Emma Jordan - Couverture souple

Ravier, Thomas A.

 
9782260015604: Emma Jordan

Synopsis

Un ovni littéraire des plus réjouissants: quand un "rebelle" mélange le style précieux de Proust à la langue de la rue.

Après avoir revisité à sa manière "Le Lys dans la vallée" de Balzac, Thomas A. Ravier s'attaque au chef-d'œuvre de Flaubert, "Madame Bovary", en regardant pour le style du côté de chez Proust... Si le bovarysme est bien cette capacité qu'ont les êtres à s'évader dans l'imaginaire quand leur existence s'enlise dans l'ennui et la frustration, il est clair que cette tentation peut frapper une jeune érémiste qui survit péniblement dans une HLM du côté de la porte d'Italie. Il existe un esprit Seine-et-Marne comme il existait autrefois un esprit Guermantes. Avec son portable, ses saintes marques (Reebok, Nike...) et le sachet d'herbe caché dans son soutien-gorge, Emma Jordan en est l'incarnation. Il faut voir comme elle prépare le "teuschi", comme elle choisit ses "peussas", comme elle porte sa capuche ainsi qu'elle prendrait le voile, un voile de ville. Avec l'humour de Proust et une fascination pour ses personnages comparable à celle que vouait le maître pour le milieu aristocratique, Thomas Ravier s'amuse à dynamiter les discours officiels et réinvente pour notre plus grand bonheur le monde de la banlieue d'aujourd'hui.

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À propos de l?auteur

Thomas A Ravier a trente et un ans. Autodidacte, il s'est très tôt pris de passion pour les plus grands écrivains, Balzac, Flaubert, " C-line ", " Steprou ", sans jamais renier le rap, qui le premier l'initia à l'amour des mots et aux vertiges de la langue. Emma Jordan est son troisième roman.

À propos de la quatrième de couverture

« Ce qu'on pouvait voir en arrivant en ce samedi soir, jour saint au calendrier du béton, c'était Emma scotchée sur son canapé plein de trous de boulettes, les yeux plongés dans son portable comme dans un missel, assise devant la Seize, coiffée dune dread solitaire comme une plante qui n'aurait qu'une seule tige, et qui saluait ses invités sans protocole d'un "luss" évanescent. presque lasse, ce mis à part ses vrais amis qu'elle gratifiait religieusement, selon une coutume banlieusarde dont on était fier, non pas de deux bises, mais de quatre : comment le dire autrement si ce n'est qu 'Ernrna Jordan était "I'esprit de Seine-et-Marne", "l'esprit du 77" comme il existe pour Marcel Proust un esprit des Guermantes... »

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Chaque jour, le dealer nous apportait notre ration de haschich, seul antidote contre cette époque. À l ombre des porches, chef des odeurs âcres, on était rassurés de l apercevoir : il nous orientait à la manière d une boussole ou comme ces génies des contes orientaux qui se manifestent pour vous offrir une lampe quand il fait sombre, un manteau parce qu il fait froid. Com-aç, avant que de plonger dans le grand sommeil du teushi, on l accompagnait en son antre secrète où, avec le même soin qu un prêtre coupant l hostie puisque la majorité des acheteurs préféraient voir eux-mêmes trancher honnêtement dans la sève de la savonnette, comme si la fraction du haschich pouvait avoir aussi un sens (et l on sait que dans la liturgie catholique, rien n est pire symboliquement que de préparer les hosties à l avance), il préparait « les parts », des parts pesées dans une balance fragile. On attendait pour être servi tels les apôtres guettant le pain béni. En échange de ce joyau, il ne restait plus qu à « chélâ dix keuss » et partir avec son dû, joyeux. Sur le chemin, si c était un fragment d afghan, le précieux morceau rougeoyait au creux des paumes et on examinait à tour de rôle ce qui semblait à cause de sa rareté une clean étrangeté ; mais si par un extraordinaire et chanmé hasard qui n en était pas un on avait chopé de l aïa, si friable qu il se décomposait sous l effet de la manipulation, à cause d une simple et involontaire pression des doigts, le silence était de rigueur : nous venions de découvrir une sorte de pierre précieuse de l asphalte. Une pépite d or. Nous nous retrouvions chez l un d entre nous ou carrément en bas sur un banc, sous les premiers feux d un de ces lampadaires qu on délabre, semblables alors à d immenses candélabres. Il n était pas fréquent de manquer à l appel et par fidélité que chacun témoignait aux pratiques cannabiques, le déroulement n en variait pas, ni les heures, ni les ures. Invités à ce banquet urbain et tenant à s en montrer dignes, tous y faisions une entrée solennelle. Celui qui avait été choisi pour servir le teushi proposait la part comme au sortir d un ostensoir, cependant que ses acolytes distribuaient les feuilles consacrées, proclamant ainsi cette eucharistie des tours.
En effet, Blitz, Larbi, Pat2, Thoi, les meufs ou moi ? Qui allait-on appeler pour rouler, et plus grave encore, pour allumer et faire fumer le spliff, soufflant sur son extrémité tel sur des charbons, faisant en sorte qu il ne s éteigne jamais, que la fumée, joyeuse, odorante, sacramentale, monte comme un encens ? Apartés, messes basses, agitations, prises de tête vaz-y, la discorde éclatait au champ de la chambrade. Seule la colère féminine ramenait enfin la paix sur la paix du treizième.
C est que la ligne du cône se brisant avant que d avoir parfait sa voûte, un filtre qui chute à la première latte, trop elliptique, entraînant le sheet, une architecture incertaine et fragile, nul n ignorait le châtiment pour un pett raté. Nadège c est pour aç, s il fallait qu une feumeu s acquittât de rouler, en son corps et son âme de divin petit canon se désignait. Comme elle mieux qu un keum mécra ! En un instant ses doigts sur le cône couraient et c était une main amie et musicienne sur un clavier Notre virtuose de Paris 13, sous nos approbations en tenue de gala Reebok à capuchon, nous délivrait, toujours mélodieuse, toujours impromptue, devenue fugue elle-même, croche marocaine et dièse libanaise : magnétique, nourricière, kiffante, Nadège était descendue jusqu à nous.

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