« DONA (du latin Donum, don, présent, offrande) est une série de 46 poèmes dédiés principalement à des personnes, mais aussi à des lieux et des heures. Ce sont des envois, des hommages, à des vivants et des défunts, commémorés avec une certaine « piété ». Les destinataires peuvent être des amis chers, des parents, des poètes aimés ( contemporains et classiques), des prophètes, des philosophes admirés ; mais aussi bien une nuit parisienne et un matin de février, un quartier de Lyon ou une station balnéaire normande ou un village bretonâ ¦Tous et toutes m'ont parlé, inspiré, ouvert à une réalité autre qui est celle de la poésie, produit d'une interaction entre l'espace intérieur et le monde extérieur. Un va-et-vient incessant parcourt ce livre, entre la sphère de l'intime, du présent, et le murmure du passé, que nous transmettent la tradition et la mémoire. » Gravures de Frédéric Couraillon
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Emmanuel Moses, poète, romancier, auteur dramatique et traducteur (anglais, allemand, hébreu) est né en 1959. Il vit et travaille à Paris.
Dona est le cinquième livre de poèmes de cet auteur publié à nos éditionsVersion:1.0 StartHTML:0000000233 EndHTML:0000043098 StartFragment:0000004873 EndFragment:0000043062 SourceURL:file://localhost/Users/genevieve/Desktop/OBSIDIANE/PARUTIONS/PARUTIONS%202020/MOSES-DONA/ONYX-DONA/DONA%20TEXTE.docx
1.
À Michel Deguy
Entraînés par la pesanteur des jours
Nous aussi, millions de millions
Descendons en ligne droite vers le vide
Sauvés cependant par ce que Lucrèce appelle écart, déviation, « clinamen »
C’est-à-dire (pour moi) l’infini, l’autre temps, l’immortalité :
Les portes sont partout
Mais pas au sens de Sénèque
Ainsi de notre amour
Le néant le fera échapper au néant
Enfantant l’ailleurs absolument libre
Le mouvement au-delà du mouvement
Figure du toujours Inattendu.
2.
À Patrick Maury
Tu médites devant les trois gouttes
Vie et fuite de vie
Pourpre sur du marbre
Il fait si froid autour de toi
Appuyé à la lance te voilà sourd au monde
Aveugle à tout autre spectacle
Comme le secret est minuscule !
Je crois deviner une eau sombre quelque part sous la voûte du ciel
Non loin du piétinement discret dans ton dos
Reflet d’une idée, d’un souvenir
Peut-être…
L’amour est tout autant objet de contemplation
Qui fait oublier parages et rivages
Et même le large
Comme si à portée de regard - et très minutieux -
Brillait un phare de poche
Qu’on tiendrait au creux de la main
Comment ne pas révérer sa grande valeur
Ce qu’on appelait autrefois « précieuseté » ?
3.
À François Boddaert
La pluie donne un soir inachevé
Je songe à ce corps de chien sur une route de Bourgogne
À ton ami qui ne verra plus les cerfs dans le blé
Ce qui manque nous murmure des chansons et des souvenirs
Des pensées
Il fait froid à Paris
Les rues sont vides comme le cœur en chagrin
Comme ma tête certains matins
Dieu prenne pitié du chien et de l’homme
Qui ne connaitront plus ces hivers d’Europe
Où le ciel est une muraille
Où les heures peinent
Où un peu à la manière de Pénélope devant le métier
Dans l’attente irraisonnée de son époux royal
On fait et défait inlassablement la tapisserie de sa vie.
4.
À la mémoire de Paul le Jéloux
Toute l’Afrique dansait devant nos yeux
Tambours et balafons ensorcelaient la nuit
Nous étions des animaux captifs d’autres Orphées
Plus anciens peut-être que le musicien à la lyre
La beauté ruisselait tel un or en fusion
Sur les visages aux graves sourires
Quelqu’un de transparent se tenait à mes côtés
Aussi silencieux que le Seigneur sur la route d’Emmaüs
Je percevais sa joie pourtant
Comme on sent le souffle chaud des chevaux même au fond des ténèbres
Une fois la vie surgie rien ne l’efface plus.
5.
À mes parents
Ce souvenir n’est pas dans l’espace, n’est pas dans le temps :
C’est d’ailleurs l’irruption d’une sensation plutôt qu’une image complète
L’odeur de l’herbe parfumée, fraîche, mouillée,
Sorte de couronne autour de la maison près d’être provisoirement habitée
De devenir demeure sans l’assurance d’un toujours possible,
Souhaité ou rêvé parfois avant le franchissement d’un nouveau seuil
L’odeur n’en était que plus forte, tenant à cette fragilité
Et la maison, ancienne, traditionnelle,
Où on entrait par un sol de pierre grise veinée de blanc,
Une matérialisation de tout ce qui était étranger, interdit
Mais qu’on pouvait faire sien par effraction ou par une grâce particulière
L’une comme l’autre, d’ailleurs, en l’espèce
Donc d’un désir fou qui était sur le point de s’assouvir
Miracle et déjà amertume, bonheur sans l’ombre d’insouciance
Un peu lourd et boiteux du savoir de sa limitation
Pourtant savoureux d’une sorte d’infini pressenti
Flottant, telle la brume des alpages matinaux, au-dessus des contingences.
6.
À ma mère
On m’offre un livre sur le langage
Luxueux, volumineux
Puis je suis en retard pour une fête religieuse
Dont mon fils est le protagoniste
Je n’arrive pas à m’habiller
À me préparer, en fait
La veille ma mère me montre un de mes manuscrits
Jamais publié :
« La langue sauvée »
Je me rends compte que j’essaie depuis toujours de sauver ma propre langue
Qu’elle meurt chaque jour et renaît pour mourir encore
Comme le soleil
Comme notre âme vulnérable
Et que j’aspire à mettre un terme à la malédiction
Il faudrait se demander à qui on parle
Quand on offre des mots
À une part de soi-même
Dont on ne sait rien
Peut-être est-ce un moyen de fortune
Pour faire connaissance ?
7.
À Trouville
Sur le port, bercés par le claquement des drisses contre les mâts
Bercés par le murmure des vagues que la mer dépliait comme on étend des draps
L’orage était passé
L’asphalte brillait encore, l’air avait gardé une fraîcheur d’eau
Des chiens se promenaient seuls en avant de leur maître
Des enfants pédalaient joyeusement sur leur vélo
À la terrasse du restaurant « La Marine » un serveur dressait le couvert pour le déjeuner
Nonchalant, suivant du regard les plus jolies passantes
On y siroterait tout à l’heure le vin caillouteux du pays
Transparents de bonheur au milieu d’un jour sans fin.
8.
À une amie
Le poème de ma vie devrait tenir en peu de vers
Quelques mots clairs et musicaux mais la clarté avant la musique!
Il faudrait que je l'écrive peu après minuit
Quand dans la rue les voitures sont rares comme des étoiles filantes
Quand derrière les cloisons fines
Les couples voisins font bruyamment l'amour
Quand la lumière rouge qui s'écoule de l'abat-jour sur ma feuille
Distille à son insu l'essence de l'obscurité, son âme révélée
Et me dispose à une sorte de vérité
Qui mêle douceur, surprise et charme à nuls autres pareils
Ce moment est un haut-lieu du mystère
Mais aussi de l'évidence entrevue
Il est béni entre toutes les heures
Et possède seul tout ce qu'il faut de profondeur
Pour y jeter l'ancre du coeur.
(...)
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Vendeur : Gallix, Gif sur Yvette, France
Etat : Neuf. Couraillon, Frédéric (illustrateur). N° de réf. du vendeur 9782381460017
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Vendeur : BOOKIT!, Genève, Suisse
Etat : Used: Like New. Couraillon, Frédéric (illustrateur). LIVRE A L?ETAT DE NEUF. EXPEDIE SOUS 3 JOURS OUVRES. NUMERO DE SUIVI COMMUNIQUE AVANT ENVOI, EMBALLAGE RENFORCE. EAN:9782381460017. N° de réf. du vendeur ES-9782381460017
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