Issu de la gauche républicaine et progressiste, Drieu la Rochelle (1893-1945) se placera dans les années 1930 dans la lignée du premier socialisme français, celui de Saint-Simon, Proudhon et Charles Fourier, ce qui le conduira à adhérer en 1936 au Parti populaire français, fondé par Jacques Doriot, et à devenir, jusqu’à sa rupture avec le PPF en 1939, éditorialiste de la publication du mouvement, L’Émancipation nationale. En 1943, alors que chacun sait que tout est perdu pour les partisans de la collaboration, Drieu la Rochelle, dans un ultime geste de provocation, adhèrera de nouveau au Parti populaire français, tout en confiant à son journal son admiration pour le stalinisme. » Dès 1918, j’ai flairé dans le communisme russe, le moyen de produire une nouvelle aristocratie. Je ne m’étais pas trompé. Je cherche maintenant dans le socialisme de forme européenne, dans le fascisme, cette nouvelle aristocratie. Une jeune aristocratie qui ne sera point fondée sur l’argent, mais sur le mérite. » telle est la profession de foi que Pierre Drieu la Rochelle nous fait dans Socialisme fasciste, un ouvrage publié en 1934 et qui n’avait jamais été réédité.
« Je suis plus européen que jamais et plus que jamais je dénonce la guerre comme un geste perverti, inverti qui, entraînant ce qui reste de virilité en Europe, la détruira sans gloire, en un instant.
Mais je ne crois pas le fascisme particulièrement coupable de cette folie, bien que je la dénonce chez lui comme dans les autres mouvements mondiaux. Par ailleurs, je vois dans le fascisme un instrument efficace pour détruire le vieux capitalisme. Dégoûté de la bêtise et de la lâcheté des partis socialistes et communistes en Europe, qui ne se sont nullement assimilé la jeunesse magnifique de la révolution russe et masquent sous des mots d’ordre, empruntés et incompris, une vieille tendance démocratique complètement gâteuse, il m’a bien fallu me rabattre sur la seule force capable en Europe de porter des coups au sinistre et mortel complexe : démocratie et capitalisme.
J’apprécie le risque où je me jette, mais aussi j’ai approché d’assez près la politique pour savoir que la politique est le lieu même du risque et de l’épreuve. Il est temps de se jeter à l’eau» (Pierre Drieu la Rochelle).
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Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945) Drieu la Rochelle est né le 3 janvier 1893 à Paris dans le 10e arrondissement. Son père Emmanuel (1863-1934) est avocat et issu d'une vieille famille normande. Sa mère, Eugénie-Marie Lefèvre (1871-1925) est la fille d'un architecte. La famille est déchirée par les problèmes conjugaux et ses parents finissent par se séparer. L'enfant trouve un refuge bienveillant chez son grand-père Lefèvre. Il entre à Sciences-po dans l'espoir de devenir diplomate et contre toute attente échoue à l'examen de sortie. Il est mobilisé lors de la Première Guerre mondiale et sera blessé à deux reprises. Au sortir de la guerre il se lie d'amitié avec Louis Aragon malgré leurs opinions divergentes et flirte un moment avec le surréalisme. Dès 1917, il publie un recueil de poèmes Interrogation qui sera suivi de Fond de cantine en 1920. Mais c'est surtout Mesure de la France, en 1922, qui lui assure ses premiers succès. Vont alors suivre à un rythme régulier, nouvelles, romans et essais. Car on ne peut séparer l'écrivain de l'essayiste qui porte un regard critique sur son temps. Il appartient à cette génération qui va se trouver à la croisée de la Révolution russe de 1917 et de la montée des fascismes en Europe. Cette génération que Jean-Louis Loubet del Bayle a qualifié dans un fort pertinent ouvrage, Les Non-conformistes des années 1930 (Le Seuil, rééd. 2001). Aux côtés d'un Thierry Maulnier, d'un Emmanuel Mounier, et des dissidents de l'Action française, tous ont le sentiment qu'il faut définir une nouvelle voie entre marxisme et fascisme. Le socialisme fasciste se situe dans cette réflexion où il va tenter de définir un socialisme fasciste à la française qui ferait la nique au marxisme. Car chez les socialistes d'alors, règne aussi un climat anti-marxiste dans la lignée de Joseph Proudhon. Un Proudhon qui fait alors recette aussi bien à droite qu'à gauche. C'est ce que cette génération dénommera la "troisième voie" et qui aura de nombreux héritiers que l'on retrouvera plus tard à Vichy et qui animeront l'école des cadres d'Uriage. Pierre Drieu la Rochelle se pose ainsi comme un fasciste sincère, authentique, en quête d'une vision du monde, au nom d'une exigence à la fois de cohérence et d'esthétisme. Il est en ce sens très proche de l'Italien Curzio Malaparte, qui transporte la même inquiétude par rapport à la beauté et aux valeurs, la même angoisse existentielle. Sauf que sa vision du marxisme est incomplète, pour ne pas dire trop schématique. Tout comme son fascisme n'est pas exempt d'un certain romantisme. Mais ne l'oublions pas, nous sommes en 1934, Hitler vient à peine d'arriver au pouvoir quand Mussolini l'exerce depuis 1924 et a sorti l'Italie de la crise économique et politique de l'après-guerre. Mussolini est un modèle qui fait vaciller les élites des démocraties européennes. Là où Drieu la Rochelle se distingue de ses contemporains, c'est qu'il est un Européen convaincu et qu'il a largement dépassé la frontière du nationalisme intégral d'un Maurras. C'est la raison pour laquelle il sera tenté un temps par le national-socialisme avant de se rendre compte de son erreur. La publication de son Journal (Gallimard, 1992) l'attestera. En 1945, ne voulant absolument pas se retrouver devant un tribunal de résistants de la 25e heure, il se suicide au gaz le 15 mars 1945, dans un appartement du 17e arrondissement. Il repose au cimetière de Neuilly-sur-Seine.
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