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Nouvelles Questions Feministes, Vol. 30(2)/2011. Amies - Couverture souple

MARTIN HELENE MESS

 
9782889010707: Nouvelles Questions Feministes, Vol. 30(2)/2011. Amies

Synopsis

Editions Antipodes 2011. 24 x 1,1 x 16 cm. 144 pages.

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Extrait

Trente ans de
Nouvelles Questions Féministes

Par Christine Delphy

Nouvelles Questions féministes est la plus ancienne des revues francophones des études qu'on a appelées féministes, et qu'on appelle aujourd'hui «de genre» ou «sur le genre». Elle a connu plusieurs commencements et recommencements. Elle a été précédée par la revue Questions féministes, créée en 1977 par Simone de Beauvoir, Christine Delphy, Colette Capitan-Peter, Emmanuèle de Lesseps, Nicole-Claude Mathieu et Monique Plaza. En 1981, Nouvelles Questions féministes est fondée par Simone de Beauvoir, Christine Delphy, Claude Hennequin et Emmanuèle de Lesseps. De nombreuses féministes s'y investissent au fil du temps. Il ne s'agit pas, on s'en doute, de retracer toute l'histoire de ces revues, ce qui exigerait l'espace d'un livre, mais de montrer, en évoquant quelques moments-jalons, comment s'est construite la démarche qui caractérise Nouvelles Questions féministes (qui s'écrit depuis 2002 avec un F majuscule).

Simone de Beauvoir et Nouvelles Questions féministes

Tout d'abord, il faut dire ici pourquoi Simone de Beauvoir a été, jusqu'à sa mort, la directrice de publication de Nouvelles Questions féministes, comme elle avait été celle de Questions féministes. QF et NQF n'étaient pas les seules entreprises féministes auxquelles elle prêtait son nom ; à partir de 1968, elle et Sartre avaient volontairement servi de «paratonnerres» à de nombreux groupes. Depuis que de Gaulle avait décrété qu'«on n'arrête pas Voltaire» (en parlant de Sartre, alors directeur du journal La Cause du peuple), beaucoup de publications se réfugiaient sous leur aile.

Cependant, le soutien de Beauvoir à QF, puis à NQF, n'était pas exactement de cet ordre. Pour commencer, nous n'étions pas de dangereuses subversives ; en tous les cas, la police ne le pensait pas, et elle ne nous prenait pas au sérieux, une fois vérifié que nous n'avions pas d'accointances avec des gauchistes hommes. Si les journaux maoïstes avaient sollicité Sartre et Beauvoir pour éviter les procès (en effet, en France, les procès s'adressent à la directrice ou au directeur de publication), ce n'était donc pas la motivation principale pour demander à Beauvoir d'être la directrice de la publication de Questions féministes. Ce qui était en jeu, à mes yeux, c'était la transmission, l'affirmation d'une lignée.

Avec d'autres féministes, j'avais rencontré Simone de Beauvoir dès 1971, chez elle. J'avais été frappée par l'intérêt qu'elle manifestait pour nous, nous qui faisions un mouvement dont elle croyait l'avènement impossible. Elle faisait preuve d'un intérêt vif, et une participation entière, souvent fatigante pour elle, par exemple lors de la préparation des Journées de dénonciation des crimes contre les femmes de 1972, préparation qui dura plus de dix mois. Jamais, lors des réunions hebdomadaires, elle n'a évoqué ses propres écrits ni invoqué son statut d'écrivaine plus que célèbre pour faire prévaloir son opinion; bien au contraire, elle se tenait, calme et attentive, dans la position d'une militante comme les autres, seulement un peu plus âgée.

Son égalité d'humeur, sa modestie vis-à-vis du jeune mouvement féministe n'ont pas été assez soulignées. Ce mouvement, elle ne l'avait pas imaginé ; mieux, elle avait écrit dans Le deuxième sexe qu'il ne pouvait pas exister. Mais, dès 1965, elle disait à Francis Jeanson qu'on ne la trahissait pas quand on tirait Le deuxième sexe dans un sens radical ; dans d'autres entretiens, elle disait que si elle devait récrire Le deuxième sexe, elle l'infléchirait dans un sens plus matérialiste. Elle lisait tout ce que nous écrivions, s'en inspirait (par exemple dans le témoignage qu'elle fit au fameux procès de Bobigny de 1972); elle était avec nous dans la rue pour la première manifestation de femmes en faveur de l'avortement en novembre 1971. Elle ne réalisa pas le projet d'écrire une deuxième mouture, ou au moins une suite au Deuxième sexe, car la mort de Sartre en 1980 lui porta un tel coup qu'elle faillit mourir elle-même.

(...)

Biographie de l'auteur

Ellen Hertz est professeure d'anthropologie à l'Institut d'ethnologie, Université de Neuchâtel, où elle enseigne l'anthropologie de la Chine, des organisations, du patrimoine et du droit. Elle est membre du comité de rédaction de Nouvelles Questions Féministes et a participé à plusieurs numéros de la revue. Actuellement, elle travaille sur la place du genre dans la gestion du patrimoine et de la tradition, ainsi que sur la division genrée du travail dans l'industrie électronique mondiale. Christine Delphy est sociologue, directrice de recherche émérite au CNRS. Elle a fondé avec Simone de Beauvoir, en 1981, la revue Nouvelles Questions Féministes, dont elle continue d'être corédactrice responsable avec Patricia Roux. Elle dirige la collection Nouvelles Questions Féministes aux Editions Syllepse. Ses principaux ouvrages : L'ennemi principal. Economie politique du patriarcat (tome 1), Paris : Syllepse (collection "Nouvelles Questions Féministes"), 1998; L'ennemi principal. Penser le genre (tome 2), 2001. Ses dernières publications : Classer, dominer. Qui sont les autres, Paris : La Fabrique, 2008 et Un universalisme si particulier. Féminisme et exception française (1980-2010), Paris : Syllepse, 2010. Hélène Martin est docteure en anthropologie, professeure en études genre à la Haute école de travail social et de la santé - EESP - Lausanne et responsable du Laboratoire en études genre de la Haute école spécialisée de la Suisse occidentale. Ses recherches portent sur le corps et sur le travail, et plus particulièrement sur la sexuation des conditions de travail ainsi que sur les déclinaisons de cette sexuation en fonction d'autres logiques de pouvoir tels que la classe et l'âge. Françoise Messant est professeure honoraire de l'Université de Lausanne. Sociologue du travail, elle a dès le début de sa carrière intégré le genre à ses enseignements et ses recherches (La secrétaire modèle, Paris: L'Harmattan, 1990) ; ses travaux portent sur la division sexuelle du travail, la nature du travail, le travail non rémunéré ; les modalités flexibles d'emploi, le temps partiel, le travail de nuit, la responsabilité au travail et le sens de l'engagement au travail.

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