Cent vingt ans après la mort du compositeur, la Correspondance de Moussorgski restait inaccessible en traduction française. Elle recèle néanmoins d'incalculables richesses. Outre les informations biographiques grâce auxquelles on peut retracer le parcours personnel et musical du compositeur entre sa dix-huitième année et sa mort, elle permet de cerner sa personnalité, avec ses zones d'ombre et de lumière : ses prises de position sur les sujets brûlants de son époque (l'amour de la Russie, l'abolition du servage, les bruits de guerre en 1870...) s'expriment avec une violence parfois saisissante.
Au travers de ces lettres c'est son activité de créateur que l'on peut suivre, avec le cheminement parfois lent et progressif, parsemé de périodes de doute et d'enthousiasme, de certaines partitions maîtresses, telle La Khovantchina. Ses conceptions esthétiques font également l'objet de développements importants qui, sur des sujets de fond, renferment des assertions indispensables à la compréhension en profondeur de l'oeuvre du compositeur et de ses visées artistiques.
Le groupe des Cinq auquel appartenait Moussorgski n'était pas une « école » ou une phalange où l'unanimisme aurait été de rigueur, bien au contraire. Les divergences esthétiques ou personnelles entre ses différents membres s'expriment parfois violemment dans la correspondance, et des ruptures interviennent, avec Balakirev lorsqu'il juge sévèrement Une nuit sur le mont Chauve ou avec César Cui qui écrit un article très critique sur Boris Godounov. Si le ton est vif avec les plus proches, il l'est encore plus avec les compositeurs de tendances opposées : Tchaïkovski et Anton Rubinstein en particulier concentrent les attaques les plus virulentes de Moussorgski.
Les correspondants de Moussorgski ne sont pas tous musiciens : l'intérêt de cet échange épistolaire dépasse ainsi la sphère strictement musicale et apporte des témoignages d'importance sur l'ensemble de la vie culturelle en Russie durant la seconde moitié du xixe siècle.
La personnalité originale de Moussorgski s'exprime dans une langue vigoureuse et audacieuse, qui, par ses constructions verbales, ses inventions de langage, manifeste un tempérament littéraire aussi créatif que celui du musicien.
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Cent vingt ans après la mort du compositeur, la Correspondance de Moussorgski restait inaccessible en traduction française. Elle recèle néanmoins d'incalculables richesses. Outre les informations biographiques grâce auxquelles on peut retracer le parcours personnel et musical du compositeur entre sa dix-huitième année et sa mort, elle permet de cerner sa personnalité, avec ses zones d'ombre et de lumière : ses prises de position sur les sujets brûlants de son époque (l'amour de la Russie, l'abolition du servage, les bruits de guerre en 1870...) s'expriment avec une violence parfois saisissante.
Au travers de ces lettres c'est son activité de créateur que l'on peut suivre, avec le cheminement parfois lent et progressif, parsemé de périodes de doute et d'enthousiasme, de certaines partitions maîtresses, telle La Khovantchina. Ses conceptions esthétiques font également l'objet de développements importants qui, sur des sujets de fond, renferment des assertions indispensables à la compréhension en profondeur de l'oeuvre du compositeur et de ses visées artistiques.
Le groupe des Cinq auquel appartenait Moussorgski n'était pas une « école » ou une phalange où l'unanimisme aurait été de rigueur, bien au contraire. Les divergences esthétiques ou personnelles entre ses différents membres s'expriment parfois violemment dans la correspondance, et des ruptures interviennent, avec Balakirev lorsqu'il juge sévèrement Une nuit sur le mont Chauve ou avec César Cui qui écrit un article très critique sur Boris Godounov. Si le ton est vif avec les plus proches, il l'est encore plus avec les compositeurs de tendances opposées : Tchaïkovski et Anton Rubinstein en particulier concentrent les attaques les plus virulentes de Moussorgski.
Les correspondants de Moussorgski ne sont pas tous musiciens : l'intérêt de cet échange épistolaire dépasse ainsi la sphère strictement musicale et apporte des témoignages d'importance sur l'ensemble de la vie culturelle en Russie durant la seconde moitié du xixe siècle.
La personnalité originale de Moussorgski s'exprime dans une langue vigoureuse et audacieuse, qui, par ses constructions verbales, ses inventions de langage, manifeste un tempérament littéraire aussi créatif que celui du musicien.
L'avocat Charles-Louis-Étienne Truinet est mieux connu sous le pseudonyme de Nuitter. Librettiste et traducteur, il est une personnalité importante du milieu musical parisien de la seconde moitié du XIXe siècle et passe à la postérité en tant que fondateur et premier conservateur de la bibliothèque de l'Académie impériale de musique, le futur Opéra de Paris. Richard Wagner ait sa connaissance en 1860 lors de la préparation des représentations de son Tannhäuser, et apprend à l'estimer comme un de ses amis parisiens les plus fidèles et les plus dévoués. Après avoir remanié avec succès la traduction française de cet opéra, Nuitter devient non seulement l'assistant du compositeur allemand lors des répétitions qui suivent, mais aussi son homme de confiance pour régler les affaires le concernant Paris. Même après son départ définitif de la capitale française, Wagner trouve en Nuitter un confident à qui il peut exposer tous ses soucis, et dont il fait, à partir de 1867, son représentant officiel pour la France.
La correspondance entre Wagner et Nuitter, inédite pour l'essentiel, est en premier lieu le témoignage d'une amitié profonde, mais révèle également beaucoup de détails e la vie de Wagner ignorés jusqu'à présent. À titre complémentaire figure la correspondance entre Cosima Wagner et Nuitter, elle aussi inédite en majeure partie. Elle débute en 1869, lorsque Cosima s'adresse à l'archiviste pour engager un quatuor à cordes parisien, en vue d'organiser une surprise pour l'anniversaire de Richard, et se poursuit jusqu'aux années 1890.
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