Sur scène, s'opère publiquement et en langues visibles le retournement du sens commun : en aucun lieu au monde nous ne venons autant désadhérer. Et quitter la cause humaine. Et voir l'animal parler.
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Sur scène, s'opère publiquement et en langues visibles le retournement du sens commun : en aucun lieu au monde nous ne venons autant désadhérer. Et quitter la cause humaine. Et voir l'animal parler.
L'histoire du texte théâtral ici publié est complexe comme celle de nombreux textes de Novarina, véritable artisan du langage. A l'origine, le compositeur Michaël Levinas propose à Novarina d'écrire les paroles d'un opéra à partir de La Métamorphose de Kafka. Au lieu d'un livret, Valère Novarina écrit un court prologue qu'il intitule Transfiguration. Puis le chantier prend un nouveau titre : Je tu il, et se développe. En mars 2011 l'oeuvre est créée à l'Opéra de Lille - précédée d'extraits de Je tu il de Novarina. Mais, le texte continue de croître et de se métamorphoser : 8 passages figureront dans Le Vrai sang (P.O.L) et 3 dans le spectacle créé à partir de ce texte au théâtre de l'Odéon en janvier 2011.
C'est ici la version intégrale de Je, tu, il qui est publiée. Citons en l'extrait reproduit en 4e de couverture, où s'expriment d'une même voix les trois personnages du texte : «Sur scène, s'opère publiquement et en langues visibles le retournement du sens commun : en aucun lieu au monde nous ne venons autant désadhérer. Et quitter la cause humaine. Et voir l'animal parler.» Voici bien le propos du théâtre selon Novarina : une ascèse, un sacrifice. Et cela est si vrai que Je, tu, il évoque longuement dans son texte le récit biblique sacrifice d'Isaac. Novarina aime à déconcerter, à décontenancer, à désarçonner son lecteur ou spectateur. Sans cesse il se situe sur l'étroite ligne de crête entre Maître Rabelais et Maître Eckhart. Et, merveilleuse coïncidence, dans cette suprême liberté de l'esprit et de l'écriture, il retrouve toutes les audaces du poète-peintre dadaïste strasbourgeois Jean Arp. Pour bien comprendre le sens profond de sa méditation, il faut, en effet, se référer à l'un de ses derniers essais, Devant la parole (POL, 2010) : «Il y a, écrit-il, en toutes choses, au centre, le creux de cette place muette, la prière : le lieu, en chacun de nous - en tous lieux et ici -, d'une détresse sans sujet et d'une joie sans raison. De toutes nos activités mentales, la prière est la seule qui comprend la mort C'est un arrêt de la parole lié à la vue du sang. C'est, dans la pensée, l'offrande de la pensée, sa destruction et son oui. Le oui d'une pensée immobile en nous comprend la mort. La prière est la plus violente de nos activités mentales puisqu'elle comprend le sang qu'il y a dans la parole.»
L'auteur
Valère Novarina est né le 4 mai 1947 à Chêne-Bougeries, près de Genève. Il est le fils de l'architecte Maurice Novarina et de la comédienne Manon Trolliet. Il passe enfance et adolescence à Thonon, puis étudie la philosophie et la philologie à la Sorbonne. Il rencontre Roger Blin, Marcel Maréchal, Jean-Noël Vuarnet, veut devenir acteur, mais y renonce rapidement.
En 1974 est mise en scène sa première pièce, L'Atelier volant. En 1976, pour La Criée de Marseille, il réalise Falstafe, une libre adaptation des deux Henry TV de William Shakespeare. Il a mis en scène plusieurs de ses pièces : Le Drame de la vie, Vous qui habitez le temps, Je suis, La Chair de l'homme, Le Jardin de reconnaissance, L'Origine rouge, Ta Scène, L'Acte inconnu et Le Vrai sang. Au cinéma, trois films ont utilisé des extraits de ses textes : Zanzibar (film, 1989), réalisé par Christine Pascal, Soigne ta droite et Nouvelle vague, tous deux réalisés par Jean-Luc Godard.
Il écrit tous les jours depuis 1958, mais ne publie qu'à partir de 1978. Une activité graphique, puis picturale se développe peu à peu : dessins des personnages, puis peintures des décors lorsqu'il commence, à partir de 1986, à mettre en scène. La quasi totalité de ses textes ont été publiés aux Éditions P.O.L : depuis Le Drame de la vie (1984, réédité en Poésie/Gallimard en 2003) jusqu'à sa pièce la plus récente Le Vrai sang (2011) qu'il a mise en scène au théâtre de l'Odéon en janvier dernier.
IL.
La scène noire de sans est ouverte.
TU.
Ton nom ?
JE.
Le chanteur en Catastrophe.
IL.
Jean Tonneau.
TU.
Le bonhomme Nihil.
JE.
Le pauvre penseur.
TU.
Bonhomme Nihil !
IL.
L'enfant Tuyau.
TU, IL, JE.
Travaillons bouche ouverte !
Ils établissent une planche sur deux tréteaux.
TU.
Aux pierres, à l'asphalte ! à la lune qui s'exalte ! aux poussières ! aux talus ! au temps qui n'attend plus.
IL.
Le plancher s'évade à la verticale
Le plafond détale
Et fuit sous nos pas.
TU.
Tous les mots nous disent motus : Le réel est un rébus.
JE.
Vie, te voici !
IL.
Mangeons aux tables de biais, avant que la métamorphose s'accomplisse !
TU.
Mangeons nos corps pour passer !
IL.
Rangeons le monde pour le penser : mangeons mourir, mangeons dormir, mangeons parler.
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Vendeur : LIBRAIRIE GIL-ARTGIL SARL, RODEZ, France
Arfuyen 2012. In-8 broché de 95 pages. Bandeau conservé. Très bon état. N° de réf. du vendeur 136018
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