LE CHOIX DES CAFARDS
Le pick-up stoppa devant Calixte qui attendait sur le trottoir.
- Dépêche-toi ! hurla le patron.
Il était 6h28, et c'était lui le patron qui avait huit minutes de retard. Il arborait une main bandée.
- Me suis brûlé la main avec ce foutu café !
Le patron avait toujours une bonne raison d'être en retard et une meilleure encore de dévider sa mauvaise humeur sur le monde entier et sur Calixte en particulier.
- Vous les Noirs, vous n'avez aucune notion du temps ! Calixte grimpa sur le siège, et le patron démarra avant même qu'il ait refermé la portière. Calixte repoussa un sac à outils pour se donner la place d'étendre ses longues jambes. Il en retira une cisaille encombrante qu'il posa sur ses genoux. Il confia au patron sa découverte du matin :
- Vous savez, patron, que le point cardinal le plus redoutable n'est pas le Nord mais l'Est ?
Le pick-up roulait ferme vers le Grand Pont et ses embouteillages. Le patron grommela.
- Ah ! Je savais pas que ce foutu pont était à l'Est. Calixte ne vit pas le rapport.
- Et cesse de m'appeler patron, dit le patron. Patron de quoi ? De toi, de moi et de cette vieille poubelle ?
Et il donna une claque au volant.
Mais Calixte savait que le patron aimait qu'on l'appelle patron.
À quelques kilomètres de là, Juan traversait les beaux quartiers. Il roulait au travers des rues bordées de faux manoirs où il allait parfois travailler, des chantiers qui devaient être propres et silencieux avec de mauvais payeurs exigeants qui lui rabotaient ses marges. Et il savait que l'attendait le goulot du Grand Pont avec le Grand Embouteillage. Une ou deux minutes faisaient parfois la différence. Une ou deux minutes de retard, et c'était l'horreur, il en prenait pour une demi-heure dans les files et les klaxons rageurs. Sans compter les hoquets désespérés d'Alicia sur le siège arrière. Aujourd'hui, la petite avait hurlé comme jamais ou comme toujours, en fait. Elle s'était arc-boutée à l'entrée de la voiture comme si on voulait l'enfourner en enfer. Il avait dû décrocher ses petits doigts un à un et la jeter sur le siège arrière puis se battre avec elle pour l'attacher à son siège.
La femme de Juan restait tous les matins sur le pas de la porte avec le bébé dans les bras qui hurlait lui aussi, bien entendu. Elle regardait partir sa fille aînée avec des signes d'adieu déchirants. Juan lui enjoignait, par pitié, de ne pas sortir, ne fût-ce que pour les voisins, mais elle gémissait : comment pouvait-il songer à lui faire abandonner son enfant désespérée sans l'accompagner jusqu'à la dernière seconde ?
Ça en a la forme et la couleur, ça en prend le nom parfois, et l'air et la chanson. Mais est-ce de l'amour ou son ersatz ? Tout ça ressemble à de l'amour... Et bien malin qui saura démêler le vrai du faux.
Seize nouvelles courtes autour de l'amour tel qu'il se dit, se cache ou se ment.
Un recueil où entre humour et émotion tente de se faufiler cet amour qui a du mal à se dire ou à se vivre entre des gens en rupture. Où la solitude pousse parfois à la folie et au crime.
Romaniste, enseignante, Line Alexandre vit à Liège et se consacre maintenant à l'écriture.
Lauréate du Prix de la Maison de la Francité pour plusieurs nouvelles, elle a publié deux romans : Petites pratiques de la mort (Le Grand Miroir/Luc Pire, 2008), qui a reçu le prix Carrefour des talents en 2009, et Mère de l'année ! (Luce Wilquin, 2012).
Les informations fournies dans la section « A propos du livre » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.
Vendeur : medimops, Berlin, Allemagne
Etat : good. Befriedigend/Good: Durchschnittlich erhaltenes Buch bzw. Schutzumschlag mit Gebrauchsspuren, aber vollständigen Seiten. / Describes the average WORN book or dust jacket that has all the pages present. N° de réf. du vendeur M02882534647-G
Quantité disponible : 1 disponible(s)