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Des compétences pour la vie : des modules pour les enseigner - Couverture souple

Fourez, Gérard

 
9782870034668: Des compétences pour la vie : des modules pour les enseigner

Extrait

Préalable

Remarques :

L'évaluation formative commence très tôt dans le processus de conceptualisation. Cet accompagnement de l'apprentissage procède par essais et erreurs. Les élèves gardent leur «droit à l'erreur» jusqu'à l'étape finale, non comprise, quand la certification sera en jeu.

L'acquisition d'une compétence est progressive et demande un temps suffisant, surtout si le terrain n'est pas vierge et si des habitudes sont à changer. Pour que les élèves s'investissent intelligemment dans ce processus, nous recommandons de les interpeller régulièrement sur les causes de leurs progrès, leurs facilités, leurs difficultés, leurs désirs d'amélioration, leurs motifs de satisfaction personnelle. Ce regard en arrière - qu'on peut appeler «métacognition» - est souhaitable aussi souvent que possible, dès la fin de la première étape, et s'efforce d'intégrer la dimension affective, essentielle dans tout apprentissage.

Étape 1. S'appuyer sur sa propre expérience (positive ou négative) de la compétence pour rendre explicites dans des mini-récits les représentations spontanées et les réactions affectives associées (valorisation ou frustration)

Il importe que les élèves partent d'une perception vécue et réussie de cette compétence (par exemple, pour le «bon usage des spécialistes», l'expérience d'une consultation de médecin qui a fort bien fonctionné). Certains élèves ont sans doute déjà «expérimenté» cette compétence dans certaines situations, mais d'autres n'en ont qu'un vécu frustré, parce qu'ils ont raté ce qu'ils voulaient. Souvent l'expérience négative est fort instructive (par exemple, une expérience désastreuse où un spécialiste nous a mis en boîte). Cette étape est essentielle pour que les apprenants sachent dans quelle mesure ce type de compétence peut les intéresser. À ce stade, la compétence est définie par la façon dont la culture en parle et la reconnaît. Il ne s'agit nullement d'une définition critique. Pour cette première approche, on se base surtout sur le «bon sens», c'est-à-dire l'ensemble des idées qui viennent, même si ce sont les préjugés du moment.

Pour rejoindre son expérience propre, il peut être utile d'observer les sentiments que cette compétence éveille en nous, comme, par exemple, «l'esprit critique me fait penser à...».

Un message pour les élèves

Il importe que le message suivant ait été envoyé à l'élève : ce que l'on recherche, c'est qu'il ait une plus grande maîtrise sur son existence, plutôt que de l'amener à satisfaire à des normes imposées par la société et ses contraintes.

Les élèves, qui ont souvent tendance à adopter un point de vue normatif, cherchent assez généralement à trouver la «bonne réponse» : celle qu'attend le professeur. Cela peut avoir un effet paralysant. Or il ne s'agit pas de dire ce qu'il faut faire, mais de décrire comment on a fait dans des cas où cela fonctionne bien. C'est aussi l'occasion d'insister sur le fait que le public a une expérience qui peut parfois ne pas être loin de celle de l'expert.

Problème et situation problématique ?

À ce stade, l'enseignant aura intérêt à clarifier la différence entre un problème et une situation problématique. Cette distinction est introduite pour mettre en évidence la place du «sujet» dans la connaissance et l'engagement. Nous parlerons donc d'un problème quand on se trouvera devant une question structurée dans un cadre de référence (par exemple :» Comment est-on efficace lorsqu'on consulte un cardiologue ?» ou «Comment réparer une chambre à air crevée ?» ou encore «Comment interpréter un poème de Baudelaire ?»). Ce sont là des problèmes bien objectivables, qui peuvent faire partie de l'enseignement d'une discipline. Nous parlerons plutôt de situation problématique lorsqu'on se référera au récit de vie d'un sujet et au contexte dans lequel il évolue.

Par exemple : la situation de quelqu'un qui va consulter un cardiologue, car il souffre d'une douleur dans la poitrine quand il fait un effort ; ou la situation de quelqu'un qui se trouve bloqué par une crevaison ; ou encore la situation de quelqu'un qui enrage parce qu'il ne comprend pas le poème de Baudelaire. Dans chacune de ces situations, la dimension affective fait partie de la situation problématique, alors qu'elle est exclue du problème. De plus, on peut résoudre une situation en changeant de buts et d'objectifs. Par exemple, en laissant son vélo au pneu crevé et en prenant le bus... Même dans le cas de la douleur de poitrine, une solution pour la situation peut résider dans l'acceptation de la maladie et même de la mort, mais cela ne résout nullement le problème tel qu'il est défini en cardiologie.

Présentation de l'éditeur

Marie Baillieux, Dominique Bertrand, Barbara Dufour, Gérard Fourez (directeur), Bertrand Hespel, Marie Anne Maniet, Pierre Miche, Ana Romão, Francis Tilman, le Centre Interfaces et le Département "sciences, philosophies, sociétés", FUNDP

Des compétences pour la vie
Des modules pour les enseigner

Dans un premier livre "Les compétences négligées par l'école", les auteurs ont présenté des compétences dont tout le monde dit qu'elles sont essentielles mais dont l'école s'occupe souvent trop peu, laissant leur enseignement aux seules familles (avec toutes les inégalités sociales que cela entraîne). Ainsi par exemple, bien consulter un spécialiste (qu'il soit médecin, vendeuse, architecte, cuisinier, avocat etc.), c'est important dans la vie. Mais qui n'est pas, une fois au moins, sorti de chez son médecin en se disant : "Zut, il n'a pas répondu à une de mes questions" ? C'est un cas de "mauvais usage du spécialiste". Ce premier ouvrage développait une méthode pour enseigner ces compétences.

Ce second volume "Des compétences pour la vie", met l'accent sur des pistes concrètes pour les enseigner. Il présente notamment les outils pour :
° recourir à des spécialistes ou ne pas rentrer bredouille d'une consultation
° libérer en nous la part de rêve et d'imaginaire
° communiquer en évitant les dialogues de sourds
° être impliqué dans la vie d'une institution (comme l'école)
° fêter et donner du sens aux événements
° écouter de sorte que l'autre se sente entendu
° tirer du positif de toute difficulté
° ne pas se faire rouler ou faire preuve d'esprit critique
° observer en vue de préparer une action
° savoir négocier avec les gens et les choses, en évitant les violences inutiles
° traiter des informations

Les enseignants disposeront ainsi de meilleures conceptualisations de ces compétences et se sentiront plus à l'aise quand ils devront les aborder. L'enseignement de ces compétences pourrait alors être intégré aux objectifs de la scolarisation obligatoire.

Les informations fournies dans la section « A propos du livre » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.