Le piano n'est pas un objet ordinaire à l'écran. Dans les films habités de sa présence, ce meuble joue un rôle clef, qui éclaire la poétique des cinéastes. Cet essai s'attache à la cinégénie secrète de l'instrument de musique par excellence. On a cherché à identifier quelques figures majeures du piano, telles que de grands auteurs les ont façonnées. Douze haltes ponctuent ce chemin, depuis Max Ophuls et ses pianos-miroir et horloge, Jean Renoir et son piano-boîte à musique, et Jean Grémillon avec son piano-moteur. On rencontre le piano-coeur de Lubitsch, le piano-rêve que partagent Dreyer et Bunuel, le piano-radio de Borzage et le pianopensée de Sirk ; ainsi que le piano-outil d'Hitchcock et le piano-sentiment de McCarey. Enfin, on s'aventure dans les séries du piano-démon (avec Robert Wiene, Karl Freund, John Brahm, Robert Florey et Edmond T. Gréville) et du piano-porte-voix (en compagnie de Roy Rowland, Nicholas Ray, Jean-Claude Guiguet, Robert Bresson, Pier Paolo Pasolini et Jean-Luc Godard), le piano-ange de Jacques Demy demeurant à part. En prélude et postlude, on fête le piano-cinéma d'Oliveira et Grémillon, et le piano-âme d'un trio de poètes d'aujourd'hui : Todd Haynes, Pere Portabella et Peter Sülyi. Après ce voyage, le lecteur ne considérera plus un piano dans un film du même oeil ni de la même oreille, c'est le bonheur qu'on lui souhaite.
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Philippe Roger est maître de conférences en études cinématographiques à l'Université Lumière Lyon 2. Il est l'auteur d'ouvrages d'analyse de film, dont deux parus aux Editions Yellow Now : Lettre d'une inconnue de Max Ophuls en 1989 et Lumière d'été de Jean Grémillon en 2015. Critique à Jeune Cinéma (il publie aussi dans d'autres revues, dont Positif et les Cahiers du cinéma), il réalise des films documentaires tournant autour des motifs de la trace et de la mémoire, le plus récent en 2010 étant un long métrage de prés de trois heures consacré au pianiste Dinu Lipatti : Le Récital de Besançon), ainsi que des filmanalyses (Terre sans pain en douze stations sur le film-essai de Luis Bunuel, Leur voyage d'hiver sur la place de la musique dans la trilogie Welcome in Vienna d'Axel Corti). Il est à l'origine du colloque de Cerisy Jean Grémillon et les quatre Eléments qu'il codirige en 2013.
Le piano n’est pas un objet ordinaire à l’écran. Dans les films habités de sa présence, ce meuble joue un rôle clef, qui éclaire la poétique des cinéastes. Cet essai s’attache à la cinégénie secrète de l’instrument de musique par excellence. On a cherché à identifier quelques figures majeures du piano, telles que de grands auteurs les ont façonnées. Douze haltes ponctuent ce chemin, depuis Max Ophuls et ses pianos-miroir et horloge, Jean Renoir et son piano-boîte à musique, et Jean Grémillon avec son piano
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