Samuel Butler : Darwin parmi les machines

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9782705689605: Samuel Butler : Darwin parmi les machines
Extrait :

Extrait de l'introduction

I. MACHINE ARRIÈRE ! OU BUTLER PARMI LES MACHINES

1. Les fantaisies d'un jeune colon
Le 30 septembre 1859, un jeune homme de bientôt 24 ans, Samuel Butler, descend la Tamise sur le Roman Emperor. Direction : la Nouvelle-Zélande. Quelques semaines plus tard, le 24 novembre 1859, paraissent, à Londres, chez John Murray, les 1 250 premiers exemplaires de L'Origine des espèces de Charles Darwin. De la rencontre de Butler er de l'Origine, naîtra «Darwin parmi les machines», court texte plein d'ironie et d'acuité, où la guerre est déclarée aux machines. Visionnaire ? Ce texte résonne fortement avec notre imaginaire mécanique : l'inquiétude devant notre dépendance toujours croissante envers les machines, le sentiment d'aliéner notre liberté au service du maintien d'un vaste système mécanique qui nous dépasse et où l'individu ne trouve pas son compte, l'impossibilité où nous sommes de faire «machine arrière» er le sentiment confus d'une vie de servitude, passée au service d'impassibles monstres mécaniques, l'effroi suscité par leur «amoralisme», leur imperméabilité totale aux émotions qui font la trame de la vie humaine. Tout est déjà dans Butler, jusqu'au fantasme de machines s'auto-reproduisant et nous exploitant comme leur bétail.

Pourtant, lorsque Samuel Butler mourut en 1902, la nouvelle fit peu de bruit. C'était un peintre médiocre, un musicien raté et un auteur de peu de renom. On a pu le décrire comme «homo unius libri», l'homme d'un seul livre : seul Erewhon (1872) lui avait rapporté quelque argent ; pour tous ses autres ouvrages, il en avait été de sa poche de plusieurs centaines de livres sterling. Encore le succès du livre anonyme n'avait pas été le signe d'une notoriété naissante : quand on avait compris que son auteur n'était pas Lord Lytton, celui de The Corning Race (La Race à venir), paru en 1871, on s'en était vite désintéressé. Bernard Shaw disait qu'en Sicile, il y a une Via Samuele Butler et que les touristes anglais se demandaient la traversant, qui diable était ce «Samuele Butler», avant de l'identifier à son homonyme, le poète satirique auteur d'Hudibras (1613-1680). Le principal mérite que Butler s'accordait, était d'avoir soutenu l'opinion paradoxale que l'Odyssée, vulgairement attribuée à Homère, était en réalité l'oeuvre d'une femme. Ou que Charles Darwin, généreusement crédité pour avoir mis en circulation l'idée d'évolution, n'était en réalité qu'un continuateur de son grand-père Erasmus Darwin ou des Français le comte de Buffon et le chevalier de Lamarck. Parmi ses oeuvres, Butler préférait celles où il avait le sentiment d'avoir brisé une idole et «dévoilé» au public une vérité insoupçonnée. Aujourd'hui, Samuel Butler reste connu pour son roman Ainsi va toute chair (The Way of all flesh), un portrait au vitriol de la société victorienne et de son hypocrisie, paru de manière posthume en 1903, où Samuel, fils et petit-fils de pasteurs, met en scène sa haine féroce d'un père qui le lui rendait bien.
La brouille entre le jeune Samuel Butler et son père éclate lorsqu'il renonce à devenir pasteur et projette de consacrer sa vie à l'art. C'est alors qu'il est décidé que le jeune homme partira pour la Nouvelle-Zélande, élever des moutons. Son père lui avance 5 000 livres pour cette entreprise et voici Butler s'établissant dans la colonie de Canterbury, comme éleveur dans le district d'Upper Rangitata. Perdant la foi et rencontrant Darwin, Butler publie dans les journaux néozélandais, plusieurs textes relatifs à la pensée darwinienne. Le plus célèbre, «Darwin among the machines», signé Cellarius, paraît dans le journal The Press, de Canterbury en Nouvelle-Zélande, le 13 juin 1863 (texte IX). L'auteur y soutient la thèse suivante : étant donné leur rythme d'évolution et de reproduction, les machines vont bientôt prendre le dessus sur leurs maîtres humains, à moins que nous ne leur déclarions, dès à présent, une guerre sans merci. Cette thèse forte s'inscrit dans le sillage de la grande Exposition universelle qui s'est tenue au Crystal Palace à Londres en 1851, où les machines à vapeur resplendirent de leur monstrueux gigantisme. Cette vision sublime, Butler l'interprète selon un schéma évolutionniste, très vaguement mâtiné des idées développées dans L'Origine des espèces. Darwin ici n'est qu'un prête-nom pour dire : ces machines dont le spectacle nous ravit et nous terrifie, elles vont, de jour en jour, progresser toujours davantage. C'est pourquoi Butler leur oppose la clameur de l'impératif luddite : détruisons les machines ! ou, si l'on veut : machine arrière !

Présentation de l'éditeur :

Écrit dans un style alerte, par un écrivain de talent, Darwin parmi les machines adresse aux machines une déclaration de guerre. À première vue, les machines sont nos esclaves et sont un instrument au service de notre domination : elles favorisent l'extension de la vie, la conquête et la maîtrise de la nature brute. Mais elles deviennent bientôt nos rivales dans la lutte pour la suprématie sur terre. Si les machines ne peuvent pas encore se passer de nous pour leur survie et leur reproduction, déjà les humains ne peuvent plus se passer d'elles pour quantité d'opérations - voire pour leur propre reproduction.
Aussi la question est-elle celle de la co-dépendance ou co-évolution entre humains et machines. Pour bénéficier de l'assistance des machines, n'avons-nous pas abdiqué une grande part de notre autonomie ? Que sont ces machines à qui nous avons confié les clefs de notre survie ? Les machines que nous connaissons aujourd'hui ne sont que la préfiguration grossière de ce que seront les machines de demain. Les machines, prédit Butler, vont évoluer, et bien plus rapidement que les humains : si bien qu'elles finiront par nous dépasser et feront de nous leur bétail.

Professeur de philosophie des sciences à l'Université Jean Moulin Lyon 3, THIERRY HOQUET est spécialiste de l'histoire du darwinisme et de philosophie de la biologie. Auteur de différents ouvrages, dont Darwin contre Darwin (Le Seuil, 2009) et Cyborg Philosophie (Le Seuil, 2011), il a traduit la première édition de L'Origine des espèces de Darwin (Le Seuil, 2013).

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