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Nouvelles Questions Feministes, Vol. 26(3)/2007. Parite Linguistique - Couverture souple

BAIDER FABIENNE KHA

 
9782940146970: Nouvelles Questions Feministes, Vol. 26(3)/2007. Parite Linguistique

Extrait

Les enjeux de la parité linguistique
Fabienne Baider, Edwige Khaznadar, Thérèse Moreau

Étudiant : Celui qui étudie. Particulièrement, celui qui étudie dans une université, et, en France, dans une faculté. Il y a peu d'étudiants à ce cours. Étudiant en droit. Au féminin, étudiante, dans une espèce d'argot, grisette du quartier latin. Commis et grisettes, étudiants et étudiantes affluent dans ce bal.

Hubertine Auclert écrivait en 1899 : «L'omission du féminin dans le dictionnaire contribue, plus qu'on le croit, à l'omission du féminin dans le code (côté des droits). L'émancipation par le langage ne doit pas être dédaignée. N'est-ce pas à force de prononcer certains mots qu'on finit par en accepter le sens qui tout d'abord heurtait ? La féminisation de la langue est urgente, puisque, pour exprimer la qualité que quelques droits conquis donnent à la femme, il n'y a pas de mots [...] En mettant au point la langue, on rectifie les usages dans le sens de l'égalité des deux sexes. La féminisation initiale est celle de la langue, car le féminin non distinctement établi sera toujours absorbé par le masculin.»

Les choses ont peu changé en France, si l'on en juge par les problèmes de dénomination posés par la candidature de Ségolène Royal à la présidence de la République. Au lendemain du premier tour des élections présidentielles en France, le journaliste Sylvain Besson écrivait : «Il n'y a pas un, mais deux grands vainqueurs du scrutin de dimanche. [...] Le second vainqueur - on regrette qu'il n'existe pas de féminin pour ce mot - est Ségolène Royal...»

Mais si on jette un oeil sur Internet, on voit tout de suite que la fonction a légitimé un féminin. Il est question de vainqueuse de concours, de vainqueuse en sport, et surtout de la vainqueuse du deuxième tour. Un blogueur s'étonne et écrit : «Notons que (vainqueur) n'a pas de féminin. Ça n'existe pas vainqueuse... Comme si les types de l'Académie, la société en général, n'avaient pas imaginé qu'une femme puisse être la gagnante de quoi que ce soit.» Pourtant ce vocable est donné par le site orthographique et grammatical canadien Lextutor ; il est aussi employé en Suisse. Le même blogueur notait au passage qu'on disait de la candidate qu'elle était le successeur de François Mitterrand, car ici encore il n'y avait pas de féminin.

Et de fait, la loi dite salique, la tradition française font que le pouvoir se décline difficilement au féminin. De Pierre de Ronsard (1562) et son «Je suis plein de dépit, quand les femmes fragiles interprètent en vain les sens des Evangiles alors qu'elles devraient s'occuper de leur maison et de leur ménage» au «Qui va s'occuper des enfants ?» de Fabius, camarade et rival de la candidate socialiste, en passant par le procureur Chaumette qui envoya à la guillotine celles qui eurent l'audace de penser autrement, les opposantes au statu quo l'ont vécu à leurs dépens. Toutes ces admonestations montrent bien qu'en France les Droits de l'Homme furent longtemps (continuent à être) non pas ceux de tous et toutes mais bien ceux de l'être humain mâle.

Un langage et un monde inégalitaire

Le symbolisme social étant véhiculé, structuré par le langage, c'est toute une conception du monde qui est impliquée. Les travaux en psychologie sociale ont montré que le genre grammatical influence la représentation qu'on se fait des métiers. L'utilisation du masculin dit générique biaise la représentation sociale des genres en défaveur des femmes, et ceci de façon systématique, alors que l'utilisation des vocables au féminin et au masculin permet aux filles comme aux garçons de s'investir émotionnellement et intellectuellement dans la profession. En effet, la dénomination au masculin tend à dévaloriser le féminin. On parlera d'une directrice d'école mais d'un directeur de cabinet, d'un secrétaire d'Etat mais d'une secrétaire de direction. On trouve aussi une liste de récipiendaires de la Légion d'honneur avec «Monique Berlioux, ancien directeur de l'Equipe Olympique», mais «Mme Claude Bessy, directrice de l'École de danse de l'Opéra».

Présentation de l'éditeur

Nouvelles Questions Féministes Vol. 26 No 3.
Parité linguistique

EDITO
° Les enjeux de la parité linguistique (Fabienne Baider, Edwige Khaznadar, Thérèse Moreau)

GRAND ANGLE

° Prière de ne pas épicéner partout (Thérèse Moreau)

° Le non-genre académique : doctrine de la domination masculine en France (Edwige Khaznadar)

° L'occultation des femmes dans les textes officiels du Québec (Hélène Dumais)

° Dis-moi comment tu te nommes et je te dirai qui tu es (Louise-Laurence Larivière)

° La place du genre dans les bases de données multilingues : le cas d'EuroWordNet (Fabienne Baider, Evelyne Jacquey, Anita Liang)

° Au Québec, la rédaction épicène devient une proposition officielle (Pierrette Vachon-L'Heureux)

° Entre volonté de s'en sortir et discrimination, une trajectoire éclairante (Catherine Delcroix)

° Entretien avec Marina Yaguello : «Du Sexe des mots». Par Fabienne Baider

° Entretien avec Julieta Paredes, Mujeres Creando-Asamblea Feminista (La Paz) : «Féminismes, lesbianismes et processus révolutionnaires en Bolivie». Par Sabine Masson

° L'Assemblée des Femmes et les chemins de la parité (Yvette Roudy)

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