Mitsou, histoire d'un chat - Couverture souple

Rilke, Rainer Maria; Balthus

 
9782743617639: Mitsou, histoire d'un chat

Synopsis

« Personne ne peut comprendre ce que représentent ces premiers dessins pour moi. Seul Rilke l'avait pressenti. » (Balthus, 1998) « Trouver une chose, c'est toujours amusant ; un moment avant elle n'y était pas encore. Mais trouver un chat, c'est inouï ! Car ce chat, convenez-en, n'entre pas tout à fait dans votre vie, comme ferait, par exemple, un jouet quelconque ; tout en vous appartenant maintenant, il reste un peu en dehors, et cela fait toujours : la vie + un chat, ce qui donne, je vous assure, une somme énorme. Perdre une chose, c'est bien triste. Il est à supposer qu'elle se trouve mal, qu'elle se casse quelque part, qu'elle finit dans la déchéance. Mais perdre un chat : non ! Ce n'est pas permis. » (Rilke, 1920) À douze ans, Balthus publie ses premiers dessins dans un recueil préfacé par Rilke, intitulé Mitsou, nom d'un chat qu'il avait trouvé. Les quarante dessins du recueil sont précédés des lettres, rédigées en français par Rilke, adressées à Balthus de 1920 à 1926.

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Extrait

PERDRE CE QU'ON IGNORE

à Marie, Marion, Perrine et Juliette

Depuis la fin de la Grande Guerre, Rainer Maria Rilke n'a qu'un désir : trouver le lieu qui permettra que se reproduise le «miracle» de Duino, les quelques jours de 1912 où, face à l'Adriatique, il a jeté sur le papier les premières Élégies. Certes, il ne s'agit pas simplement de trouver un endroit, puisque l'ensemble des conditions requises pour une disponibilité créatrice aussi intense est fort complexe à reconstituer et ne dépend pas directement ni exclusivement de l'environnement; mais le poète doit impérativement quitter l'Allemagne, associée de trop près aux années de guerre, à cette «sécheresse d'âme» dont il se plaint qu'elle ait tant duré, comme à la situation faite, durant le conflit ainsi qu'au cours des bouleversements de l'immédiat après-guerre à P«intellectuel» qui, «[...] dans cette lutte confuse que les ferments de la guerre pourrie, répandus dans le pays, ne cessaient d'envenimer, ne pouvait prendre le parti de personne : ni celui des révoltés aveugles, ni celui des hommes qui opposaient à leur délire souvent criminel de vieilles méthodes non moins injustes et non moins inhumaines ; l'avenir n'était ni d'un côté, ni de l'autre, et c'est à l'avenir que l'intellectuel est une fois pour toutes allié et inféodé.»
Les premiers mois de son séjour helvétique sont une errance perpétuelle, presque fébrile, Rilke acceptant l'hospitalité de nombreuses maisons, allant de conférences en voyages, d'invitations en rencontres, parmi lesquelles celle, décisive, de Baladine Klossowska et de ses fils Pierre et Balthazar (Balthus) à Genève, en octobre 1919. Rilke passera tout l'hiver 1919-1920 en voyage dans le Tessin ; le printemps 1920 le retrouve près de Bâle, hébergé chez les Burckhardt, à Schönenberg. Après un voyage à Venise, un séjour à Zurich puis à Winterthur, Rilke retrouve Baladine à Genève avant de faire une excursion à Beatenberg. Berne, Fribourg, Zurich, de nouveau Genève, à l'automne - où Rilke intervient auprès du directeur de l'école de Balthus afin que celui-ci y soit encore accepté - puis Bad Ragaz, Zurich, Genève et Sierre : c'est là qu'il découvrira pour la première fois les dessins de Balthus, réunis en un recueil qui porte déjà le titre Mitsou. La ronde continue - Genève, Berne, Bâle, Paris, Genève - pour s'arrêter le 12 novembre 1922 : Rilke séjournera jusqu'en mai 1921 au château de Berg am Irchel, près de Zurich. L'hiver, un château, l'isolement et l'immobilité : les conditions semblent enfin réunies, qui rappellent la situation de Rilke à Duino, le château triestin de la princesse de Tour-et-Taxis, et qui anticipent celles de l'hiver 1921-1922 ; au cours de celui-ci Rilke écrira, isolé dans le château de Muzot, les dernières Élégies et les Sonnets à Orphée, finalité prioritaire de son séjour en Suisse et point culminant de sa vie créatrice.

Présentation de l'éditeur

Personne ne peut comprendre ce que représentent ces premiers dessins pour moi. Seul Rilke l'avait pressenti.
Balthus, 1998

Trouver une chose, c'est toujours amusant ; un moment avant elle n'y était pas encore. Mais trouver un chat, c'est inouï ! Car ce chat, convenez-en, n'entre pas tout à fait dans votre vie, comme ferait, par exemple, un jouet quelconque ; tout en vous appartenant maintenant, il reste un peu en dehors, et cela fait toujours : la vie + un chat, ce qui donne, je vous assure, une somme énorme. Perdre une chose, c'est bien triste. Il est à supposer qu'elle se trouve mal, qu'elle se casse quelque part, qu'elle finit dans la déchéance. Mais perdre un chat : non ! Ce n'est pas permis.
Or la perte, toute cruelle qu'elle soit, ne peut rien contre la possession, elle la termine, si vous voulez ; elle l'affirme ; au fond, ce n'est qu'une seconde acquisition, tout intérieure cette fois et autrement intense.

Rilke, 1920

À douze ans, Balthus publie, à Zurich, ses premiers dessins dans un recueil préfacé par Rilke, intitulé Mitsou, nom d'un chat qu'il avait trouvé et ensuite perdu. Les, quarante dessins du recueil sont précédés des lettres, rédigées en français par Rilke, adressées à Balthus de 1920 à 1926.

Préface de Marc de Launay Collection dirigée par Lidia Breda

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