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Le jardin et la cible - Couverture souple

Grégoire, Bruno; Segal, Anne

 
9782381460246: Le jardin et la cible

Synopsis

C’est un livre dont le premier poème est venu en été il y a longtemps, avec du vin et du soleil – à toi, à moi, ce fut ainsi en jouant aux fléchettes dans le jardin – rêve un peu fou d’une parade nuptiale. De la nuit aussi, pleine d’étoiles visibles ou invisibles. L’œuvre du temps, c’est peut-être d’avoir fait en sorte qu’aujourd’hui nous ne sachions plus, parfois, qui de l’un ou l’autre a écrit quoi. Aurions-nous mieux frôlé l’indivisible ?

Puis la rencontre de Pierre Balas, pour qui l’art « est une bataille des sens, une bataille pour l’unité de l’être », va encore métamorphoser ce livre avec la même joie de faire ensemble. Laisser la trace de notre amour augmenté d’un lien dans l’affection et le bruit neufs, voilà tout.

Les informations fournies dans la section « Synopsis » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.

À propos de l'auteur

Bruno Grégoire, poète, traducteur et photographe, né en 1960 (comme la plupart des indépendances africaines), a publié presque tous ses livres aux éditions Obsidiane, par chance, conviction et amitié.

Anne Segal, née en 1961, aime dire des textes de poètes qui lui sont chers (Vargaftig, Celan, Fondane, Ginsberg…). Ses premiers poèmes ont paru dans les revues Europe et Secousse.fr. Elle aime aussi dialoguer avec les poètes sur le site de Télérama.

Extrait. © Reproduit sur autorisation. Tous droits réservés.

Un jardin, deux fauteuils sortis pour les premiers jours de l’été :

le travail du pinceau imagine

des vies en transparence,

ne sait pas très bien ce qu’il cherche mais cherche,

brave les rugosités de l’écorce, les incidents de parcours.

Un jardin, le corps adossé fixant le vide laissé par l’autre :

l’histoire à écrire de ce vide –

(Lundi inventé)

Ça commence par l’écorce des choses ;

des herbes folles que le vent fouette

forment des taches

sur l’absence de couleurs.

Vigne vierge et rumeur passent

par la fenêtre laissée entrouverte.

Là-haut on somnole,

la télécommande posée sur le lit

une fois achevé son travail.

(Vu d’en bas)

Quel rayon de soleil casse

sur ton visage et nomme de plein fouet

la pauvre vérité

creusée dans les longues nuits d’ivresse

dont tu as l’art au point d’en venir à bout ?

Soudain les yeux se retirent en même temps

que le désir des dieux d’être là ;

le ciel entre les branches

ne ressemble à rien, la vie

quelque chose fiché nulle part.

(Nulle part)

Jamais l’endroit ne renoncera à l’envers,

je marche à reculons dans les flaques

de temps vécu, à vivre,

accrochant mon regard au moindre indice :

est-ce à tout jamais se hisser

sur le toit d’un monde auquel

on a tant de mal à croire ?

(Sur les toits)

Tu frappes du pied, tu ris,

tu vis comme tu dis que rien

ne nous échappe, ne fuit

la gourmandise de notre peu d’intelligence :

est-ce une incantation à la pluie ?

(Goutte d’eau)

Sa petite langue râpe le creux de ma main

avec méthode

dans le souvenir pareillement vivace

d’un autre chat pas tout à fait noir.

La voilà maintenant sur le dos de ma main

comme une prière jamais priée.

(La langue au chat)

Une gravure penche ce soir sur le mur :

qu’est-ce qui penche dans ce qui est grave ?

J’ouvre un livre au hasard

et ferme les yeux.

Que dire d’autre mon ange

du crochet qui nous manque ?

(Oblique)

À deux, pas facile de garder les vaches !

Ce qui tire

c’est de l’amour l’un de l’autre la trace,

et pourquoi balayer encore, ce soir

devant sa porte –

(Seule demeure)

L’écharpe froissée dans mes mains

se dénoue avec maladresse.

Ai-je peur de la jeter ?

Jetée !

Parfum antérieur, musique pendue

aux branches de ça

– dont ma mémoire fera peut-être

l’ombre d’un sens ?

(Monnaie de singe)

Mes mains sont des reptiles affairés à s’aimer.

J’étrangle, enfièvre mes poings

sans bruit, sans mot qui dérange

la nuit primitive –

Mains reptiles

affairées à aimer quoi

dans les moindres plis de ses dessous ?

(Cartilage muet)

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