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LE SHADOWING ET AUTRES PRATIQUES DE L'ETHNOGRAPHIE ORGANISATIONNELLE - Couverture souple

EDITIONS ESKA

 
9782747222365: LE SHADOWING ET AUTRES PRATIQUES DE L'ETHNOGRAPHIE ORGANISATIONNELLE

Extrait

L'ETHNOGRAPHIE ORGANISATIONNELLE AUJOURD'HUI

De la diversité des pratiques pour saisir l'organisation en mouvement
Sylvie GROSJEAN & Carole GROLEAU

Ce numéro sur l'ethnographie organisationnelle fait suite à un colloque organisé en mai 2013 dans le cadre du congrès de l'ACFAS, colloque qui était intitulé : L'ethnographie organisationnelle - Pratiques émergentes et contributions. Ce colloque a été l'occasion de réunir des chercheurs de tout horizon (communication, sociologie, sciences politiques, management, etc.), mais ayant tous adoptés une démarche ethnographique au sein d'une organisation. Les chercheurs réunis durant ce colloque ont mené une réflexion autour de quelques questions qui ont guidé les échanges : Quelles sont les formes émergentes d'ethnographie organisationnelle qui sont mises en oeuvre par les chercheurs ? Comment le chercheur procède-t-il pour suivre, traquer des acteurs, des objets, des événements organisationnels, etc. ? Quelle est la contribution de l'ethnographie organisationnelle à la compréhension des enjeux auxquels font face les organisations contemporaines ? L'idée générale du colloque était de permettre aux participants de confronter leur pratique, leur vision, leur réflexion et ainsi d'explorer les différentes formes que prend l'ethnographie organisationnelle aujourd'hui. Ce numéro de la revue RIPCO réunit ici certaines contributions des chercheurs présents à ce colloque, contributions qui comme nous allons le voir, soulignent la diversité de pratiques, mais aussi le besoin d'adopter une démarche méthodologique capable de saisir l'organisation en mouvement.

VERS DE NOUVELLES FORMES D'ETHNOGRAPHIE ORGANISATIONNELLE

Il est important de dire que bien des travaux de recherche relevant de l'ethnographie organisationnelle ont contribué à explorer, au quotidien, les pratiques des acteurs, et plus précisément de «voir les organisations de l'intérieur» (Laude, 2012) que ce soit des écoles/universités, des musées, des entreprises privées, des hôpitaux, des organisations gouvernementales ou non (Kunda, 1992 ; Orr, 1996 ; Grosjean & Lacoste, 1999 ; Van Hulst 2008). Dans bon nombre de travaux, l'ethnographie organisationnelle est associée à une immersion prolongée au sein d'une communauté, d'une organisation aux frontières claires, à de l'observation participante ou non au sein d'un service ou d'un département, etc.

Or, les organisations contemporaines se complexifient et il n'est pas rare aujourd'hui de voir émerger des «communautés de pratique» qui transcendent les territoires professionnels, des réseaux de coopération entre des entreprises privées, entre des organisations de soins qui bousculent les frontières de l'organisation. Évoluant dans un environnement mouvant et incertain, les organisations sont devenues de plus en plus complexes, fragmentées, dispersées (Czarniawska, 2007), parfois éphémères et reposent sur «un mode de coordination plus distribuée des activités, elle aussi, plus distante, plus immatérielle, moins contrôlable» (Borzeix & Cochoy, 2008). Pour tenter de saisir et comprendre toute cette complexité, les chercheurs adoptent une conception dynamique de l'organisation (Langley & Tsoukas, 2010), celle-ci apparaissant alors comme le produit d'un travail continu d'organisation (Terssac & Lalande, 2002) ou d'«organizing» (Czarniawska, 2009). Cette façon de regarder l'organisation se retrouve dans certains travaux associés aux approches constitutives de la communication organisationnelle (Putnam & Nicoreta, 2009; Bisel, 2010; Cooren et al, 2011). Les approches constitutives proposent de regarder l'organisation comme un construit collectif émanant des interactions des membres entre eux et avec des entités matériels (Grosjean, 2013). Et comme l'écrivent Cooren & Robichaud par «approche constitutive, il faut entendre toute réflexion ou étude visant à explorer l'hypothèse selon laquelle la communication serait constitutive du mode d'être et d'agir des organisations (et de tout collectif en général)» (2011, p. 141). L'objectif est alors de comprendre comment une organisation se constitue, évolue, se transforme, innove, apprend, négocie ses tensions internes et parfois s'effondre, en se positionnant au coeur de l'action, au coeur de l'organisation. Les chercheurs font alors l'hypothèse que la compréhension des pratiques effectives des acteurs organisationnels, de la manière d'agir et d'être d'une organisation passe par un travail de type ethnographique.

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Présentation de l'éditeur

Ce supplément au numéro 48, hiver 201 3, sur le shadowing et autres pratiques de l'ethnographie organisationnelle, fait suite au colloque organisé en mai 2013 par l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), intitulé : L'ethnographie organisationnelle - Pratiques émergentes et contributions. L'objectif était de réunir des chercheurs de tous horizons (communication, sciences de gestion et du management, sciences juridiques et politiques, psychologie et sociologie, etc.) ayant en commun d'avoir adopté une démarche ethnographique au sein d'une organisation. Les chercheurs ont effectué des retours sur leur expérience permettant de répondre partiellement à plusieurs questions dont celle de savoir comment procèdent-ils pour suivre ou traquer des acteurs, des objets, des événements organisationnels, etc. Sylvie GROSJEAN & Carole GROLEAU ont sélectionné les contributions les plus significatives concernant notamment l'utilisation du shadowing (mais pas uniquement) qui implique que le chercheur devient «l'ombre» de celui qu'il étudie en le suivant au cours de ses activités quotidiennes. L'ethnographie met en oeuvre des pratiques méthodologiques aussi diverses que les parcours commentés, la photo-ethnographique, la vidéo-ethnographique et la micro-ethnographie, méthodes où l'observateur non-participant est une ombre transparente, l'observateur participant est une ombre opaque, le participant-observateur, une ombre ombragée... Ce défi est d'autant plus important que la nature même des organisations est entrain de se redéfinir, comme en témoignent les recherches sur les organisations éphémères, éclatées ou fermées.

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