Synopsis
Le présent ouvrage constitue un recueil exhaustif de notes critiques et de commentaires érudits sur les mythes et les généalogies grecques, prenant pour fil conducteur l'oeuvre de la *Bibliothèque* d'Apollodore. S'articulant en chapitres et en livres, cette analyse documentaire confronte systématiquement le récit d'Apollodore avec les traditions de sources antiques majeures (Hésiode, Homère, Pindare, Euripide, Phérécyde, etc.). L'objectif principal est de démêler l'écheveau complexe des successions théogoniques, des généalogies héroïques et des mythes fondateurs, en s'appuyant uniquement sur le texte source et sur une exégèse rigoureuse des fragments littéraires conservés.L'étude commence par une immersion dans la théogonie grecque ancienne, comparant les récits d'Hésiode (le Chaos précédant la Terre et le Tartare) avec les cosmogonies orphiques (où l'invincible Nécessité et Chronos enfantent l'Éther et l'Amour, appelé Phanes). Une attention particulière est portée à l'identification des Titans, avec des discussions sur le rôle de Dioné et Phorcys, et les différentes traditions concernant leur origine et leur existence historique, notamment chez Diodore de Sicile.Le commentaire détaille ensuite la succession des règnes divins : l'éviction d'Uranus par Saturne (Chronos), et la prise de pouvoir par Jupiter. Ce dernier événement, crucial, implique la libération des Cyclopes et des Centimanes. Le texte examine les multiples traditions sur la naissance de Jupiter (en Crète, en Arcadie) et le rôle de ses nourrices (Amalthée, Mélisse), citant Cicéron pour souligner la confusion autour des différentes divinités portant ce nom. La descendance de Jupiter avec Junon (Hébé, Mars) et Thémis (les Saisons et les Parques) est passée au crible, tout comme les origines disputées de Vénus et des Muses.Une partie substantielle est consacrée au cycle de Héraclès (Hercule), dont les travaux sont analysés en profondeur. L'examen des travaux majeurs ― le lion de Némée (né de la Lune, selon certains), l'Hydre de Lerne, la Biche de Cérynie, le Sanglier d'Érymanthe, les Oiseaux Stymphalides, les étables d'Augias, les chevaux de Diomède, la ceinture d'Hippolyte, les boeufs de Géryon, et les pommes des Hespérides ― est enrichi par des comparaisons de sources, révélant parfois des légendes peu connues ou des versions modifiées par les poètes tragiques.Le texte s'attarde sur les figures mythologiques clés liées à cette généalogie, comme Persée, dont la naissance issue de Danaé et de Jupiter sous forme de pluie d'or est détaillée, ainsi que ses exploits (la Gorgone, le monstre marin et Andromède). L'histoire d'Héraclès se termine par une analyse critique de sa fureur, de ses mariages (Mégare, Déjanire) et de sa mort, causée par la tunique empoisonnée par le Centaure Nessus, et son apothéose auprès des dieux.Le cycle de Thèbes est également développé, depuis la fondation de la ville par Cadmus et Harmonie jusqu'au destin tragique d'oedipe, en passant par l'expédition des Sept chefs contre Thèbes et la guerre des Épigones. Le rôle des devins (Tirésias, Amphiaraüs) et les malédictions qui pèsent sur ces familles sont mis en lumière.Enfin, une digression fondamentale est insérée, traitant des origines des peuples grecs. Elle démontre, contre l'opinion d'Hérodote et d'Éphore, que la nation grecque était à l'origine entièrement Pélasge et s'est scindée en factions. L'étude propose une chronologie des lignées royales d'Argos (Inachus, Phoronée, Danaüs) et d'Athènes (Cécrops, Pandion, Érechthée), et retrace le processus par lequel les Doriens et les Ioniens ont acquis leur nom et se sont finalement imposés comme les autorités du Péloponnèse, conduisant à l'oubli progressif du nom Pélasge.
À propos des auteurs
Pseudo-Apollodore, parfois nommé Apollodore le Mythographe, est le nom donné à l'auteur de la Bibliothèque, anciennement attribuée à Apollodore d'Athènes (IIe siècle av. J.-C.). Auteur et oeuvre Très peu de choses sont connues de cet auteur et d'éventuelles autres oeuvres. L'oeuvre a été écrite au Ier ou IIe siècle, aux « alentours de l'an 200 de notre ère », selon Jean-Claude Carrière[1]. La Bibliothèque est une sorte d'abrégé de la mythologie grecque. C'est l'une des sources les plus complètes et les plus utiles sur le sujet, et il semble que le pseudo-Apollodore ait été très fidèle à ses sources : le passage de la Bibliothèque parlant du mythe d'oedipe, par exemple, est très proche de la version que Sophocle donne dans l'oedipe roi, et celui parlant d'Alceste, fille de Pélias, très proche de la tragédie d'Euripide portant son nom. La plus importante des sources de la Bibliothèque que nous avons perdue est le travail de Phérécyde d'Athènes, un mythographe du Ve siècle av. J.-C. Il semble que beaucoup des passages les plus utiles de la Bibliothèque proviennent de cet auteur. Le texte que nous avons à l'heure actuelle est fragmentaire : le texte des manuscrits connus (qui sont tous issus du Parisinus Graecus 2722), s'interrompent brutalement pendant la narration du trajet de Thésée entre Trézène et Athènes. Néanmoins, il existe deux abrégés, identiques sur de nombreux passages, qui résument le contenu de l'oeuvre, y compris la fin perdue : l'Épitomé du Vatican et les Fragments sabbaïtiques. À partir de ces deux textes, James George Frazer, dans son édition de la Bibliothèque de 1921, a écrit pour cette partie perdue un texte unifié.
Apollodore est un auteur grec de l'Antiquité, actif entre le IIᵉ et le Iᵉʳ siècle av. J.-C., principalement connu pour son oeuvre consacrée à la mythologie grecque. Son nom est aujourd'hui associé à la Bibliothèque (Bibliothḗkē), un texte de référence qui rassemble, organise et transmet les principaux récits mythologiques de la Grèce ancienne. La Bibliothèque d'Apollodore constitue une synthèse systématique des mythes grecs, depuis les généalogies divines jusqu'aux cycles héroïques (Héraclès, Thésée, Persée, les Argonautes, la guerre de Troie). L'ouvrage se distingue par sa volonté de classification, offrant une vision structurée de traditions issues de sources multiples : poésie épique, tragédie grecque, mythographie archaïque et classique. Apollodore occupe une place centrale dans l'histoire de la mythographie grecque. Son travail a servi de base à de nombreux auteurs antiques et médiévaux, puis à la transmission moderne des mythes grecs. Bien que l'attribution exacte de la Bibliothèque fasse l'objet de débats philologiques, le nom d'Apollodore demeure indissociable de ce corpus, fréquemment utilisé par les historiens de l'Antiquité, les philologues, les hellénistes et les spécialistes de la mythologie comparée. Les oeuvres attribuées à Apollodore sont aujourd'hui largement diffusées en traductions françaises, anglaises, italiennes et espagnoles, tant dans des éditions savantes que dans des formats destinés au grand public. Elles constituent une porte d'entrée privilégiée pour comprendre la culture grecque antique, les systèmes de parenté mythique, les figures divines de l'Olympe et les récits fondateurs de la civilisation occidentale. Apollodore est ainsi reconnu comme une source majeure pour l'étude de la mythologie grecque classique, de la littérature antique, de la religion grecque, et de la transmission des récits mythiques dans l'histoire intellectuelle européenne.
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