuperG. Il a longtemps été le collaborateur de la célèbre photographe Nan Goldin.

À propos de la quatrième de couverture

Il voulait arrêter de fumer. Il avait arrêté de boire. Il avait arrêté de se droguer. Il avait fini par partir. Il avait trouvé un endroit pour s'abriter... Pour ne plus être dépendant. Pour ne plus avoir peur du vide. Pour construire le jardin de ses bonheurs. Parce que nos envies changent.

Extrait. © Reproduit sur autorisation. Tous droits réservés.

La nuit J ai commencé cette nuit, j ai fini ce matin ton livre Les Choses communes. J ai commencé ce matin, et je finirai ce soir, une série de monochromes sur lesquels je tape des extraits qui sont à la fois tes souvenirs et les miens. Je ne finirai peut-être pas ce soir. Il y en a beaucoup. Il y en a des tonnes. J ai pleuré un moment après la lecture. Je me suis rendu compte que mes souvenirs étaient très proches des tiens, très proches d autres gens sûrement, que cela me dépossédait en quelque sorte du pouvoir d authenticité qu ils avaient. Je me suis dit, on est tous pareils et je me suis senti seul. En prenant ma douche, j ai regardé les carreaux de faïence. Je me suis mis en tête de tous les mémoriser, leur position les uns par rapport aux autres. Voilà ce qui changeait. Leur organisation dans un système cohérent. Voilà ce qui différenciait les gens. Des tas de combinaisons. Je me suis mis en tête de faire des surfaces avec tes/mes souvenirs. J ai mis mon pantalon et j ai commencé.

J ai fini ce matin cette mosaïque. Ce n est pas génial, il manque encore de la cohérence chromatique et j aurais voulu des dimensions plus grandes. On ne fait pas toujours ce qu on veut. Je voulais te demander si tu avais exposé récemment à P. ou si c était dans tes plans futurs : j aimerais bien voir ce que tu fais, j ai cru comprendre qu il s agissait de photos et de peintures. Hier je suis allé chez cette chocolatière, rue St-L., je me suis arrêté pour boire un chocolat chaud. Mais c est toujours pareil. Juste une tasse, rien qu une, je trempe mes lèvres qui me supplient de ne plus arrêter. Encore quelques gouttes onctueuses caressées, ne pas perdre le fil, ce plaisir comme un rasoir tranche les liens un à un, si minces à vrai dire, qui me retenaient au sol. On décolle. C est là que je ne me souviens plus. Si ce n est plus mes mains ou ma langue ou les deux qui travaillaient. Mal au ventre. Trop d euphorie hier, aujourd hui tout est fané, je me suis traîné, les litres de purée de marron, le sirop encore chaud dans mon ventre. C est trop bon. Demain je verrai ce que je ferai, pas trop me poser de questions, sourire à mort, aller comme ça. Penser à ce que tu as écrit et trouver pourquoi ça m a touché, au-delà de l effet.

J ai fait une photo tout à l heure. J avais envie de te la montrer.

Je vais devant ma glace, je m éclate un bouton. Je m installe devant mon écran, si lisse et si poli, gentiment luminescent, je mate mon boulot d aujourd hui mais mes yeux brocolis ne calculent plus rien, je trouve mes images pourries. J essaie de trouver le métier le plus stupide que je puisse faire, j ai du mal à me décider, trop de choses m intéressent, surtout mon propre échec, donc il y en a un paquet, cette idée me rassure, l angoisse matérielle vient quand je suis handicapé. À part ça j écris à des gens que je ne connais pas ou d une manière particulière (par le truchement de livres, comme toi). Ça m amuse, j écris ce qui me passe par la tête, j apprends à supporter l indifférence, je m autorise le plein exercice de ma médiocrité.

Je rentre de L., je suis tellement speed, tellement content aussi. J ai réussi mon interview à l école, je suis pris, ils veulent bien de moi, ils ont kiffé, c est de la bombe ! Je vais vivre quatre ans là-bas, c est vraiment cool. Tu y as vécu ? Tu t y es plu ? J ai regardé dans un livre une série de photos récentes de Nan Goldin, j essayais d imaginer si ça pouvait être toi, j essayais de reconstituer ton visage à partir de l illustration de Petit K (je suppose que c est toi dessus) mais ce n est pas si facile et toi, as-tu réussi à lire mon autoportrait ?

Ici glacial, je n ose à peine sortir, cette bruine dégueulasse qui colle à la peau, aucun sourire en vue. Herbalizer Band à fond dans l appartement, je mange, je bosse, je fais beaucoup de thé et je regarde par la fenêtre la cour de mon immeuble, il est quinze heures. Je voudrais aller au cinéma, voir Charlotte Rampling, j hésite un peu, je me décide, j irai ce soir. Je dispose des oranges, j essaie de les photographier, je teste, je sais que ce serait mieux en extérieur. Mais je ne suis définitivement pas motivé, la lumière est de toute façon pourrie, il est dix-sept heures vingt et une, je n ai plus qu à attendre demain. Je passe en vue quelques boulots, il y en a beaucoup, je suis à la bourre, alors je m y mets, je travaille, je me retourne il est dix-huit heures vingt, mais j ai bien avancé sur un logo et des adaptations. Des fois ça va tout seul, dans ce cocon, je suis à l abri, je suis seul, je peux m exclure, me concentrer, croire que ça a un intérêt. Dix-huit heures vingt-cinq j ai envie d être beau, je reçois des amis à dîner, après on ira au ciné, je prends une douche avant de faire à manger, j ai envie du poisson acheté ce matin, de la morue, seulement avec quoi le marier ? Je n ai pas l habitude du poisson.

Il a encore plu un maximum, j ai encore bien failli déprimer, mais aujourd hui je suis allé en cours. C est bien quand même d avoir un contact avec des gens, des élèves, qui sont aussi mes potes, de pouvoir discuter avec eux, me sortir de mon marasme sentimental, après ma cuisante déconfiture du week-end dernier. Mon beau magicien ne m a pas rappelé de la semaine, nous qui nous écrivions tous les jours depuis deux ans. C est un garçon vraiment incroyable, génie de physique, profondément seul, limite moine, en opposition avec son physique bestial et félin, sa crinière en pétard, ses muscles constamment bandés, son élégante énergie, son odeur fauve qui me fend en deux, son sourire carnassier, ses rêves, ses crises de nerfs, ses nuits sous coke, ses errances, les messages qu il laisse parfois accrochés sur ma porte alors que j étais là, juste pour dire qu il était passé dans la nuit, mais qu il avait senti mon calme, mon repos. Il ne me laisse aucun répit, il me fait voyager, il me sait mieux que les autres, il m énerve prodigieusement. Il baise miraculeusement bien. Je ne pouvais que le deviner. Maintenant je le sais. C est comme ça. Heureusement il y a Prince, qui a agi hier soir comme un effervescent, me redonne énergie, me faisant danser, me donnant envie de donner envie à des mecs. C est sur Musical de Björk que je t écris You will always be there to catch me when I fall. C est assez efficace.

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