Phénomène de mode, construction médiatique... Que n'a-t-on entendu sur le compte de SOS Racisme depuis sa création en 1984 ? Et pourtant, durant toutes ces années, SOS Racisme n'a jamais cessé, avec des hauts et des bas, d'initier des sujets de société, d'interpeller, de proposer, de manifester... Depuis plus de vingt ans, nous nous battons pour la construction d'une République métissée, tournant le dos à l'extrême droite et à la conception " communautariste " de la lutte antiraciste. L'antiracisme, selon nous, n'a jamais été la volonté de défendre telle population contre telle autre, de voir se constituer sur des bases ethniques ou religieuses des " syndicats " de défense de telle ou telle communauté. Il représente au contraire la volonté de voir chacun vivre à égale dignité dans la société, quelles que soient ses origines, sa confession ou ses pratiques culturelles.
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Pour une République métissée...
Une brève histoire de SOS Racisme
Après l'été meurtrier...
Dans les années 1980, les relations sont devenues très difficiles. Entre la police et ce qu'il est convenu d'appeler «la jeunesse issue de l'immigration». Dans les banlieues de l'est lyonnais en particulier, la police patrouille à la recherche des «délinquants étrangers» et, par médias interposés, se met en place l'amalgame entre révolte sociale, grand banditisme, petite délinquance crapuleuse et mode de vie criminalisé de la jeunesse dans les quartiers difficiles. Sur fond de surenchère sécuritaire, le Front national est devenu une force politique nationale. Sur le terrain, avec les «opérations anti-étés chauds», les incidents se multiplient. Aux quatre coins de la France, «l'été meurtrier» connaît une série de crimes racistes et sécuritaires non poursuivis. À Monmousseau, le 20 juin 1983, un policier tire sur Toumi Djaïda, gravement blessé au ventre. À La Courneuve, un ouvrier irascible abat d'un coup de 22 long rifle le petit Toufik, un enfant de neuf ans.
À l'automne 1983, inspiré par Gandhi en Inde ou par le Mouvement des droits civiques américain, le père Christian Delorme, curé des Minguettes, lance la «Marche des beurs pour l'égalité et contre le racisme».
«S'adresser à la France entière par une grande marche» : l'idée séduit d'emblée les jeunes qui en délèguent l'organisation à la Cimade de Lyon. L'emblème de la marche est un dessin représentant un marcheur chaussé d'une pantoufle et d'une babouche, symbole du métissage culturel. Bénéficiant de l'appui des réseaux chrétiens, notamment protestants, des réseaux humanistes et antiracistes, et critiquée par les plus radicaux, qui souhaiteraient l'affrontement direct avec la police et la justice, la Marche part de Marseille le 15 octobre, dans l'indifférence générale. Elle rassemble néanmoins de plus en plus de manifestants et suscite une vive sympathie auprès des journalistes, ainsi que le soutien non dissimulé de nombreux ministres. «Vivre ensemble avec nos différences», le slogan est fédérateur. Aussi le parti socialiste, le parti communiste, le Mouvement des radicaux de gauche et le parti socialiste unifié appellent-ils à rejoindre la Marche, pour son arrivée à Paris, le 3 décembre 1983. Plus de 100 000 personnes défilent derrière la banderole «Rengainez, on arrive». Une nouvelle figure a fait irruption sur la scène publique, celle du «beur». Fini le «mythe du retour» : la France découvre une jeunesse issue de l'immigration, mais enracinée et qui revendique sa place, le droit à la différence et l'égalité de droits.
Phénomène de mode, construction médiatique... Que n'a-t-on entendu sur le compte de SOS Racisme depuis sa création en 1984 ?
Et pourtant, durant toutes ces années, SOS Racisme n'a jamais cessé, avec des hauts et des bas, d'initier des sujets de société, d'interpeller, de proposer, de manifester...
Depuis plus de vingt ans, nous nous battons pour la construction d'une République métissée, tournant le dos à l'extrême droite et à la conception «communautariste» de la lutte antiraciste.
L'antiracisme, selon nous, n'a jamais été la volonté de défendre telle population contre telle autre, de voir se constituer sur des bases ethniques ou religieuses des «syndicats» de défense de telle ou telle communauté. Il représente au contraire la volonté de voir chacun vivre à égale dignité dans la société, quelles que soient ses origines, sa confession ou ses pratiques culturelles.
Collection «L'information citoyenne» dirigée par Claude Perrotin
Cette collection met à la portée de tous des textes qui engagent leurs auteurs. Elle permet ainsi aux citoyens de s'informer directement et de se forger une opinion.
Les responsables des principales formations syndicales, des chambres consulaires, des grandes associations humanitaires et religieuses, y exposent l'histoire, le fonctionnement et les buts de leur organisation.
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