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J'ai égaré mon nom: Précédé de Ode aux pères - Couverture souple

War, Abdoul-Ali

 
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Synopsis

• L’Afrique se meurt en Méditerranée ces jours-ci, c’est la grande odyssée de notre temps. Le poète peint cette tragédie comme si c’était la trame elle-même du temps.
• Il chante aussi son enfance peule, ses joutes et ses rites.
• Il honore les anciens par une «ode aux pères».

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À propos de l'auteur

Abdoul Ali War est poète, romancier et dramaturge. Hormis une plaquette de poèmes, Demain l’Afrique et une poignée de poèmes publiés dans l’anthologie Poésie d’Afrique francophone, J’ai égaré mon nom est son deuxième ouvrage du genre Il a coadapté Sarraounia, un roman d’Abdoulaye Mamani, avec Med Hondo, son compatriote, le grand cinéaste mauritanien, qui vient de disparaître. Il l’a aussi assisté sur plusieurs de ses films.
Il a collaboré à «Panorama» de Jacques Duchâteau sur France culture.

Extrait. © Reproduit sur autorisation. Tous droits réservés.

Les souvenirs comblent-ils jamais une absence ? Demeure cependant l’idée
Qu’un jour le temps fera se croiser les esprits.

Depuis, j’ai hanté bien des aubes.
Berger, j’ai vu des étoiles brillantes au firmament
Violemment vidées de l’étable du ciel.
Toutes finissent en lambeaux… traînées de poussière.

Sans abri aucun, où se soustraire au destin ?
Le crépuscule dès lors fut mon ultime ambition
Et à la veille de me voir convié au grand festin
Ne sera-t-il pour moi que refuge d’évasion ?

Quand sonnera-t-elle l’heure ?
Le cœur empli de peur
Dans quel puits plongerai-je
Et depuis quelle margelle invisible ?
Qui me dira : « Adieu ! » les yeux pleins de pleurs
Qui me dira : « Adieu ! » les sanglots dans la voix.

Quand bien même deviendrai-je cendre éparpillée et poussière !
Reviendra mon nom
Comme reviennent les clapotis du temps ce grand Fleuve si plein de tourments.


Même aux fantômes invisibles et spectres improbables,
Je demanderai : « Où êtes-vous aujourd’hui,
Moins que cendres répandues dans un improbable au-delà ?
Ô vous, souvenirs devenus ! »

Lâché dans nulle part
À naviguer seul dans le métal azur,
Bercé par les doux gazouillis d’invisibles oiseaux
Et par les tendres murmures des âmes troubadour,
Sans détour, j’interrogerai :
« Y aurait-il âme pour m’inviter : “Haayo guido ! Guido laare”
À dissoudre tous les nuages de doute
Et balayer les peurs qui me submergent sur cette route ?
Qui m’invitera : Guido laare, haayoo guidam wela nan de !
Qui m’invitera : Guido laare, haayoo guidam wela yii de !
À dissiper soupçons et incertitudes ?
Qui m’aidera à perler mon front de rides
Pour dissimuler sous mes paupières les cernes absolus
De l’errant fatigué, reconverti en éternel errant ? »


À mon tour un jour, deviendrai-je ombre,
Victime d’une autre ombre postée en embuscade ?
Sous son joug, renoncerai-je à ne plus être
Pour ne demeurer que simple transparence ?
Ne devenir que néant qui veille !


Sortir ou entrer ? Passer la porte du grand Abîme.

« De ce qui a été plus rien ne sera. »
Alors que renaîtra-t-il de ce qui est fini ?


J’ai égaré mon nom
Là-bas à la courbe du Yolgambi
Après un grand chaos Sous une bâche en plastique
J’ai égaré mon nom
Dans un camp de fortune
Noyé dans la boue par des larmes de souffrance
Au milieu des pleurs d’enfants


Les rumeurs plus que l’eau débordèrent des baluchons
La pirogue amarrée à l’aube avait cinglé
Rien ni personne pour verrouiller les rêves

La Terre est pour tous
Mais où trouver le pays ?

Nombreux nous avons arpenté les terres
Franchi les déserts sillonné les mers
Escaladé les montagnes
Nombreux nous avons traversé les bois écarté les ronces
Tracé les chemins avec des pieds qui saignent
Nous avons jeté des pierres aux corbeaux noirs
Ils croassent à notre passage
Puis nous maudissent avec rage
Coupables de rien pourtant nous avons fui


Puis la mer vomit ses vagues Et les vagues
Des grondements du ciel nous jettent par grappes
sur la grande route proies faciles d’hommes de peu de foi

La chaude larme du Nil
Se conjugue-t-elle au présent du brûlant Sahara
Les crues du Gange vengent qui Vengent-elles quoi
Pour arracher autant de digues et menacer l’Himalaya


D’une étape à l’autre que des allers simples
Il n’était écrit nulle part que je ferais demi-tour
J’étais parti pour l’inconnu
J’étais parti pour ne jamais rebrousser chemin
Quitte à sécher dans un cimetière à ciel ouvert
Cadavre inconnu perdu dans le Ténéré
Oublié des vers corps explosé

Quitte à couler à deux rames de Gibraltar
Fondre comme neige à deux doigts d’une gare

Quitte au besoin à brouter la toundra


Et maintenant voilà que j’arrive où je ne serai pas étranger
(…)
J’arrive à l’endroit où je retrouverai un nom

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