« Le mot cubisme n'est ici qu'afin d'épargner au lecteur toute hésitation quant à l'objet de cette étude, et nous nous empressons de déclarer que l'idée qu'il suscite, celle de volume, ne saurait à elle seule définir un mouvement qui tend vers la réalisation intégrale de la Peinture. »
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Extrait de l'introduction
C'est en 1910 que les deux futurs auteurs de Du «Cubisme» se rencontrent par l'intermédiaire de l'écrivain Alexandre Mercereau. Albert Gleizes (Paris, 1881-Avignon, 1953) et Jean Metzinger (Nantes, 1883-Paris, 1956) fréquentent bientôt l'atelier d'Henri Le Fauconnier où se retrouvent notamment les peintres Robert Delaunay et Fernand Léger. Les cinq artistes, auxquels s'ajoute Marie Laurencin, parviennent à exposer de façon groupée au salon des Indépendants de 1911. Réunies dans la salle 41, restée fameuse, leurs oeuvres, d'un style pourtant moins radical que celui élaboré depuis 1907 par Braque et Picasso dans le secret de leurs ateliers, révèlent le cubisme au grand public et provoquent un retentissant scandale. Désormais célèbres, Gleizes et Metzinger comptent parmi les exposants cubistes dont les envois sont les plus remarqués aux salons suivants, où Braque et Picasso, montrés avec parcimonie par la galerie de Daniel-Henry Kahnweiler, continuent à ne pas paraître. À la différence de leurs confrères, Gleizes et Metzinger n'hésitent pas à prendre la plume pour défendre leur conception du cubisme face à une critique souvent hostile. Metzinger, qui avait déjà à son actif une «Note sur la peinture» (Pan, octobre-novembre 1910), où il disait son admiration pour Braque et Picasso rencontrés au Bateau-Lavoir, fait paraître le 16 août 1911 dans Paris-Journal un article intitulé «Cubisme et Tradition». En septembre de la même année, Gleizes publie un article sur Metzinger dans La Revue indépendante, suivi d'un compte-rendu du salon d'Automne dans un numéro des Bandeaux d'Or paru en novembre. Il défend «Le Cubisme devant les Artistes» dans Les Annales politiques et littéraires du 1er décembre 1912. L'écriture conjointe de Du «Cubisme» intervient à l'issue d'une «sorte de rodage» intellectuel et amical au cours duquel les deux hommes parviennent à surmonter leurs divergences. Si le livre reprend certaines idées développées dans leurs articles antérieurs (le manuscrit ayant disparu durant la Seconde guerre mondiale, les apports respectifs des deux auteurs ne peuvent donner lieu qu'à des conjectures), il reflète sans doute aussi les échanges entre artistes, qui ont lieu dans l'atelier de Gleizes à Courbevoie ou dans celui de Jacques Villon à Puteaux, auxquels tous deux participent.
La parution de Du «Cubisme» fut sans doute envisagée par Gleizes et Metzinger pour accompagner le Salon de la Section d'Or (galerie La Boétie, 10-30 octobre 1912). Tous deux devaient y exposer des ensembles particulièrement développés, Gleizes révélant notamment à cette occasion son monumental Dépiquage des moissons (Tokyo, musée national d'art occidental) et Metzinger sa Plume jaune (collection particulière) et son portrait de Gleizes (Rhode Island School Design, Muséum of Art). Cependant les premiers exemplaires du livre ne sortent des éditions Eugène Figuière que dix jours avant la fermeture du salon. En novembre, le cinquième chapitre de Du «Cubisme» est publié dans le premier numéro de la revue d'Henri-Martin Barzun, Poème et Drame. Les guillemets utilisés montrent que les auteurs manipulent encore avec prudence un mot nouveau, d'ailleurs imposé non par les artistes eux-mêmes, mais par une critique plutôt malveillante. La collection, «Tous les arts», où s'insère cette publication, a été créée par Jacques Nayral, directeur littéraire des éditions Figuière et futur beau-frère de Gleizes qui avait exposé son imposant portrait au salon d'Automne de 1911 (Londres, Tate). Avec cette parution, Gleizes et Metzinger prenaient pour ainsi dire de vitesse Guillaume Apollinaire dont les Méditations esthétiques, les peintres cubistes, devaient figurer l'année suivante dans la même collection.
Auréolé du titre de premier ouvrage consacré au mouvement, Du «Cubisme» est divisé en cinq chapitres qui constituent moins un manifeste qu'une sorte de vade mecum à l'usage des artistes désireux de s'initier à un mode de représentation radicalement novateur, sans toutefois se détourner de la tradition française. Livre de peintres, à la différence des Méditations esthétiques d'Apollinaire, vu par Gleizes comme l'un de ces «intermédiaires littéraires qui, aussi bien intentionnés fussent-ils, n'apportaient au débat que des vues subjectives», Du «Cubisme» doit davantage être comparé à celui de Signac, D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme (1899). Après avoir évoqué l'apport des grands prédécesseurs que sont Courbet, Manet, les Impressionnistes et Cézanne (chapitre I), les auteurs émettent des préconisations ayant trait à la forme (chapitre II), à la couleur (chapitre III) et à la composition du tableau (chapitre IV) avant de conclure sur un rappel de la prééminence du «Goût», réservé à une élite (chapitre V). Le cubisme s'y affirme comme «réalisation intégrale de la Peinture» qui «condamne tous les systèmes» et confère «une liberté indéfinie». Contrairement à Apollinaire qui propose une typologie du cubisme, Gleizes et Metzinger restent sur un plan général et ne mentionnent aucun de leur confrère (significativement le seul peintre vivant cité dans l'ouvrage est Signac, qui influença Metzinger entre 1904 et 1907). Seules les nombreuses illustrations de la seconde partie de l'ouvrage permettent au lecteur de 1912 d'identifier les «peintres cubistes», terme collectif utilisé à plusieurs reprises par les auteurs. Ces images, qui ont dû jouer un rôle au moins aussi important que le texte de Gleizes et Metzinger dans la diffusion de l'esthétique cubiste, reproduisent des oeuvres des exposants de la «salle 41» de 1911 (à l'exception de Delaunay et de Le Fauconnier qui, pour des raisons restées obscures, ont refusé d'y figurer), ainsi que de certains exposants de la Section d'Or (Duchamp, Gris et Picabia), mais aussi de Braque, Derain et Picasso qui n'y participaient pas. Un portrait de Cézanne, figure tutélaire, introduit l'ensemble.
«Le mot cubisme n'est ici qu'afin d'épargner au lecteur toute hésitation quant à l'objet de cette étude, et nous nous empressons de déclarer que l'idée qu'il suscite, celle de volume, ne saurait à elle seule définir un mouvement qui tend vers la réalisation intégrale de la Peinture.»
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Vendeur : Revaluation Books, Exeter, Royaume-Uni
Paperback. Etat : Brand New. 135 pages. French language. 8.27x6.14x0.79 inches. In Stock. N° de réf. du vendeur zk2705682872
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