A l'heure où les expositions et la mise en scène spectaculaire du patrimoine attirent un public toujours plus nombreux, Roland Recht professeur au Collège de France, nous alerte sur les défis et les dérives auxquels est confronté l'historien de l'art. Cette passion consumériste ne révélerait-elle pas les lacunes de l'enseignement de la République ? Face aux injonctions de rentabilité, Roland Recht dans un dialogue avec Claire Bartikon, analyse sa place et sa marge de manœuvre. Formulant des propositions pour une éducation du regard, il est convaincu que l'histoire de l'art a un rôle à jouer dans la transmission de nouveaux ferments de cohésion nationale.
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Extrait de la préface de Claire BARBILLON, maître de conférences, université Bordeaux-III directrice des études de l'École du Louvre :
Histoire de l'art, histoire des arts... Historien d'art, historien de l'art... L'imprécision terminologique est toujours significative.
Elle renvoie à la difficulté, renforcée par les remises en cause du XXe siècle, de définir l'art, mais aussi à celle d'entrechoquer deux domaines : l'histoire, démarche intellectuelle raisonnée, et la création artistique, irréductible à une approche de l'esprit. Tout le monde en convient, l'art se goûte, s'écoute, se regarde, stimule les sens et les réjouit. Mais à quoi sert-il d'en faire l'histoire ?
C'est ce que peuvent se demander les jeunes sortant d'un système d'éducation qui, jusqu'au baccalauréat, ne leur a fait aborder l'art qu'une heure Par semaine au collège, et davantage dans un but de production plastique que dans une perspective d'apprentissage du re8ard- Pour quelques-uns, un nombre infime d'entre eux, est offerte la possibilité d'une option «histoire des arts» au lycée, mais curieusement enseignée par des professeurs de lettres, d'histoire, de philosophie...
Pendant ce temps-là, des bataillons d'étudiants s'inscrivent à l'université en histoire de l'art. Dans plus de trente universités ainsi qu'à l'École du Louvre, parfois par milliers, ils choisissent cette discipline qu'ils ne connaissent que par quelques lectures personnelles, quelques visites de musées, mais surtout des constructions imaginaires, des désirs, une fuite aussi devant des propositions trop préformatées vers des carrières professionnelles dans lesquelles ils n'envisagent pas encore de s'enfermer. Pendant ce temps-là aussi, se développent des politiques du patrimoine : de nouveaux musées s'ouvrent, d'autres renouvellent leur offre en rivalisant de programmations originales, des monuments accueillent des événements, des expositions font la première page des quotidiens, de nouveaux publics, tout au long de la vie, deviennent friands de conférences, de commentaires de qualité, de voyages culturels dans une France redécouverte... Objets d'enjeux économiques, touristiques, d'enjeux de communication, d'échanges internationaux, les oeuvres des musées sont avant tout, faut-il le rappeler, des objets dignes d'être conservés, restaurés, étudiés, interprétés, perçus dans tout le rayonnement de leurs significations multiples dans les civilisations d'hier, mais aussi dans les problématiques de celle d'aujourd'hui.
À l'heure où les expositions et la mise en scène spectaculaire du patrimoine attirent un public toujours plus nombreux Roland Recht professeur au Collège de France, nous alerte sur les défis et les dérives auxquels est confronté l'historien de l'art Cette passion consumériste ne révélerait-elle pas les lacunes de l'enseignement de la République ? Face aux injonctions de rentabilité. Roland Recht, dans un dialogue avec Claire Barbillon, analyse sa place et sa marge de manoeuvre. Formulant des propositions pour une éducation du regard, il est convaincu que l'histoire de l'art a un rôle à jouer dans la transmission de nouveaux ferments de cohésion nationale.
Ancien directeur de l'Institut d'Histoire de l'art et ancien directeur général des Musées de Strasbourg, Roland Recht est professeur au Collège de France et membre de l'Institut. Chroniqueur pour Le Journal des arts, il est notamment l'auteur de L'Objet de l'histoire de l'art (Fayard, 2003).
Maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'Université de Bordeaux III -Michel de Montaigne, Claire Barbillon est directrice des études à l'École du Louvre. Elle a notamment publié aux Éditions Textuel Les Lettres illustrées de Vincent Van Gogh (1888-1890) en 2003.
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