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FICTION AGENT DOUBLE - Couverture souple

 
9782842923914: FICTION AGENT DOUBLE

Synopsis

Au centre des débats qui se sont déroulés ces dernières années en sciences humaines et sociales, la question du rôle que peut jouer la fiction pour des disciplines comme l'histoire, la philosophie, l'anthropologie... a pris de plus en plus d'importance, tournant parfois à la polémique à propos de plusieurs romans travaillant spécifiquement à l'interface entre histoire et littérature.

Parallèlement, on note l'émergence progressive d'une reconnaissance de la catégorie de fiction et de son importance au sein des recherches en neurosciences.

Il s'agira donc, dans ce numéro, d'expliciter la nature et la fonction de la fiction dans les différentes disciplines qui y ont recours. On en profitera pour réintroduire, parmi les paramètres du débat, le travail de la langue et la composition esthétique de l'oeuvre qui confèrent au texte littéraire sa puissance cognitive et le distinguent fondamentalement des autres objets de fiction auxquels il est confronté.

«Je Actionne, tu Actionnes... nous Actionnons» - Noëlle Batt

Témoignage, histoire, fiction Jean-Marie Schaeffer

Projection fictionnelle et textualités d'un duel au XVIIe siècle - Eric Méchoulan

Un monde à soi : Margaret Cavendish ou l'empire de la fiction - Frédérique Aït-Touati

L'effet de différence. L'altérité culturelle dans Indian Tango d'Ananda Devi - Samuel Thévoz et Lorenzo Bonoli

Norbert Wiener et l'usine automatique - Pierre Cassou-Noguès

Entretien avec Lionel Naccache - Noëlle Batt

La réalisation de ce numéro a été confiée à Noëlle Batt.

Les informations fournies dans la section « Synopsis » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.

Extrait. © Reproduit sur autorisation. Tous droits réservés.

Noëlle Batt

«JE FICTIONNE, TU FICTIONNES NOUS FICTIONNONS»

Depuis plusieurs années, sous la pression de Tinter - ou de la transdisciplinarité, ou simplement d'exigences nouvelles apparues dans les disciplines, des philosophes et des anthropologues (Lorenzo Bonoli, Vincent Debaene), des historiens (Carlo Ginzburg, Pierre Nora, Mona Ozouf, Alain Corbin, Patrick Boucheron...), des spécialistes d'histoire des sciences (Frédérique Aït-Touati) ou de philosophie morale (Martha Nussbaum) conduisent un débat sur l'importance stratégique qu'a pu avoir, pour leurs propres disciplines et pour les sciences humaines et sociales en général, l'emprunt de certaines notions qui, sans qu'elles y suffisent, sont essentielles à la définition de la littérature romanesque, en l'occurrence les notions de fiction (création, par l'imagination, d'un monde possible) et de narration (présentation de ce monde possible en un continuum verbal focalisé et temporellement organisé en direction d'un lecteur ou d'un auditeur).

On renverra pour une information sur ce débat riche et varié au sein des SHS, à quatre numéros de revue dont deux publiés en 2011 : L'Homme, n° 175-176, juillet-décembre 2005, «Vérités de la fiction»; Annales, 65e année, n° 2, mars-avril 2010, «Savoirs de la littérature»; Critique, n° 767, avril 2011, «Historiens et romanciers. Vies réelles, vies rêvées»; Le Débat, n° 165, mai-août 2011, «L'Histoire saisie par la fiction», ainsi qu'au livre des historiennes Judith Lyon-Caen et Dinah Ribard : L'Historien et la littérature, de même qu'à plusieurs ouvrages commis par les auteurs de ce numéro de TLE : les livres de Jean-Marie Schaeffer : Pourquoi la fiction ?, 1999, Petite écologie des études littéraires, 2011, le livre de Frédérique Aït-Touati : Contes de la lune. Essai sur la fiction et la science modernes, 2011 ; celui de Lorenzo Bonoli : Lire les cultures. La connaissance de l'altérité culturelle à travers les textes, 2008; également son article : «Fiction, épistémologie et sciences humaines», A contrario, 2007/1 vol. 5, p. 51-66 ; le livre d'Eric Méchoulan : Pour une histoire esthétique de la littérature, ceux de Pierre Cassou-Noguès : Mon zombie et moi. La philosophie comme fiction, 2010, et Lire le cerveau. Neuroi science-fiction, 2012. J'y ajouterai le livre de Patrick Boucheron, L'Entretemps. Conversations sur l'histoire, 2012, et les ouvrages et articles de philosophie morale de Martha Nussbaum : Poe tic Justice. The Literary Imagination and Public Life, 1997, ou Not For Profit. Why Democracy Needs the Humanities, 2010, ainsi que son article «La littérature comme philosophie morale. La fêlure dans le cristal : La Coupe d'or de Henry James», paru dans le livre collectif dirigé par Sandra Laugier : Éthique, littérature, vie humaine, 2006.

C'est donc un parcours critique de ce débat que je voudrais esquisser ici, en y réintroduisant le point de vue de la littérature.

On rappellera qu'en 1978 Siegfried Schmidt avait défini «la règle de fiction» comme constitutive de la communication littéraire dans la mesure où «elle permet une fictivisation des rôles de communication et où elle rend possible le contact avec des mondes textuels fictifs qui possèdent une différence reconnaissable par rapport à la réalité d'expérience des récepteurs». Il en concluait que la communication littéraire pouvait ainsi satisfaire «le besoin explicable biologiquement de virtualité, possibilité, innovations, changement, etc. [que possèdent les hommes] pour maintenir leur flexibilité et leur faculté d'adaptation comme systèmes cognitifs, et pour les affirmer contre les normes et les conventions de la vie sociale» (p. 28-29). En 1991, dans Fiction et Diction, Gérard Genette diversifie le critère définitoire de l'oeuvre littéraire puisqu'il pose la possibilité pour une oeuvre littéraire de l'être par «fiction» (comme au temps d'Aristote) ou de l'être par «diction» (comme au temps des romantiques allemands). Jean-Marie Schaeffer, dans Pourquoi la fiction ? paru en 1999 et dans divers articles postérieurs, distingue la question de la fiction de celle de l'oeuvre littéraire en insistant sur le fait que la fictionnalisation est une capacité humaine, une compétence psychologique que l'enfant met en oeuvre très rapidement. C'est cette compétence qui sera ensuite investie dans l'oeuvre d'art fictionnelle :

Je voulais montrer [...] en quel sens l'art est un développement naturel de la culture humaine du point de vue à la fois de l'évolution historique et du développement individuel. En effet, pour comprendre d'où vient la fiction il faut se poser au moins deux questions : quelle est l'origine historique ou phylogénétique de la fiction et comment un jeune être humain apprend-il peu à peu à maîtriser ce complexe et ambigu jeu de règles qu'est la fiction.

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