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Modigliani et l'école de Paris: En collaboration avec le centre Pompidou et les collections suisses - Couverture souple

Fondation Pierre Gianadda; Grenier, Catherine; Collectif

 
9782884431460: Modigliani et l'école de Paris: En collaboration avec le centre Pompidou et les collections suisses

Synopsis

Année 2013 / 223 pages / Langue : Français

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Extrait

Le théâtre métaphysique de l'art
par Catherine Grenier
Commissaire de l'exposition

Frais émoulu de l'École des beaux-arts de Venise, Modigliani arrive à Paris à un moment crucial. L'année 1906, date à laquelle le jeune artiste italien s'installe dans le quartier de Montmartre, correspond en effet à une période de transformation radicale de la scène et des enjeux artistiques. Le Salon d'automne, cette même année, révèle au public les expérimentations des artistes fauves, dont la liberté et la vigueur font scandale. L'année suivante, dans le secret de son atelier, l'artiste espagnol Pablo Picasso, installé à Paris depuis 1900, achève Les Demoiselles d'Avignon qui crée un séisme inégalé dans l'histoire de l'art. L'exposition rétrospective posthume de l'oeuvre de Paul Cézanne lors du Salon d'automne de 1907 fait sensation parmi les artistes, qui découvrent par ailleurs avec fascination les masques africains et la richesse plastique de l'art traditionnel non occidental. Chaque jour semble amener une découverte, qu'il s'agisse de la mise au jour de civilisations éloignées, d'innovations artistiques ou des progrès techniques. Le milieu artistique parisien est très cosmopolite, et les cultures les plus diverses s'y côtoient. De ce fait, en même temps que la cohabitation de générations différentes, les formes artistiques y sont extrêmement hétérogènes. Les ateliers partagés et les «cités d'artistes» qui se développent à Paris créent des réseaux d'amitié et encouragent les confrontations et les échanges. Tranchant avec les années étudiantes passées dans des écoles qui dispensent encore un enseignement académique, les jeunes artistes qui convergent à Paris se trouvent confrontés à une pluralité de pratiques et d'esthétiques, dans une atmosphère de compétition les invitant à rivaliser d'inventivité. L'ordonnancement rétrospectif des mouvements artistiques de cette époque fait souvent oublier le caractère hétérogène et anarchique ainsi que l'esprit d'émulation qui règnent alors dans les ateliers. Ce qu'on désigne plus tard par le terme générique d'«école de Paris» est en fait une communauté composite où des artistes espagnols, italiens, portugais, russes, roumains, bulgares, allemands, anglais, américains, mexicains, brésiliens, japonais, etc., s'amalgament aux artistes et aux courants artistiques français, dont ils vont modifier profondément le panorama comme le mode de vie.

C'est ce contexte que Modigliani découvre lorsqu'il s'installe dans son premier atelier parisien aie Caulaincourt, situé à proximité du Bateau-Lavoir, un ensemble d'ateliers où les adeptes du cubisme sont réunis autour de Picasso et Juan Gris. Il est accueilli par Manuel Ortiz de Zárate, qu'il avait rencontré en 1902 en Italie. Comme tous les nouveaux arrivants, il fait de nombreuses rencontres, dans les cafés de Montmartre fréquentés par des artistes comme à l'académie Colarossi où il travaille d'après modèle. Un jeune médecin, le Dr Paul Alexandre, devient en 1908 son premier mécène, et lui présente ses connaissances, parmi lesquelles figurent Henri Le Fauconnier, Maurice Drouard et surtout Constantin Brancusi, dont la rencontre est décisive. Durant ces premières années parisiennes, l'horizon esthétique de Modigliani est principalement marqué par les formes et l'univers de Henri de Toulouse-Lautrec, qu'il actualise en tirant profit de la leçon de construction des formes de Cézanne, dont la rétrospective de 1907 l'a beaucoup marqué, à l'instar de nombreux autres artistes. Dans ses peintures comme dans ses dessins, il opère une hybridation qui n'est sans rappeler celle pratiquée par son ami le peintre bulgare Jules Pascin, qui a fait sa signature d'un expressionnisme adouci et adapté à la description des scènes et personnages de la vie parisienne. Comme lui, Modigliani s'intéresse à l'univers du spectacle et fréquente les théâtres - l'un de ses rares autoportraits le montre sous les traits d'un Pierrot costumé. Mais il puise surtout son inspiration dans le monde et les amitiés qui l'entourent, et dans une revisitation de l'histoire de l'art. La simplicité et la pureté qui caractérisent son travail sont en fait le produit d'une synthèse, qu'il pousse petit à petit à son stade ultime. C'est ce qu'il appelle «atteindre la plénitude», résultat auquel il n'accède pour chaque oeuvre qu'au prix d'une multitude d'étapes préparatoires, dont attestent les centaines de dessins qu'il a réalisées, alors que sa production picturale est beaucoup plus limitée.

La liste des artistes qui entourent Modigliani, connus par le biais des témoignages mais aussi des portraits qu'il en a réalisés, étonne par sa diversité et sa pluralité.

Présentation de l'éditeur

Ce catalogue reproduit en couleurs toutes les oeuvres exposées à l'occasion de l'exposition «Modigliani et l'École de Paris», centrée sur le développement de l'oeuvre d'Amedeo Modigliani (1884 - 1920) de son arrivée à Paris en 1906 jusqu'à sa mort en 1920. Retraçant la trajectoire de cet artiste majeur, la commissaire de l'exposition, Catherine Grenier, directrice-adjointe du Musée d'art moderne, Centre Pompidou, met son évolution esthétique singulière en vis-à-vis des oeuvres des artistes qui lui sont le plus proches. Elle développe une thèse originale, présentant l'oeuvre de Modigliani comme la synthèse des deux cultures et des deux univers formels à l'articulation desquels il évolue : d'une part, la tradition du portrait, maintenue vivace par les artistes cosmopolites de l'École de Paris, d'autre part la révolution esthétique du cubisme. L'exposition fait bien sûr la part belle aux artistes de l'École de Paris, peintres et sculpteurs venus pour la plupart d'Europe centrale, qui ont contribué à faire de Paris le principal foyer de création artistique du moment et une capitale internationale de l'avant-garde. Les oeuvres de ces artistes arrivés en France au début du XX ? siècle, tels que Chaïm Soutine, Jules Pascin, Marc Chagall ou Moïse Kisling, véhiculent des esthétiques différentes, marquées par l'expressionnisme et un primitivisme inspiré de leur culture populaire locale.

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