Maria Zambrano, disparue en 1991, fut une philosophe espagnole de premier plan. C'est habituellement ainsi qu'on la présente. Mais elle fut peut-être avant tout un authentique écrivain. Célèbre dans son pays (on vient de lui consacrer un film), elle l'est aussi en Amérique centrale, en Italie, en Suisse, partout où elle a vécu et où sa présence a marqué. Camus avait entamé les démarches pour la publier en France, lorsqu'il fut victime de l'accident de la route qui lui a coûté la vie. Il avait ce jour-là dans sa sacoche la traduction pour Gallimard de El Hombre y lo divino. Philosophe, écrivain - qualifier ainsi Maria Zambrano ne saurait pourtant suffire. Car il faudrait ajouter que la philosophie est à ses yeux une forme de vie, et que cette philosophie ne vaut rien si elle ne se trempe aux impérieux secrets de l'existence réelle. Démarche de profonde intériorité, qui veut que la pensée s'incline toujours devant la vie ; d'où la forme privilégiée par Maria Zambrano, celle de l'essai, libre, inspiré, clair et obscur tour à tour afin de solliciter le goût de la méditation et faire mesurer sa parenté avec tous les versants de la vie. Le volume présenté, précieuse introduction à toute l'oeuvre de l'écrivain, reprend les essais les plus décisifs de l'auteur ; chacun d'eux s'enracine dans les questions les plus difficiles parce qu'elles sont les plus simples : qu'est-ce que comprendre, qu'est-ce que le sentiment de l'exil, qu'est-ce que l'espérance, qu'est-ce que vivre en étant mû par ces mouvements profonds ? Avec Maria Zambrano, nous comprenons que lire, c'est nous engager dans le déchiffrement de notre propre histoire, sans rien oublier de ses tâtonnements et de ses moments de lumière. Le recueil composé par le traducteur de ces essais, Jean-Marc Sourdillon, nous fait mesurer l'extraordinaire capacité d'attention au monde de la philosophe : toujours aussi intensément amoureuse de la vie et de sa capacité d'espérance, qu'elle écrive un essai ou une lettre à des amis. En sorte qu'on admire tout autant, dans le sentiment d'une intense unité, la philosophe que la femme qu'elle fut.
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Maria Zambrano, disparue en 1991, fut une philosophe espagnole de premier plan. C'est habituellement ainsi qu'on la présente. Mais elle fut peut-être avant tout un authentique écrivain. Célèbre dans son pays (on vient de lui consacrer un film), elle l'est aussi en Amérique centrale, en Italie, en Suisse, partout où elle a vécu et où sa présence a marqué. Camus avait entamé les démarches pour la publier en France, lorsqu'il fut victime de l'accident de la route qui lui a coûté la vie. Il avait ce jour-là dans sa sacoche la traduction pour Gallimard de El Hombre y lo divino.
Philosophe, écrivain - qualifier ainsi Maria Zambrano ne saurait pourtant suffire. Car il faudrait ajouter que la philosophie est à ses yeux une forme de vie, et que cette philosophie ne vaut rien si elle ne se trempe aux impérieux secrets de l'existence réelle. Démarche de profonde intériorité, qui veut que la pensée s'incline toujours devant la vie ; d'où la forme privilégiée par Maria Zambrano, celle de l'essai, libre, inspiré, clair et obscur tour à tour afin de solliciter le goût de la méditation et faire mesurer sa parenté avec tous les versants de la vie.
Le volume présenté, précieuse introduction à toute l'oeuvre de l'écrivain, reprend les essais les plus décisifs de l'auteur ; chacun d'eux s'enracine dans les questions les plus difficiles parce qu'elles sont les plus simples : qu'est-ce comprendre, qu'est-ce que le sentiment de l'exil, qu'est-ce que l'espérance, qu'est-ce que vivre en étant mû par ces mouvements profonds ? Avec Maria Zambrano, nous comprenons que lire, c'est nous engager dans le déchiffrement de notre propre histoire, sans rien oublier de ses tâtonnements et de ses moments de lumière.
Le recueil composé par le traducteur de ces essais, Jean-Marc Sourdillon, nous fait mesurer l'extraordinaire capacité d'attention au monde de la philosophe : toujours aussi intensément amoureuse de la vie et de sa capacité d'espérance, qu'elle écrive un essai ou une lettre à des amis. En sorte qu'on admire tout autant, dans le sentiment d'une intense unité, la philosophe que la femme qu'elle fut..
Pourquoi on écrit.
Écrire, c'est défendre la solitude dans laquelle on se trouve; c'est une action qui ne surgit que d'un isolement effectif, mais d'un isolement communicable, dans la mesure où, précisément, à cause de l'éloignement de toutes les choses concrètes, le dévoilement de leurs relations est rendu possible.
Mais c'est une solitude qui nécessite d'être défendue, ce qui veut dire qu'elle nécessite une justification. L'écrivain défend sa solitude en montrant ce qu'il trouve en elle et uniquement en elle.
Mais pourquoi écrire si la parole existe ? C'est que l'immédiat, ce qui jaillit de notre spontanéité, fait partie de ces choses dont nous n'assumons pas intégralement la responsabilité parce que cela ne jaillit pas de la totalité de nous-même; c'est une réaction toujours urgente, pressante. Nous parlons parce que quelque chose nous presse et que la pression vient du dehors, d'un piège où les circonstances prétendent nous pousser; et la parole nous en libère. Par la parole nous nous rendons libres, libres à l'égard du moment, de la circonstance assiégeante et immédiate. Mais la parole ne nous recueille pas, pas plus qu'elle ne nous crée; au contraire, un usage excessif de la parole produit toujours une désagrégation ; grâce à la parole nous remportons une victoire sur le moment mais bientôt nous sommes à notre tour vaincus par lui, par la succession de ceux qui vont soutenir notre attaque sans nous laisser la possibilité de répondre. C'est une victoire continuelle qui, à la fin, se transforme pour nous en déroute.
Et c'est de cette déroute, déroute intime, humaine - non pas d'un homme en particulier mais de l'être humain, que naît l'exigence d'écrire. On écrit pour regagner du terrain sur la déroute continuelle d'avoir longuement parlé.
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