" Alcools ", le recueil d'un mystificateur, auteur de complaintes " sans queue ni tête " (Fernand Fleurey), ou le fruit du travail d'un artiste, ce travail qui fait " la valeur d'une oeuvre d'art " (" Méditations esthétiques "). Le poète se dégage toujours, désespéré et rieur, lyrique et truculent, épris de savoir et de plaisirs. Comment concilier rire, larmes et savoir, dérision, lyrisme et connaissance ? En un pluriel de tons, de voix, d'images, de temporalités, d'espaces, Apollinaire dialogue avec sa propre existence, tramée de mésaventures amoureuses, avec la Poésie, avec les esthétiques contemporaines ou antérieures. A la dette contractée auprès des Aînés s'ajoute le désir de s'ouvrir au présent et de prophétiser l'avenir : cette position transconditionnelle - et non transitoire - que la chronologie du recueil vérifie en partie, situe " Alcools " dans le paysage littéraire français, dans le sens où Max Jacob, ami de Guillaume Apollinaire, le définissait : " Tout ce qui existe est situé. (...) Dans les grandes époques artistiques, les règles de l'art enseignées dès l'enfance constituent des canons qui donnent un style : les artistes sont alors ceux qui, malgré les règles suivies dès l'enfance, trouvent une expression vivante. (...) L'auteur ayant situé son oeuvre peut user de tous les charmes : la langue, le rythme, la musicalité et l'esprit. Quand un chanteur a la voix placée, il peut s'amuser aux roulades ".
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L'oeuvre dans son siècle
Apollinaire, animateur de l'«Esprit nouveau»
Ami des poètes et des peintres, fidèle des cafés de Montparnasse et de Montmartre ou encore du Bateau-Lavoir (immeuble de la butte Montmartre, rue Ravignan, où les peintres initiateurs du cubisme se réunissaient), collaborateur ou directeur de nombreuses revues, journaliste et parfois conférencier, poète, conteur et critique d'art, Apollinaire peut apparaître comme le promoteur de l'avant-garde qui a brillamment marqué en France les premières années du XXe siècle et à laquelle il a lui-même donné le nom d'«Esprit nouveau».
Il faut se garder, en fait, d'exagérer dans ce sens : Apollinaire n'a pas tout inventé de la poésie et de l'art nouveaux. Ce n'est pas lui faire injure que de le reconnaître : le fauvisme, le cubisme sont des mouvements picturaux auxquels un littérateur ne pouvait donner naissance. C'est Alfred Jarry qui a «découvert» le Douanier Rousseau, c'est Maurice de Vlaminck - ou peut-être Henri Matisse - qui, le premier, a collectionné les sculptures nègres.
La paternité des nouvelles tendances poétiques de ce début du siècle ne peut pas non plus être toujours attribuée à Apollinaire : l'unanimisme ne lui est guère redevable ; le cosmopolitisme, la fantaisie ont trouvé chez Biaise Cendrars, Valéry Larbaud, Max Jacob, des expressions plus significatives que chez Apollinaire. Les manifestes de Marinetti précèdent L'Antitradition futuriste, qui, par son exagération agressive et son pêle-mêle voulu, semble du reste une parodie. Faire d'Apollinaire le promoteur de l'Esprit nouveau serait donc être victime d'une illusion que sa mort prématurée n'a pu que favoriser, en amenant à dresser le bilan de son activité bien avant qu'il fût question de le faire pour ses compagnons.
(...)
" Alcools ", le recueil d'un mystificateur, auteur de complaintes " sans queue ni tête " (Fernand Fleurey), ou le fruit du travail d'un artiste, ce travail qui fait " la valeur d'une oeuvre d'art " (" Méditations esthétiques "). Le poète se dégage toujours, désespéré et rieur, lyrique et truculent, épris de savoir et de plaisirs. Comment concilier rire, larmes et savoir, dérision, lyrisme et connaissance ? En un pluriel de tons, de voix, d'images, de temporalités, d'espaces, Apollinaire dialogue avec sa propre existence, tramée de mésaventures amoureuses, avec la Poésie, avec les esthétiques contemporaines ou antérieures. A la dette contractée auprès des Aînés s'ajoute le désir de s'ouvrir au présent et de prophétiser l'avenir : cette position transconditionnelle - et non transitoire - que la chronologie du recueil vérifie en partie, situe " Alcools " dans le paysage littéraire français, dans le sens où Max Jacob, ami de Guillaume Apollinaire, le définissait : " Tout ce qui existe est situé. (...) Dans les grandes époques artistiques, les règles de l'art enseignées dès l'enfance constituent des canons qui donnent un style : les artistes sont alors ceux qui, malgré les règles suivies dès l'enfance, trouvent une expression vivante. (...) L'auteur ayant situé son oeuvre peut user de tous les charmes : la langue, le rythme, la musicalité et l'esprit. Quand un chanteur a la voix placée, il peut s'amuser aux roulades ".
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