Articles liés à Les jeux de l'orgueil

Les jeux de l'orgueil - Couverture souple

SADUT CLAUDE

 
9782876970199: Les jeux de l'orgueil

Synopsis

206pages. in8. Broché.

Les informations fournies dans la section « Synopsis » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.

Extrait

21 octobre 19..., La Châtaigneraie.
Comme il se doit pour une domestique, je loge sous les combles.
Murs blanchis, plafond bas mansardé sur deux côtés, petite cheminée à l'âtre vide. Lit de fer étroit sous un édredon rouge; à la tête, sur le mur : mince crucifix piqué de buis jauni. Humble table de chevet, toilette plus modeste encore : dessus de marbre blanc terni, pot de faïence à des­sins roses dans la cuvette.
Face au lit, l'oeil-de-boeuf donne sur les communs. À droite, dans l'angle, une étroite armoire de campagne; à gauche, sous la pente du toit, une chaise paillée et la petite table que, pour écrire, j'ai tirée près du lit, sous une am­poule falote.
À la lumière du jour, la pièce n'est pas triste. Cellule incendiée par le couchant, c'est un colombier solitaire qu'un esprit simple a «paré» de deux chromos attendris­sants.
Voilà l'étroit refuge de Marie, où le repos sera compté à la fausse femme de chambre, émue par le trac. Usurpatrice aux prises avec la gageure, pas encore - il s'en faut - inté­grée à son personnage ; et pourtant marquée déjà, en cette fin de soirée, par les signes de sa condition.
Timide, saisie par le trouble de la métamorphose, je goûte au plaisir subreptice et inquiet de l'irruption en une autre existence. Voilà seulement trois heures que je suis Marie. Les fibres intérieures sont encore presque intactes, qui me relient à ce qui n'est plus tout à fait le présent, mais déjà du passé.
Le présent, c'est ce monde intimidant : l'envers du décor, ce fruit défendu vers quoi m'a poussée ma curiosité. C'est Simon, c'est Aline, ma robuste compagne; c'est Armande, qui règne sur nous. C'est ce maître (mon maître) encore inconnu, qu'il me faudra servir.

Présentation de l'éditeur

L'enfer de Thérèse, nous est largement, terriblement ouvert, si accessible même qu'il semble qu'un instant de vertige, une seconde de soumission pourraient nous y précipiter. Ce livre en effet nous concerne. Quelles que soient ses immenses qualités littéraires, il n'est pourtant pas, il ne paraît à aucun moment «de la littérature». Il commence comme un jeu. Un jeu curieux, raffiné, un peu trouble. Mais derrière le défi singulier que Thérèse relève avec amusement, derrière le passe-temps quelque peu saugrenu de deux êtres en mal de nouveauté, peu à peu se dessine l'ébauche d'une insoutenable tragédie : Thérèse découvre avec une secrète horreur et nous découvrons aussi quels plaisirs équivoques peuvent enfoncer un être dans une lente et totale abdication.

L'auteur ne tient pas à se faire connaître - comme si ce passé qu'il prétend aboli risquait d'éveiller trop d'échos. Mais nous devinons un homme d'écriture : le ton double des lettres de Thérèse et de Marie, si justes l'une envers l'autre, et se complétant si parfaitement que ces deux voix qui n'en font qu'une suffisent à nous plonger dans le trouble, voici à coup sûr la marque d'un très grand écrivain.

Les informations fournies dans la section « A propos du livre » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.