Les ondes en uniforme : La propagande de Radio Bruxelles en Belgique occupée (1940-1944) - Couverture souple

Rase, Céline

 
9782870377086: Les ondes en uniforme : La propagande de Radio Bruxelles en Belgique occupée (1940-1944)

Synopsis

La Seconde Guerre mondiale fut l'enjeu d’une véritable « guerre des ondes ». Les causeries au coin du feu de Roosevelt, les retransmissions des emphatiques discours d’Hitler, les joutes verbales de Jean Oberlé et de Victor de Laveleye depuis...

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Extrait

Extrait de l'introduction

Qu'en pensez-vous chers auditeurs ? Tous les jours, à 16h55, les Belges de 1940 ont pu s'entendre poser cette même question, interpellés par des ondes qui finissaient à peine de vilipender l'«actualité», dans une chronique baptisée Tour d'Horion. Un peu comme ces Belges de 2010 qui, chaque matin, sont sollicités à nourrir de leurs réflexions l'interview croisée que Bertrand Henné assure avec l'un de ses invités, dans l'émission Questions publiques de la RTBF. L'interpellation de Radio Bruxelles n'étonnera donc sûrement pas un auditeur du 21e siècle, que la fréquentation quotidienne d'un environnement médiatique appelant à l'esprit critique a rendu familier avec de telles pratiques.

Rien de commun pourtant entre ces deux émissions. Si la RTBF s'est réellement engagée à susciter le débat et à placer le public au coeur de ses missions et de ses préoccupations, les ondes de 1940, muselées en pays occupé, n'ont que faire de ce que les Belges peuvent penser. A dire vrai, elles cherchent même à ce qu'ils ne pensent plus, hypnotisés par une propagande qui les cerne de toutes parts, qui dépasse leurs capacités d'attention, leurs possibilités de méditation, de résistance, de réflexion.

Tels étaient en effet l'ambition, l'enjeu et moins certainement l'effet de Radio Bruxelles. Quand en 1940 l'Allemagne viola la Belgique dans sa neutralité, elle la bâillonna également pour mieux étouffer ses cris. Aphone, l'INR a alors entendu lui succéder une voix doucereuse et pernicieuse, que l'accent belge ne rendait guère suspecte. C'était celle de Radio Bruxelles, micro allemand pendant quatre ans d'occupation, micro tenu par des Belges versant dans la collaboration. Ces ondes, qui ont revêtu l'uniforme, se sont employées à distiller une propagande allemande en Belgique, dans une véritable bataille médiatique menée contre la station londonienne, Radio Belgique. Elles propagèrent à cet effet des informations de guerre politiquement orientées, cherchant non seulement à convaincre la société de la nécessité des conflits, mais s'efforçant également de préserver une unité nationale et une communion des esprits. Les discours, uniformisés et homogénéisés, se bousculaient inlassablement identiques, annihilant tout esprit critique. Alors que la radio était dans les années 1940 un récent moyen de communication de masse, elle fut aussi et surtout, dans cette Seconde Guerre mondiale, l'enjeu d'une véritable «guerre des ondes». Les «causeries au coin du feu» de Roosevelt et les retransmissions des emphatiques discours d'Hitler, les joutes verbales que se livrèrent Jean Oberlé et Philippe Henriot, le premier sur Radio Londres, le second sur Radio Paris, ou, en ce qui nous concerne, les duels entre Victor de Laveleye sur les antennes de la BBC et les collaborateurs de Radio Bruxelles, sont autant de symptômes d'une guerre psychologique menée sur les ondes, à coups de mots, de diatribes et de mensonges.

Cet ouvrage ne se consacre pas en tant que tel à cette guerre des ondes qui déborda des frontières. Il se contente plus modestement d'étudier la propagande allemande déversée en Belgique occupée, du 7 août 1940 au 15 juin 1944, par une institution nouvelle née de la guerre et morte avec elle, Radio Bruxelles. Une radio qui, par la force de ses discours, rappelle aux oreilles actuelles la présence des troupes étrangères en Belgique. Une institution qui, par la nationalité de ses employés, témoigne de la volonté de toute une frange de la population de mener, face à une victoire allemande alors évidente, la politique du «moindre mal». Par la voix des Belges, ces textes sont ceux qui ont prétendu, d'heure en heure, rendre compte de l'évolution de la guerre, endoctriner par la magie du verbe, hypnotiser par la puissance de la parole. Ils sont ceux d'une radio de guerre, née dans la guerre, oeuvrant pour la guerre, légitimée par la guerre et morte avec la guerre.

Dans un premier chapitre, fondant la charpente de toute l'argumentation, la propagande de guerre sera présentée pour ce qu'elle est, à savoir un art de la persuasion solidement bâti sur un socle scientifique, un discours conçu à des fins de discorde et d'orientation de l'action par l'emprise psychologique. Il s'agira de définir, de contextualiser et d'expliquer le phénomène, ancré dans les racines de l'histoire et culminant dans son expression totalitaire. Surtout, après avoir noté la spécificité d'une propagande radiophonique et l'ambition germanique qui la soutenait en Belgique occupée, on s'interrogera sur la constitution et la direction de l'institution. Comment, par qui, et dans quelles conditions Radio Bruxelles fut-elle mise sur pied, de quelle nationalité, de quelle tendance, de quelle langue était son personnel, par quelles plumes étaient rédigées ses nouvelles ? Autant de questions dont les réponses fondamentales détermineront jusqu'à l'angle d'étude de la propagande elle-même.

Présentation de l'éditeur

La Seconde Guerre mondiale fut l'enjeu d'une véritable «guerre des ondes». Les causeries au coin du feu de Roosevelt, les retransmissions des emphatiques discours d'Hitler, les joutes verbales de Jean Oberlé et de Victor de Laveleye depuis Londres sont autant de symptômes d'une guerre psychologique menée sur les ondes à coups de mots, de diatribes et de mensonges.

En Belgique occupée, un arrêté de la Militärverwaltung crée officiellement Radio Bruxelles le 31 juillet 1940. Quatre ans durant, cette radio à la solde de l'occupant, dirigée par un personnel belgo-allemand, a offert aux Belges l'opportunité d'un délassement et permis à l'ennemi de propager une propagande sans accent suspect. Par la voix des collaborateurs wallons, les informations de Radio Bruxelles prétendent, d'heures en heures, rendre compte de l'évolution de la guerre, endoctriner par la magie du verbe, convaincre par la puissance de la parole. Née de la guerre et morte avec elle, cette institution a cherché le ralliement de la population belge à l'Ordre nouveau. Sans succès.

Céline Rase est historienne et journaliste. En 2009, elle a réalisé un mémoire de master en histoire sur la propagande radiophonique allemande en Belgique occupée. Elle poursuit actuellement ses recherches sur Radio Bruxelles dans le cadre d'une thèse de doctorat aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur.

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