Comment comprendre le succès de la notion de ville durable, qui a conquis en si peu de temps une unanimité presque universelle ? Si le développement durable apparaît aujourd'hui comme l'un des impératifs d'action favoris des politiques d'aménagement urbain, mettant en avant une série de constats alarmistes (congestions, pollutions, mal-être...) pour défendre la nécessité de redéfinir la ville dans sa forme, son fonctionnement et sa gestion, il a parfois tendance à être utilisé comme un mot d'ordre convenu qui masque l'ambitieux projet visant à lutter contre les déséquilibres planétaires. La confrontation à l'histoire, élaborée à partir d'analyses précises par différents spécialistes qui ont favorisé les approches transversales, donne ici un éclairage neuf et particulièrement stimulant. Dans une perspective durable, n'est-il pas en effet utile; voire nécessaire; de réinterroger l'efficience des pratiques anciennes de l'urbanisme pour penser le futur de nos villes ?
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La ville durable au risque de l'histoire ?
Pourquoi un regard rétrospectif Située à l'intersection des sphères sociale, économique et environnementale, la notion de développement durable - popularisée par le rapport Brundtland en 1987 - a été accaparée par les politiques urbaines pour se substituer à celles de croissance et de progrès qui avaient auparavant conditionné l'évolution des villes à travers l'histoire. Pourtant, l'emploi devenu presque systématique de cette notion dans les discours et les projets participant au renouvellement urbain ne correspond pas toujours à la définition première d'un impératif d'action. Devenu au mieux un alibi, au pire une formule supplémentaire du politically correct, le développement durable résonne aujourd'hui comme un mot d'ordre convenu masquant parfois l'ambitieux projet visant à lutter contre les déséquilibres planétaires. Malgré ces contradictions, comment peut-on comprendre le succès de l'émergence de cette notion qui a conquis en si peu de temps une unanimité presque universelle ?
Cette question a été le point de départ d'un projet de recherche effectué entre 2002 et 2004 dans le cadre d'un appel d'offres sur la thématique «Politiques urbaines et durabilité» initié par le ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche - Action Concertée Incitative Ville (ACI Ville). L'idée était non pas de s'attacher à une étude de la notion de ville durable en tant que telle - ce qui a déjà été entrepris -, mais plutôt de la confronter à d'autres impératifs d'action qui ont scandé l'histoire urbaine, notamment lors de périodes marquées par d'importantes mutations. En effet, les constats alarmistes mis en avant par la notion de ville durable (congestions, pollutions, épuisement des ressources, ségrégation sociale) pour présenter une situation jugée insupportable (insoutenable) et défendre la nécessité de redéfinir la ville dans sa forme, son fonctionnement et sa gestion, font écho à ceux qui ont légitimé, à plusieurs reprises depuis la fin du XVIIIe siècle et les débuts de l'ère industrielle, un renouveau de la ville ressenti comme inéluctable. Analyser la ville durable au regard de l'histoire urbaine peut ainsi permettre d'une part de mieux comprendre l'émergence de la notion de développement durable, d'autre part d'avoir des éléments de réflexion qui autorisent un questionnement critique vis-à-vis de l'utilisation rhétorique qui en est parfois faite. La mise à distance que permet la discipline historique peut ainsi fonctionner comme une invitation à la prudence, que le développement durable est censé valoriser. Si l'on s'en réfère aux définitions de cette vertu antique à travers l'histoire, il en est une qui évoque d'ailleurs de manière troublante le texte du rapport Brundtland.
Comment comprendre le succès de la notion de ville durable, qui a conquis en si peu de temps une unanimité presque universelle ? Si le développement durable apparaît aujourd'hui comme l'un des impératifs d'action favoris des politiques d'aménagement urbain, mettant en avant une série de constats alarmistes (congestions, pollutions, mal-être...) pour défendre la nécessité de redéfinir la ville dans sa forme, son fonctionnement et sa gestion, il a parfois tendance à être utilisé comme un mot d'ordre convenu qui masque l'ambitieux projet visant à lutter contre les déséquilibres planétaires. La confrontation à l'histoire, élaborée à partir d'analyses précises par différents spécialistes qui ont favorisé les approches transversales, donne ici un éclairage neuf et particulièrement stimulant. Dans une perspective durable, n'est-il pas en effet utile - voire nécessaire - de réinterroger l'efficience des pratiques anciennes de l'urbanisme pour penser le futur de nos villes ?
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