Du XVe au XXe siècle, les hommes vont apprendre à utiliser autrement les chevaux pour faire la guerre - ensemble, toujours - et de cette nouvelle relation naissent une équitation spécifique, des besoins en chevaux adaptés à des usages multiples et précis, une recherche des modèles et une éducation particulière qui distingue les soldats et les chefs des troupes montées. Dans l'Europe entière, les conflits ont mobilisé hommes et chevaux, mais avec l'intrusion de l'artillerie sur le champ des batailles, dans le siège des places, le rôle des cavaleries a changé, comme a changé celui des chevaux affectés à des tâches de plus en plus spécialisées et de plus en plus nombreuses : la selle autant que la traction des canons et des chariots, le charroi autant que la charge. De la Renaissance à l'aube du XXe siècle, le renouvellement des cavaleries, l'utilisation tactique de l'arme équestre, l'adaptation des équipements, des montures, des élevages, vont se faire au rythme de l'évolution et de la diversité des réalités militaires et civiles. Se procurer des chevaux, former des cavaliers, dresser les bêtes, les mobiliser pour la bataille ne sont pas choses simples. Malheureusement, ces pratiques - et tout ce qui ressortit à l'économie de la guerre - ont moins retenu l'attention des historiens militaires que l'étude des conditions générales de l'organisation et de l'utilisation de l'arme équestre. Elles dictent pourtant des conditions nouvelles où les maladies, les accidents, les blessures, frappent les armées en campagne et pendant la paix, accroissant une demande que l'offre à peine à suivre. Le cheval peut alors symboliser dans l'art comme dans les spectacles, l'énergie et la force domptées, et finalement révéler - mais autrement - que la guerre n'est que la politique poursuivie avec d'autres moyens.
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Daniel ROCHE est professeur au Collège de France.
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