Yves Le Gallo est né à Brest en 2920 dans une famille d'immédiate souche populaire, à la fois paysanne et maritime, originaire de la presqu'île de Crozon. Bretonnant par sa grand-mère maternelle qui ignorait le français, il appartient à cette première intelligentsia de Basse Bretagne, tardive et tourmentée, dont le drame fut que ses racines cheminaient obscurément dans la terre-mère cependant que les branches respiraient à l'immobile lumière de la civilisation nationale.
Dès la création du Collège Littéraire Universitaire de Brest en 1961, il y enseigne l'histoire contemporaine et à l'occasion l'histoire de Bretagne. Chargé à la nouvelle Faculté des Lettres et Sciences Sociales de Brest d'une maîtrise de conférences de Civilisation de la Bretagne et des Pays de langue celtique, il dirige depuis 1969 le Centre de Recherche Bretonne et Celtique de l'Université de Bretagne Occidentale. Attiré par l'histoire des mentalités, et en particulier religieuses - comme il convient lorsqu'on naquit et qu'on habite au bord du Léon, la terre crucifère par excellence Yves Le Gallo travaille à une thèse sur les Prêtres et Prélats du diocèse de Quimper et de Léon au XIXe siècle.
Cet ouvrage de synthèse, fruit d'un long travail pour un grand sujet, Yves Le Gallo l'a conçu comme une oeuvre de conscience et de devoir, mais aussi de passion. Il s'agissait pour lui d'éclairer, à partir des paysages et des mentalités, le visage de la dernière Bretagne charnelle. Ainsi ce livre a-t-il valeur à la fois de tableau et de message d'une civilisation.
Dès l'abord, fauteur met l'accent sur le caractère ambigu de la notion de Bretagne : unité, du fait de la géographie, du sol et du ciel dualité, à cause de l'histoire, des m urs et des langues : Basse-Bretagne, « celtique » bretonne, hier encore isolée par « la muraille chinoise de l'idiome breton » ; Haute-Bretagne, romane et armoricaine, qui vient se fondre dans les nébuleuses humaines de la France de l'Ouest - l'unité important sur la diversité, à mesure que progresse le français et que s'amenuise le particularisme.
En ce qui touche la Basse-Bretagne - le sanctuaire - l'auteur, dépassant le découpage administratif ou géographique, attache à restituer les grandes unités humaines : Léon, Trégor, Vannetais, Cornouaille. Toutefois, l'éblouissante diversité cornouaillaise l'amène à composer avec les suggestions du terroir : presqu'îles, montagnes, pays des vergers et des collines. Ainsi revit un monde clos et cloisonné, où la cellule fondamentale était la paroisse, le plou de la plèbe paysanne. Pour la Haute-Bretagne, moins diversifiée, Yves Le Gallo a préféré isoler un certain nombre d'unités privilégiées comme celle qui, rassemblant autour des rives de la Rance, Saint-Malo, Dinard, Combourg et la Chesnaie, en résume toutes les richesses.
Il va sans dire que pour l'auteur, universitaire de la plus occidentale et de la plus moderne des villes bretonnes, l'évocation le la Terre des Saints, des symboles et des songes ne saurait se réduire à la contemplation du passé.
On en trouvera le témoignage dans ce livre où la concision et la richesse du style, soutenant l'opulence de l'illustration, imposent une vision renouvelée de la plus étrange des provinces françaises.