Livre bilingue espagnol / français. Recueil de 27 poèmes : dans les mots les plus simples, et cependant nourris de la plus riche tradition poétique, redonner redonner sa place « au passé, à l’émotion humaine, à la nature, au jeu, à l’exubérance ».
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Après avoir étudié la médecine pendant quatre ans et s’être diplômé en Sciences de l’Éducation, Alejandro Oliveros (né au Venezuela en 1948) décide se consacrer à la littérature et la poésie. En 1971, il fonde la revue Poesia, et Torrida, le magazine culturel de l’Université de Carabobo. Parallèlement, il enseigne à l’École des Beaux-Arts. Il publie Espaces, son premier recueil de poésies, en 1974. De 1976 à 1978, il prend à Caracas la direction littéraire du Conseil National de la Culture, avant de travailler à un ouvrage sur la poésie américaine à New York, au titre d’une bourse de la Fondation Guggenheim. Il revient dans son pays où il devient titulaire de la Chaire de Littérature Anglaise et Américaine à l’Université Centrale du Venezuela. Il publie de nombreux livres (poésie, essais, traductions), ainsi que treize volumes de son Journal littéraire, édités d’abord dans son pays, puis en Colombie. Mais la profonde crise politique au Venezuela a considérablement limité l’espace d’exercice de la littérature et la liberté de l’enseignement. Alejandro Oliveros réside à Milan depuis 2020. Il a publié Le Royaume perdu aux Éditions Conférence en 2022.
Le temps, la montagne, le torrent : la vie s’y trouve comme en suspens, peu assurée de sa ligne de flottaison. Tout est soumis au flottement, à l’incertitude dans la certitude même de l’écoulement. La vie peine à s’y saisir, comme des pages que l’on tourne, dont on n’est pas sûr qu’elles forment un tout à nous-mêmes intelligible. Qui sait ce que nous sommes ? L’expérience de l’exil, des « non-lieux », du perpétuel déplacement intime, s’unit à celle du temps insaisissable. Occasion de méditer, par les moyens d’une poésie nourrie d’une longue tradition et de l’extrême sobriété de son langage, sur la distentio animi dont parlait Augustin : ce déploiement de l’âme qui est peut-être une dispersion, en tout cas un risque nécessaire, où la vie se trouve parce qu’elle se perd.
Alpes Au-delà du lac vert, la montagne parle, avec sa barbe blanche et son haleine glaciale. J’entends ses paroles lorsqu’elles descendent du sommet et s’assoient à mes côtés. Elles arrivent la nuit, et elles racontent l’histoire des dieux oubliés. Au petit matin leur silence nous rappelle que du ciel aussi nous avons été exilés. Alpes Más allá del verde lago, la montaña habla, con su barba blanca y su aliento helado. Siento sus palabras cuando bajan de la cumbre y se sientan a mi lado. Llegan de noche, y cuentan la historia de dioses olvidados. Al amanecer su silencio nos recuerda que también del cielo hemos sido exiliados.
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