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Sous la cendre les étoiles - Couverture souple

Kamto, Maurice

 
9782381460048: Sous la cendre les étoiles

Synopsis

Avec Sous la cendre les étoiles, Maurice

Kamto nous dévoile « l’aube

primordiale » d’un très grand chant

où se mélangent l’enfance du poète

et celle d’une nation. D’un côté,

l’insouciance et le geignement de

l’enfant bousculé par l’absence brève

mais profonde des figures de l’amour.

De l ’autre, la difficile parturition

d’un nouveau pays. Alors se déploie

un panorama où l’attention du poète

se manifeste aussi bien à l’égard des

enfants des rues, des femmes, des arbres

que pour la geste continentale.

L’espoir soutient chaque vers, cha -

que syllabe. Ce pourrait être la définition

du poème. Léopold Sédar

Senghor trouve en Maurice Kamto

un digne continuateur de la poésie

épique, mais réinventée, transfigurée.

Les informations fournies dans la section « Synopsis » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.

À propos de l'auteur

Maurice Kamto, l’un des meilleurs

juristes africains et principal opposant

camerounais, est essayiste et

poète. Son ouvrage L’urgence de la

pensée. Réflexions sur une précondition

du développement en Afrique (1993,

réédité ces jours-ci), a reçu dans son

pays l’accueil de l’opinion et de la

critique. Sous la cendre les étoiles est

son troisième recueil de poèmes

Extrait. © Reproduit sur autorisation. Tous droits réservés.

SERREMENTS

I

Et tu as fait halte sur ce coteau cher à mon esprit

Sépulture fleurie de mon cordon ombilical

Qui ancre mon âme dans les taillis

Terre qui épouvanta mes nuits de souverain déchu

En ce lieu de mon enfance défenestrée

Comme une vomissure sur une table de fête

Tu as fait halte pour me dévoiler les arbres rabougris

L’étroitesse du bocage qui s’imposait à mon regard

Comme un territoire sans bornes sans rivage

Tu as fait halte pour qu’enfin j’entende piailler

Le ruisseau-bénitier se faufilant dans l’herbe fraîche

Sous des arbres aux bras chargés de baies mûres

Que j’entende les mânes fouetter mon sang

Du rythme de la danse

Que j’entende le choeur des oiseaux et des feuillages

Transporter mon âme

I I

La dissidence de mon âme dès l’entame

― Ô chagrin de l’arrachement à l’humus ―

N’y comprenait rien alors que mon coeur avait tout compris

Ma vie s’égarait dans un chemin de traverse

Mon esprit cherchait ton visage

À cette heure où l’angoisse m’était promise

Vinrent le premier soir et l’affolement des sens

Terreur de la nuit comme une tombe scellée

Brisant le cri d’une âme naufragée

Je refaisais mille fois des promesses de sagesse

Mille fois à genoux la supplique de mes yeux

de mes mains de mes larmes

Impuissance des paroles redites ad nauseam

Et de l’esseulement qui enserre le coeur

Poussait vers ton souvenir des râles comateux

I I I

Voici passées les premières pluies de mars

Je n’ai pas émergé de cette terre trempée de tristesse

Pas une seule fois l’écho de l’aïeul dans mon sang, son sang

Muet comme un rejet du bouton sur son tronc éclos

Pas une seule fois la parole révoltée de la mère de mon père

N’a descendu la voie royale pour envelopper ce bout de rien

Moi fils de son fils. De celui qui n’était pas promis

À être le fromager dressé au milieu de la cour

IV

Il a plu en moi chaque jour chaque instant

Depuis que la grisaille s’est répandue coite

Sur le bonheur d’une enfance citadine

Mes larmes n’ont pas lavé mon malheur

Elles n’ont point allégé la douleur du cordon qu’on sectionne

L’absence s’est enfoncée profond dans ma chair

Et chaque nouveau jour a cisaillé mon âme

Une pleurésie de haine minait ma parentèle

Enflure dédaigneuse se revanchant du sort

Elle a rétréci l’espace, raréfié l’air du fiel de son sourire.

Mon corps se hâtait derrière l’esprit en cavale

Mais sitôt évadé me voici revenu

Sitôt revenu je cherche le large

Tu ne m’aimes pas ô ma terre de latérite visqueuse

Mon havre de tristesse. Ici point de repos

V

Je ne voulais jamais que vienne le soir tyrannique

Et que le soleil meure avec mon sourire de septembre

Comment retourner dans cet antre tortionnaire

Qui chaque jour me blessait de paroles vénéneuses ?

Le jour déclinant m’arrachait à la mélancolie

De la souche originelle, ma grand-mère silencieuse

Elle me pressait de prendre la route, en me retenant

[du regard

Dans son coeur d’argile émietté par la douleur

Elle me poussait à la quitter, en détournant son regard

Du chemin aclinique courant à mon supplice

Elle me disait au revoir comme on dit adieu,

En murmurant dans son coeur des prières aux esprits

Et sur le chemin serpentant vers les cimes

Des larmes des larmes des larmes !

Roulement de chagrin sur mes joues de Gaza

Quel sortilège n’aurais-je appris pour conquérir

Le coeur de cet être basaltique !

Que faire de son sang qui sadise mes veines ?

Sang du sang de mon sang ô généalogie tyran nique.

Tous les ciels j’aurais offert pour ressentir moi aussi

Le baiser de ses yeux sur mon coeur !

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