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Sigila, N° 19 : Clandestinités - Couverture souple

 
9782912940186: Sigila, N° 19 : Clandestinités

Extrait

Extrait de la préface de Mario SOARES, Présidente da República Portuguesa (1986-1996) Lisboa :

Témoignage

La meilleure contribution que je puisse donner en introduction au numéro consacré à «Clandestinités - Clandestinidades» de la revue Sigila, dirigée par Florence Lévi, est de livrer mon propre témoignage.
Je commencerai par dire que clandestin, je ne l'ai jamais été. Cela, si l'on prend le mot au sens de quelqu'un qui fuit sa propre maison et les personnes qu'il fréquente habituellement, pour s'intégrer dans un réseau protégé des regards indiscrets de la police politique, qu'il soit ou non «fonctionnaire» d'un parti, tenu pour illégal. Caché, je l'ai été parfois, pour éviter (ou retarder) un emprisonnement considéré comme inévitable, jusqu'à ce que les choses s'éclaircissent, dans cette lutte entre le chat et la souris que nous menions contre la dictature.
Mais «clandestin», «clandestinité» sont des mots qui ne s'entendent pas uniquement dans cette première acception. Ils ont un sens plus large. Il y a diverses manières d'être clandestin. Même si l'on continue de faire ce que l'on a l'habitude de faire, de vivre dans la même maison, d'aller dans les mêmes cafés, d'exercer la même profession, connue, de fréquenter les mêmes personnes et, cependant, d'avoir une «autre vie», secrète, de conspiration, inspirée par la volonté de renverser la dictature, immorale en elle-même, illégale et terroriste, au sens de «terrorisme d'Etat», dans la mesure où elle est anti-démocratique et ne respecte pas les Droits humains inscrits dans la Déclaration Universelle, approuvée par l'ONU en 1948. J'ai été, pendant trente-deux ans (1942-1974), opposé au courant existant dans mon pays, le Portugal. J'ai été contre la pseudo-légalité établie par la Dictature, au risque, à tout instant, d'être emprisonné par la PIDE (police politique). Je me considérais donc comme participant à cette autre forme de clandestinité.

Présentation de l'éditeur

Sigila a pour objectif de prendre en compte et de susciter des approches pluridisciplinaires du secret, et de mettre en lumière, grâce à la confrontation entre divers domaines, des convergences ou des écarts entre les problématiques exposées.

Il s'agit, par exemple, de chercher à dégager les mécanismes d'occultation de certains événements historiques, politiques, économiques, scientifiques ou littéraires, et à définir la valeur d'une culture du secret face à la pression des médias ou, au contraire, ses dérives possibles. On s'attache à esquisser les frontières, les relations, les échanges et les interférences entre le secret, l'énigme, le mystère, la dissimulation, le mensonge, l'intime, le silence, le mutisme, l'aveu, le déni...

Chaque numéro est consacré à un aspect spécifique du secret. Outre les études critiques, la revue inclut des textes de fiction ou des essais de tous genres, ainsi que des poèmes - qui composent une «anthologie du secret». L'ensemble manifeste la richesse et la variété de ce champ sémantique.

La revue publie des informations régulières sur l'actualité du secret : recensions d'ouvrages, colloques, expositions, films, presse, etc. Sans être exhaustives, elles pourront constituer une source de documentation d'un grand intérêt, sans équivalent, à notre connaissance.

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