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Le maitre du chateau rouge - Couverture souple

Gervais, Bertrand

 
9782892615296: Le maitre du chateau rouge

Présentation de l'éditeur

Bertrand Gervais a publié des romans et des nouvelles, de même que des essais sur la littérature et la lecture. Il enseigne au Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal. Après avoir éprouvé les pouvoirs de la littérature dans L'île des Pas perdus (2007), il a maintenant jeté son dévolu sur l'imaginaire ou, plus précisément, sur le monde imaginaire de l'île et sur ce qui menace sa survie.

- J'ai vérifié, Caroline. J'ai sorti ma trousse et tous mes instruments. J'ai pris des mesures. J'ai vérifié deux fois tous mes calculs. La preuve est incontestable. Irréfragable ! Ce n'est pas un effet d'optique.
- Qu'est-ce que c'est alors ?
- Je ne vois qu'une seule explication : l'île a commencé à prendre moins de place. Elle rapetisse...
- Ce n'est pas sérieux, papa. Tu me fais marcher !
- Ai-je l'air d'un plaisantin ou d'un plaisancier ? Non... Regarde la baie de Juliette, elle a pris de l'expansion.
- Ce n'est pas l'érosion ?
- J'ai fait des tests, et ce n'est pas l'effet du vent ni de la mer. D'ailleurs, la forme de la falaise n'a pas été modifiée. Ses contours sont exactement les mêmes qu'avant. Tout est identique, mais... comment dire ?... en plus petit.

Comment expliquer le phénomène du rétrécissement de l'île ? Contrairement au monde conventionnel, constitué de 99% de particules réelles, l'île des Pas perdus est composée de 92 % de particules imaginaires, ce qui explique son caractère à la fois merveilleux et instable. La diminution des particules imaginaires a donc des conséquences dramatiques : l'île va disparaître. Comme l'Atlantide naguère... Caroline pourra-t-elle rétablir l'équilibre des particules ?

Extrait

L'île des Pas perdus

Caroline ouvre les yeux et ronchonne, éblouie par le soleil matinal de l'île des Pas perdus. Les rideaux n'ont pas été tirés et le jour en profite pour inonder la chambre d'une lumière débonnaire. La fenêtre ouverte laisse entrer un parfum de framboise, agrémenté de notes de trèfle fraîchement coupé et d'un soupçon de cèdre franc.
Certains matins, on sait exactement où l'on se réveille. Notre cerveau retrouve aussitôt ses marques. Les vêtements éparpillés la veille n'ont pas bougé d'un iota, et les objets familiers sont au rendez-vous, jusqu'au livre abandonné en pleine lecture et tombé des mains au bord du lit.
À d'autres occasions par contre, le rêve à peine quitté pèse lourdement sur notre esprit, et il en faut, du temps, pour reconnaître le mobilier peint, le plancher de bois teint et le miroir presque sans tain qui meublent la chambre. Tout paraît nouveau et doté d'une aura vive, comme si le rêve et l'éveil ne faisaient encore qu'un seul et même monde.
Caroline regarde ses mains et soupire de soulagement. Ses pouces sont à leur place, et toujours fonctionnels.

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