Vous savez bien: quand on met un tonneau en perce, on lui ajuste une chantepleure. Après, on tourne le robinet à sa guise. On fait couler le vin. On le boit éventuellement. (S'il est bon.) Ici, c'est un peu pareil. On dirait qu'il y avait, cachée quelque part, une certaine quantité de mots. Les uns isolés, les autres en bandes organisées, d'autres ne sachant trop où aller, ils formaient une masse encombrante qui semblait chercher sa route. Un beau jour, Daniel Rocher en a eu assez de se sentir poussé dans le dos et il leur a planté son stylo pour les faire couler à sa guise, tantôt à flots, tantôt au compte-gouttes. A sa guise? C'est ce qu'il se dit, pour se donner l'impression qu'il est resté le maître à bord. Mais il sent bien qu'il a écrit - non: retranscrit - un texte qui préexistait à sa propre écriture. Absurde? Impossible? Au lecteur de trancher, comme d'habitude. Et comme d'habitude, une seule règle: se laisser prendre par ce monologue à plusieurs voix, encaisser ses ruptures, ne pas hésiter à rire bêtement, ne pas contenir ses montées de larmes, se sentir dépossédé, se rafistoler la cervelle, bref faire son métier de lecteur, c'est-à-dire de compagnon de route du livre, en décidant de poursuivre ce mouvement insensé qu'on appelle la vie parce qu'il serait encore plus absurde d'y mettre fin.
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Ce qu'on a vécu. Plus ou moins bien. Ce qui revient à la mémoire. Qui revient de loin au bord de la mémoire. Ce qui ressemble à ce qu'on a connu. Les demi-fantômes du présent. Qui organisent des stages pour souvenirs malades. Ce qu'on laisse. Ce qu'on continue. En sortant. En naviguant dans les rencontres. Au plus près des visages. Au jugé dans le soir. Au plus doux de la nuit. Ce qu'on a surpris. Plus ou moins à portée. Une fumée. Un reflet. Ce qui réplique à ce qu'on rêve. Ce qui déçoit l'attente. Ce qui dissemble. Ce qui brise les aimantations. Ce qu'on écarte. En marchant. En tressant des gestes. En cueillant les morts. C'était hier encore. On passait sous leur voix. À travers leurs odeurs. Ce qui s'échappe. Plus ou moins vite. Qui va aller trop loin. Trop vite pour aller bien loin. Ce qu'on croyait parti. Qui attend. Là. Tout près. Avec ce qu'on voulait là. Tout près de disparaître. Ce qu'on ne sait plus. Ce qu'on ne se dit pas.
Pour se détendre, voici des cris, voici des larmes. Fruits d'une probable mégère. Sa langue n'est pas dans la poche de son tablier. Au moins on peut parler. D'eux, du temps, de tout. On aura tort, on gémira. On parlera encore. Sur les pleurs, sur les bruits, sur tout. Surtout, pourvu que ce soit avec haine. On essaiera en vain de donner autant qu'on recevra. On aura son paquet. A peine sur la route, on pensera : «Un jour, je te renverrai ça. Je te revaudrai tout.» Mais la route est longue. Avec ça qu'un tacot augmente les lignes droites. Les autos roulent. Le tacot trame des histoires. Par fierté il défie l'autoroute. Du matin au soir. Tout de même pas la nuit. Ou alors s'il le faut. Car, normalement, pour regarder sous le capot du tacot, rien ne vaut la lumière du jour.
Vous savez bien : quand on met un tonneau en perce, on lui ajuste une chantepleure. Après, on tourne le robinet à sa guise. On fait couler le vin. On le boit éventuellement. (S'il est bon.)
Ici, c'est un peu pareil. On dirait qu'il y avait, cachée quelque part, une certaine quantité de mots. Les uns isolés, les autres en bandes organisées, d'autres ne sachant trop où aller, ils formaient une masse encombrante qui semblait chercher sa route. Un beau jour, Daniel Rocher en a eu assez de se sentir poussé dans le dos et il leur a planté son stylo pour les faire couler à sa guise, tantôt à flots, tantôt au compte-gouttes.
A sa guise ? C'est ce qu'il se dit, pour se donner l'impression qu'il est resté le maître à bord. Mais il sent bien qu'il a écrit - non : retranscrit - un texte qui préexistait à sa propre écriture. Absurde ? Impossible ?
Au lecteur de trancher, comme d'habitude. Et comme d'habitude, une seule règle : se laisser prendre par ce monologue à plusieurs voix, encaisser ses ruptures, ne pas hésiter à rire bêtement, ne pas contenir ses montées de larmes, se sentir dépossédé, se rafistoler la cervelle, bref : faire son métier de lecteur, c'est-à-dire de compagnon de route du livre, en décidant de poursuivre ce mouvement insensé qu'on appelle la vie parce qu'il serait encore plus absurde d'y mettre fin.
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