Synopsis
Ici, à la Bastida, on le surnomme " le Basquou ", le vieil homme qui se penche ce matin-là, au seuil d'un étincelant dimanche d'octobre, sur une jeune femme tout de blanc vêtue, gisant dans l'allée du château. Pressent-il déjà, le vieux vannier, que ce qui est là va bousculer l'agencement coutumier de sa vie et des gens qui la partagent ? Ceux-là même, ces gens d'ici, avec leurs mots, avec les rumeurs et les humeurs qui les traversent, avec leurs maux de corps et leurs secrets enfouis au plus profond du cœur, comprendront-ils jamais pourquoi celle qui est tombée là, comme un ange désailé, va agiter de ses propres délires la mémoire de pierre de la Bastida jusqu'à ce que s'en libère enfin l'âme violentée de la Dame Blanche, la reine et l'oiseau, dont elle se croit parasitée ? Ce roman de Françoise Houdart, le onzième, place le jeu des coïncidences, des perceptions et des confusions de personnalités dans le cadre réel de la Bastide de Molières, humble joyau du Périgord Pourpre dans le Sud de la Dordogne, cette terre bénie des dieux épicurien, où les légendes nourrissent les événements de l'histoire des fortunes et des peurs que les hommes ont faites leurs.
Extrait
On a beau être né de sa terre, sa terre rouge et grasse; se savoir issu de sa souche et revendiquer sa parenté jusqu'à la plus lointaine génération, ce pays de combes moussues, ondulant jusqu'aux premiers chuchotements de la forêt de Bessède, ne cesse jamais d émerveiller celui qui gravit à pas lents, chaque matin, le petit tronçon de route qui remonte du cimetière de Saint-Jean et s'arrête, le dos légèrement fléchi, pour étancher son regard au ravissement de l'indicible émergence des choses dans la brumeuse clarté d'un jour gorgé d'automne. Le silence, à cette heure encore indécise entre deux métamorphoses du paysage, se perçoit aux clapotements de l'air qu'un petit rapace nocturne remue d'une aile lasse en amorçant sa descente vers le toit pointu du pigeonnier de la propriété voisine. La maison restera fermée jusqu'à l'été prochain, lorsque les vacances ramèneront les occupants saisonniers d'un patrimoine familial désertifié, confié aux soins experts d'une société de propreté locale.
C'est bien triste tout ça ! murmure le vieil homme. Il y a là de belles pierres voûtées par-dessous, dans la cave. Je le sais bien, moi. C'est une maison bâtie sur les ruines du vieux village. Mais nos maisons, elles meurent avec nous, les vieux de la Bastide. Heureusement qu'il y a les étrangers...
Ce spectateur pensif, c'est un homme d'ici, de la Bastide; fils et petit-fils de vanniers. Il y est né, il y a plus de sept fois dix ans. 11 sait que c'est ici qu'il mourra, ainsi qu'il en a l'intime, la calme certitude, depuis que son bras gauche est devenu si gourd qu'il ne peut plus soulever ni le chant du roseau ni celui du vannier.
L'épagneul qui l'accompagne n'est pas sensible aux méditations de son maître. Sitôt franchi le panneau signalant l'entrée dans la Bastide - carré noir au centre du damier blanc - il démarre, truffe au sol, les oreilles dansantes ; il file sans se retourner, sachant qu'il ne sera pas rappelé au pied, comme au temps des battues. Us se retrouveront plus loin, le vieil homme et son vieux chien, du côté du Porche, et ils rentreront côte à côte, du même pas entravé par les ans, prendre au logis le premier café du matin, que la vieille femme servira dans les bols en grès : deux bols sur la table, où patiente la baguette encore toute craquante de tiédeur, et le troisième, celui de Filou, posé par terre juste à côté de sa corbeille en osier.
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