Je restais là, jusqu'à ce que la tombée de la nuit me surprît ou plutôt jusqu'à ce que ma mère s'écriât, avec agacement, par la fenêtre de sa chambre : "Alors, François, tu rentres, tu ne vois pas qu'il fait sombre ! Je ne vais pas rester là à t'attendre toute la nuit !" C'était un rituel. J'aurais pu rentrer de mon propre gré pour lui éviter une contrariété. Mais j'avais quelque plaisir à l'indisposer et l'excès de ses réactions me disait vraiment, ainsi que je le pensais, à quel point elle ne m'aimait pas. Cependant, tant qu'elle m'appelait, c'est que j'existais encore. François revient dans le village de son enfance pour les obsèques de sa mère qu'il n'a pas vue depuis plus de vingt ans. Sur ce plateau ardéchois sauvage et rude l'attendent d'émouvants souvenirs, mais aussi de singulières découvertes. Au travers de personnages enfermés dans le conservatisme religieux et confrontés à une période de l'Histoire où la limite entre l'acceptable et l'inacceptable était ténue, "Secrets volés" développe le thème du non-dit, de l'illusion et de la trahison. Un roman tout en nuances qui évoque avec une grande finesse cette part d'ombre que chaque être humain porte en lui.
Les informations fournies dans la section « Synopsis » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.
Les lieux n'ont pas changé. Au bout de la route sinueuse, écrasée de soleil, le village adossé à une colline rocheuse, caché par d'anciennes murailles où lierre et fougères se plaisent à coloniser les interstices des pierres. Toujours cette porte fortifiée qui semble tenir en équilibre, usée par les ans et qui, malgré sa fragilité apparente, sait protéger des regards les quelques villageois qui y vivent encore.
Rien n'a changé depuis ce jour où j'avais appris la vérité, ma vérité. Depuis ce jour où j'avais franchi pour la dernière fois l'austère porte de la maison familiale, où j'avais décidé de laisser là ce qui me tenait lieu de famille. Je croyais, à ce moment-là, m'éloigner à jamais de la rudesse et de l'âpreté d'une enfance, puis du gâchis d'une jeunesse. Oublier tout ce qui pouvait me rappeler ces moments de souffrance, d'incompréhension et de solitude, c'était un but suprême, une nécessité vitale.
Un peu plus de vingt ans déjà.
Le loquet avait doucement glissé avec son cri strident dans la gorge prévue à cet effet. Avec une plainte du bois vieux qui souffre, un claquement étouffé, ajusté, appliqué, comme la marque de quelque chose de définitif, d'entendu, d'irrémédiable. Comme une histoire qui se finit là... Puis plus rien. Le silence, le vide même. Juste mes pas traînant sur les pavés, lents, avec l'ultime espoir d'une voix, d'un remords. Mais rien. Seulement comme aujourd'hui un soleil blanc qui annihile tout, qui cautionne l'occlusion des fenêtres. Ainsi, chacun se prémunit de son penchant naturel pour la curiosité ou se protège du malheur des autres. S'en délecte encore, en toute discrétion, à travers les lames d'un volet. Comme aujourd'hui, mais en sens inverse, dans une tristesse accablante, prendre l'ultime résolution de longer la place du village nue et déserte. Fournaise démoniaque. Silence de mort. Apathie inhabituelle des feuilles de platane. Passer ensuite sous la voûte parfaite de la porte, gardienne de toutes les injustices. Monter enfin, avec un désespoir réel, dans le bus à l'arrêt, prêt à m'emmener, moi et mon histoire...
J'étais déterminé, par nécessité, mais dépité. Le pas volontairement lent, j'osais m'arrêter et écouter. Jusqu'à la fermeture des portières, j'avais espéré entendre le lourd portail de chêne grincer timidement ou vigoureusement sur ses gonds rouilles, signe d'un sursaut d'humanité, même plus, d'un sursaut d'amour, ce lien charnel, inaliénable, paraît-il entre une mère et son fils. J'avais espéré un rappel même faible, ou mieux encore, un cri étouffé par les larmes, j'avais espéré une supplication. Mais non, rien.
Et aujourd'hui, le même bus qui me ramène ici, à mon histoire.
Je restais là, jusqu'à ce que la tombée de la nuit me surprît ou plutôt jusqu'à ce que ma mère s'écriât, avec agacement, par la fenêtre de sa chambre : «Alors, François, tu rentres, tu ne vois pas qu'il fait sombre ! Je ne vais pas rester là à t'attendre toute la nuit !» C'était un rituel. J'aurais pu rentrer de mon propre gré pour lui éviter une contrariété. Mais j'avais quelque plaisir à l'indisposer et l'excès de ses réactions me disait vraiment, ainsi que je le pensais, à quel point elle ne m'aimait pas. Cependant, tant qu'elle m'appelait, c'est que j'existais encore.
François revient dans le village de son enfance pour les obsèques de sa mère qu'il n'a pas vue depuis plus de vingt ans. Sur ce plateau ardéchois sauvage et rude l'attendent d'émouvants souvenirs, mais aussi de singulières découvertes.
Au travers de personnages enfermés dans le conservatisme religieux et confrontés à une période de l'Histoire où la limite entre l'acceptable et l'inacceptable était ténue, Secrets volés développe le thème du non-dit, de l'illusion et de la trahison. Un roman tout en nuances qui évoque avec une grande finesse cette part d'ombre que chaque être humain porte en lui.
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