Textes de Michel Natier, directeur du musée de Louviers
et Philippe Piguet, commissaire de l'exposition
Claude Viallat invente un système de peinture répétitive, ou plutôt une méthode, comme le précise Philippe Piguet, critique d'art, où cependant chaque élément peint n'est jamais tout à fait une réplique de l'autre. Forme ou contreforme, ce motif, «forme quelconque» inchangé depuis son invention, reste, depuis plus de quarante ans, la marque emblématique de son oeuvre.
Libéré du carcan du tableau, l'artiste va utiliser indifféremment des toiles libres, tissu imprimé, bâche, ou tout autre étoffe ou textile qu'il va travailler au sol. Le motif répétitif, soit détouré, soit rempli, constitue une trame qui, se superposant à celui du textile, va jouer avec lui. À ce travail de peinture Viallat poursuit en parallèle un travail d'assemblage d'objets proche de la sculpture. Il les confectionne à partir d'éléments récupérés, bois flottés, filets, cordage, etc.
Philippe Piguet, commissaire de l'exposition, a voulu les rapprocher des peintures pour en montrer la proximité. Ils participent en effet de cette même démarche de faire dialoguer formes et matières. Elles sont pour lui un lieu de ressourcement où le jeu de mise en relation des formes et des matériaux est à rapprocher du hasard qui participe à la création de ses toiles.
Biographie de l'artiste
Membre fondateur du groupe Supports/Surfaces apparu en 1969, Claude Viallat est l'une des figures majeures de la scène artistique française. Ce mouvement qui regroupe André-Pierre Arnal, Marc Devade, Louis Cane, Tony Grand, Vincent Bioulès, Daniel Dezeuze, Noël Dolla, Jean-Pierre Pincemin, Patrick Saytour et Bernard Pagès, prônait l'idée que la peinture est un fait en soi et que la simple mise à nu des éléments qui la constituent se suffisait à elle seule.
Depuis lors, l'art de Viallat en appelle à l'exclusive d'une seule et unique forme aux allures d'osselet. Le choix qu'il en a fait procède de la volonté qu'il a eue de se débarrasser à tout jamais d'une quelconque préoccupation formelle. Libéré de toute contrainte, il n'a eu de cesse de la décliner en un jeu infini de variations de supports et de couleurs. Outre la peinture, Viallat est aussi l'auteur de toute une production d'objets bricolés que l'artiste réalise à partir de pièces en bois, de ficelles et autres matériaux rudimentaires glanés ici et là et qui se présentent comme autant de mini systèmes universels.
«Je peins de la peinture»
Par Michel Natier
Pour Claude Viallat, né en 1936, il lui fallait réinventer l'histoire de la peinture, désapprendre pour se reconstruire. Nous sommes dans les années 60, au sortir d'une guerre d'Algérie à laquelle il fut contraint de participer dans le cadre de son service militaire, et à la veille de grands mouvements de révolte intellectuels et artistiques. Sans doute, comme beaucoup déjeunes de sa génération, blessés par toute cette haine et humiliés d'avoir à subir cette barbarie colonialiste, avait-il perçu, toute l'hypocrisie du vernis institutionnel. L'École de Paris, à cette période une peinture abstraite bien «encadrée», ne pouvait contenir l'explosion créative de beaucoup déjeunes artistes. La capitale de l'art s'était déjà déplacée outre-Atlantique et la peinture à travers l'expressionnisme abstrait et l'action painting avait largement explosé les frontières du cadre et de la toile.
Comment peindre dans ces conditions, fallait-il accepter sans rien dire et se pliera poursuivre dans le sillage d'un enseignement reçu dans l'école d'art de Montpellier. Il semble bien que Claude Viallat n'ait pu se conformer à l'académisme ambiant ni abandonner l'idée d'être artiste. En 1962, il s'installe à Paris où il découvre l'art américain et entre à l'école des Beaux-arts. Il y côtoie, entre autres, Michel Parmentier (membre du groupe BMPT) ou Pierre Buraglio qui comme lui partageaient cette idée de se forger une identité propre hors des sentiers battus.
Cherchant à s'émanciper de la peinture Claude Viallat va détourner les éléments qui en constituent les principes symboliques de base, le chevalet, le cadre, la toile, les couleurs et la palette. Non seulement il n'utilisera plus de châssis entoilé, mais renoncera à l'usage des matières picturales usitées d'ordinaire. Il va chercher un moyen de peindre tout en ne faisant pas de peinture au sens traditionnel et en essayant d'en abstraire tout élément de narration et de subjectivité. Il ne veut surtout pas donner à voir autre chose que l'objet peint, leitmotiv du groupe Supports/surfaces dont il est membre fondateur.
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Vendeur : Papier Mouvant, Houilles, France
Etat : Neuf. 60 pages : nombreuses illustrations en couleurs, couverture illustrée en couleurs ; 22,0 x 22,0 x 1,0 cm || Texte français || Sans aucune inscription. N° de réf. du vendeur PMV208101C
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