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L'inconsolable - Couverture souple

Godard, Anne

 
9782707319401: L'inconsolable

Synopsis

Tu n'aurais jamais cru que tu survivrais, mais tu vis pourtant, tu continues, de date en date, et depuis si longtemps. Tu vis contre son absence, contre la vie qui l'a permise, contre les autres, parce qu'ils oublient, et contre toi, qui ne peux rien effacer. Malgré toi, tu restes en attente d'autre chose, mais quoi ?

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Extrait

C'est venu du dehors, peu à peu, comme une main lourdement posée sur ton épaule, qui t'aurait rappelé un souvenir usé. Tu es restée assise sur le lit, pieds ballants, tu ne sais pas combien de temps ainsi, immobile, sans rien voir, sans penser à rien. Tu te dis que tu as beaucoup souffert, d'habitude cela suffit, tu n'as pas besoin de penser plus concrètement. D'habitude tu aimes bien, même, cette sensation, mais tu n'aurais pas dû te laisser envahir. Dans le silence de la maison, tout semble arrêté. C'est l'heure de la sieste, léthargie partout. On se croirait au milieu de la nuit. Mais sur le plancher, tu sens encore la brûlure du soleil, qui s'effile à travers les persiennes, en lames aiguës, éblouissantes dans la pénombre. Où sont-ils tous passés ? Ta voix te parvient atténuée, blanche et creuse. Tu dis des mots sans te soucier de ce qu'ils pourraient signifier, tu essaies seulement de t'assurer de ta présence, percevoir que tu es là, encore un peu vivante, malgré tout. Du bout des pieds, tu atteins le rebord de la cheminée, la fraîcheur lisse de la pierre te ramène lentement à la surface de toi-même. Tu voudrais que quelqu'un vienne, mais personne ne vient, personne ne t'a entendue, personne ne sait. Depuis toujours tu es dans le monde désert et jamais personne ne t'a dit ce que tu étais en train de vivre.
Ça y est le soir tombe. Du jardin te vient le bruissement du vent dans les feuilles des platanes. Le monde est revenu à sa place, d'un seul coup. Tout à l'heure, pour le dîner, tu mettras ton masque. Ils ne s'apercevront de rien et, comme chaque jour depuis que tu es enfant, tu resteras muette pour étouffer dans le silence ton lent écroulement intérieur, sans paroles. Et, comme d'habitude, tu leur en voudras parce qu'ils ne sauront jamais. Gestes mécaniques. Se lever, se vêtir, descendre au jardin, sourire, parler du temps. Il a fait si chaud la nuit dernière. Très peu dormi, comme d'habitude. À quatre heures, le merle déjà, hier c'était plus tard, il me semble. Les bruits du dehors au petit jour, les chiens errants, les frôlements furtifs des mulots dans les feuilles sèches, un chant d'oiseau que tu n'as pas reconnu, les voitures sur la nationale, des avions parfois, ils sont si près, on se demande où ils se posent. Manger, ne pas avoir l'air d'y prendre plaisir. Occu­pations. Rien à dire, ou alors description méticuleuse. Les articles de journaux dépouillés en retard, les numéros qui attendent, en piles de plus en plus hautes, mais tu ne te décides pas à les jeter avant de les avoir lus. L'émission que tu as écoutée cette nuit à la radio, pendant ton insomnie, très intéressante, les émissions la nuit sont toujours très intéressantes, tu ne sais plus de quoi il s'agissait, mais c'était vraiment remarquable. Un livre que tu n'as fait que parcourir, abandonné avant la fin, insipide, comme souvent, et tellement vulgaire.

Présentation de l'éditeur

Tu n'aurais jamais cru que tu survivrais, mais tu vis pourtant, tu continues, de date en date, et depuis si longtemps. Tu vis contre son absence, contre la vie qui l'a permise, contre les autres, parce qu'ils oublient, et contre toi, qui ne peux rien effacer. Malgré toi, tu restes en attente d'autre chose, mais quoi ?

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