Lac libido sciendi - Couverture souple

Rambert, Pascal

 
9782846814485: Lac libido sciendi

Synopsis

Lac (suivi de) Libido sciendi Je suis venu à la Manufacture. J'ai souhaité rencontrer les jeunes actrices et les jeunes acteurs. Je voulais les voir. Physiquement. J'écris pour des gens précis. Pas "en général". Je voulais écouter leur tessiture. Nous avons parlé ensemble. J'ai pris leur visage en photo avec mon iPhone. Et je suis parti. Puis j'ai écrit. Pour eux. Individuellement. En regardant parfois leur portrait. J'ai écrit pour eux Lac, une histoire où la langue est le premier sujet. Une histoire de langue mettant en ligne seize corps moins un face à la mort, au sexe et au crime. Pascal Rambert

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Extrait

I. - L'AMOUR (Mathias)

je n'ai pas vu tout de suite à travers les feuillages le
corps de Thibault
sous la lune il y avait des pas
dans les branches
on voyait
lorsque l'on avançait comme des coups
et puis tout s'évanouissait

ce n'était pas le silence
non
mais comme des feulements

le corps de Thibault tu disais est comme un feulement
contre ma peau
contre nos peaux lorsque nous marchons tous ensemble la journée la nuit la journée sous la lune sous le soleil on voit le corps de Thibault

on voit la peau les veines la bouche le sexe de Thibault dans son pantalon on voudrait parfois ouvrir délicatement le pantalon avec un cutter et prendre le sexe de Thibault dans la bouche cela serait l'équivalent dans ma bouche d'une bombe à midi en plein Paris à Châtelet-Les Halles ou le samedi après-midi au bord du Lac une explosion du sang des larmes des familles entières séparées des corps séparés tu disais mais rien ne vaut le goût de la peau de Thibault la mort ne compte pas la mort ne compte pas face au corps de Thibault Simon 1 Emma Jérôme Nastassja Simon 2 Thomas Jonas Lola Judith Marie Raphaël Lara Magali Cyprien la mort ne compte pas si l'on doit toujours considérer comme puissant le corps de Thibault dressé devant nous et nous comme des nains des humains devant le corps de Thibault

nous sommes des nains
nous vivons comme des nains entassés
des nains entassés autour du Lac nous allumons de
grands feux la nuit pour supporter l'absence
la nuit réveille l'absence
alors nous allumons des feux pour ne pas trop être effrayés nous sommes facilement effrayés nous avons compris le système alors nous sommes facilement effrayés il est toujours possible que là où nous pensons poser nos pas soudain une gorge s'ouvre et nous chutons sans fin
ces cris que l'on entend sont des chutes dans les gorges nous chutons sans fin il y a ton corps Magali il y a ton corps Lola il y a ton corps Marie il y a ton corps Cyprien ton corps Cyprien
lorsqu'il tombe il ferait penser au corps de Thibault
sous la lune sous les branchages et Marie tu n'as rien
dit Marie tu t'es tue
dans la chute les corps se taisent
ils sont cette chose effrayée que l'on voit sur nos
visages nous sommes des jeunes gens effrayés et
nous tombons sans fin
(...)

Présentation de l'éditeur

Je suis venu à la Manufacture. J'ai souhaité rencontrer les jeunes actrices et les jeunes acteurs. Je voulais les voir. Physiquement. J'écris pour des gens précis. Pas «en général». Je voulais écouter leur tessiture. Nous avons parlé ensemble. J'ai pris leur visage en photo avec mon iPhone. Et je suis parti. Puis j'ai écrit. Pour eux. Individuellement. En regardant parfois leur portrait. J'ai écrit pour eux Lac, une histoire où la langue est le premier sujet. Une histoire de langue mettant en ligne seize corps moins un face à la mort, au sexe et au crime.

Pascal Rambert Ce texte est une commande de la Manufacture - Haute École de théâtre de Suisse romande, direction Frédéric Plazy, pour l'écriture d'un texte destiné au spectacle de sortie des étudiants comédiens (Bachelor Théâtre, 2012-2015).

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