L actualité nous renvoie tous les jours une facette du risque : crise financière, accidents d avion, dérapages du changement climatique, etc. Quel est le rôle joué par la statistique dans l analyse de ces risques et quels sont les outils spécifiquement développés pour cela ? Cet ouvrage est consacré à une présentation des fondements méthodologiques classiques, mais aussi récents, et présente des applications à des domaines variés. Il est le fruit de la collaboration entre spécialistes parmi les plus réputés : Patrice Bertail (université Paris Ouest-Nanterre-La Défense), Arthur Charpentier (université Rennes-1), Anne-Laure Fougères (université Claude Bernard, Lyon), Stéphane Loisel (université Claude Bernard, Lyon), Eric Parent (AgroParisTech) et Jean-Marc Tallon (université Paris-1), réunis à l occasion des 14e Journées d étude en statistique organisées par la SFdS au Centre international de rencontres mathématiques de Luminy. La Société Française de Statistique (SFdS), association reconnue d utilité publique, a pour objectif de favoriser les développements de la statistique et d assurer la représentation de l ensemble des utilisateurs, enseignants et chercheurs dans ce domaine.
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Chapitre 1
Risque et probabilité : les premières rencontres
Jean-Jacques Droesbeke et Gilbert Saporta
Dans un ouvrage consacré aux approches statistiques du risque, nous pensons qu'il peut être utile d'évoquer les premières rencontres entre risque et probabilité. Notre propos est de rappeler un certain nombre d'événements et de publications qui ont contribué à ces rencontres. Nous commencerons par examiner l'évolution des mots avant de regarder celle des idées.
1.1 Un peu d'étymologie
Une première question se pose à nous. Peut-on établir un pont entre risque et probabilité à travers l'origine de ces mots et leurs significations au cours du temps ? Examinons dans un premier temps l'étymologie du mot probabilité.
En consultant les ouvrages qui traitent de ces questions, on constate que l'adjectif probable précède tous les autres vocables apparentés. Ce mot s'écrivit d'abord proubable (1285). Il provient du latin probabilis qui qualifie «une chose vraisemblable, plausible et, avec une valeur laudative, une chose digne d'approbation, une personne estimable». C'est un adjectif dérivé de probare «faire l'essai de» (qui donnera le verbe prouver), lui-même issu de probus (qui donnera probe), pris au sens de «rendre croyable» et «apprécier», ce dernier étant repris en français par le représentant de son composé approbare (d'où viendra le verbe approuver).
On constate ainsi que l'adjectif a d'abord le sens étymologique de «que l'on peut prouver, vérifier» aujourd'hui réservé à prouvable. Son usage moderne s'est développé à partir de la fin du 14e siècle, d'abord dans la langue didactique à propos d'une opinion ayant une apparence de vérité (1380). La langue courante emploie surtout le mot pour qualifier un événement, un phénomène qu'il est raisonnable de supposer ou de prévoir (1786).
Le premier dérivé du mot probable est probablement (1370-1372), au sens de «vraisemblablement», qui entrera plus tard dans la locution probablement que (1787).
Le nom correspondant à probable - à savoir probabilité - est directement emprunté (1370-1372) au dérivé latin probabilitas, -atis avec le sens de «chance qu'une chose a d'être vraie, raison qui fait présumer qu'elle l'est». Il est passé dans le langage théologique à propos du caractère d'une doctrine fondée sur les opinions probables (1657). Ce domaine donnera le jour au probabilisme (1697), formé à partir du latin probabilis, terme qui sera repris en philosophie au début du 19e siècle.
Par changement de suffixe, ce mot a produit probabiliste (1704), utilisé d'abord en théologie puis, beaucoup plus tard, en mathématiques, qualifiant celui ou celle qui utilise la notion de probabilité (1947) et désignant un(e) mathématicienne) spécialiste de cette matière (1962).
On observe ainsi que le mot risque ne semble pas, à première vue, faire partie de l'histoire du mot probabilité. Cette liaison va cependant apparaître au travers des liens qui unissent la notion de probabilité à celle de hasard.
En nous penchant sur le hasard, il apparaît que ce mot est un emprunt (vers 1150, hasart) à l'arabe az-zahr, «jeu de dés», par l'intermédiaire de l'espagnol azar (1283) qui signifie «jeu de dés» et «coup défavorable au jeu de dés». Le mot arabe vient de zahr «fleur» (en espagnol, azahar est utilisé pour «fleur d'oranger»), les dés ayant porté une fleur sur l'une des faces; notons aussi qu'il est attaché au verbe yasara «jouer à un jeu de hasard». Le h vient du fait qu'au Moyen Age, les mots à initiale vocalique, d'origine étrangère, étaient régulièrement écrits avec h.
Dans la langue française, hasard a désigné au Moyen Age un jeu de dés et s'est dit (1200) d'un coup heureux à ce jeu (le six). C'est de ce premier sens que vient l'expression jeu de hasard (1538). Ce mot, prend dans le premier quart du 13e siècle, le sens figuré de «mauvais coup», d'où celui de «risque, danger» (15e siècle), sens vieilli dans l'emploi du singulier. On parle encore aujourd'hui des hasards de la guerre et, dans les termes techniques associés au golf, on parle de hasard pour désigner un obstacle naturel ; mais dans cette acception, le mot a été emprunté (1906) à l'anglais hazard.
Par extension, on passe du sens de «risque» à celui de «cas, événement fortuit» au début du 16e siècle. Un peu plus tard, comme sort et fortune, hasard s'emploie pour désigner une «cause qu'on attribue à ce qui arrive sans raison apparente», sens qui sera repris dans les sciences (les lois du hasard).
(...)
L actualité nous renvoie tous les jours une facette du risque : crise financière, accidents d avion, dérapages du changement climatique, etc. Quel est le rôle joué par la statistique dans l analyse de ces risques et quels sont les outils spécifiquement développés pour cela ? Cet ouvrage est consacré à une présentation des fondements méthodologiques classiques, mais aussi récents, et présente des applications à des domaines variés. Il est le fruit de la collaboration entre spécialistes parmi les plus réputés : Patrice Bertail (université Paris Ouest-Nanterre-La Défense), Arthur Charpentier (université Rennes-1), Anne-Laure Fougères (université Claude Bernard, Lyon), Stéphane Loisel (université Claude Bernard, Lyon), Eric Parent (AgroParisTech) et Jean-Marc Tallon (université Paris-1), réunis à l occasion des 14e Journées d étude en statistique organisées par la SFdS au Centre international de rencontres mathématiques de Luminy. La Société Française de Statistique (SFdS), association reconnue d utilité publique, a pour objectif de favoriser les développements de la statistique et d assurer la représentation de l ensemble des utilisateurs, enseignants et chercheurs dans ce domaine.
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