Le Japon, une nation mal comprise et sous-estimée par les démocraties occidentales
Depuis l'émergence du Japon comme puissance industrielle à la fin du XIXe siècle, et encore plus depuis sa défaite à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les occidentaux, et particulièrement les Etats-Unis, ont constamment amplifié les faiblesses du Japon et sous-estimé ses ressources. Partant du principe que le Japon ne pouvait qu'adopter leur propre modèle économique et politique, ils n'ont pas su, par ailleurs, évaluer à leur juste valeur les spécificités du système nippon.
Un nouveau modèle économique
Le Japon a su bâtir une économie puissante et efficace, dont les principales caractéristiques sont aux antipodes du capitalisme. Que ce soit par la négation de l'individu au profit du groupe et de la Nation, le système de l'emploi à vie, la primauté donnée à la coopération plutôt qu'à la compétition, ou enfin par le contrôle de l'économie nationale par l'administration, le Japon prouve qu'il existe une autre voie que le capitalisme pour créer de la richesse.
Le Japon, future première puissance économique mondiale
Contrairement au pessimisme affiché par les observateurs occidentaux et par les Japonais eux-mêmes, le Japon saura trouver les ressources nécessaires pour surmonter ses difficultés et continuer sa fulgurante ascension. Sa domination industrielle lui permettra de devenir en l'an 2000 la première économie mondiale. --
Idées clés, par Business DigestLe livre de Eamonn Fingleton opère avec talent une tentative d'éclaircissement sur la réalité de la puissance économique du Japon, ses desseins et ses ambitions au-delà des images, des tabous et des a priori qui confortent les élites occidentales dans leur certitude.
Les succès économiques remportés par le Japon dans les années 70 et 80 seraient un épiphénomène que la crise des années 90 confirmerait. L'industrie connaîtrait une perte de compétitivité sensible face à la concurrence asiatique et nord américaine et le système bancaire japonais serait paralysé par les erreurs du passé et les financements abusifs de l'immobilier. Voici à grands traits la situation de l'économie japonaise qui emporte l'adhésion en Occident et aux Etats-Unis.
Selon notre auteur il y a dans ce descriptif une véritable conspiration des occidentaux, et au premier chef des américains, pour nier la réalité du Japon et de sa puissance, au profit d'une vision optimiste simpliste fondée sur le libre-échangisme et sur laquelle aujourd'hui tout le monde s'accorderait, pour atteindre un monde meilleur en dépit des frictions commerciales qui ressurgissent parfois. Eamonn Fingleton a le souci de rappeler combien la réalité économique participe d'une vision de l'histoire qui, très certainement, oppose occidentaux et japonais.
Au-delà des images, de la rhétorique et quelquefois des rêves, il y a la réalité d'un pays qui au cours des quatre dernières décennies a mené de façon constante, sous l'autorité du puissant Ministère des Finances, une politique de développement industriel et technologique. Entre 1990 et 1995, la production industrielle japonaise a dépassé celle des Etats-Unis, 3,5 millions d'emplois ont été créés, le taux d'épargne est remonté à plus de 16% du PNB pour atteindre un niveau de plus de 850 milliards de dollars, soit plus de la moitié de l'épargne mondiale, le PNB par habitant a atteint 33 000 dollars contre 17 000 dollars pour la Grande-Bretagne, le commerce japonais a continuer de progresser malgré l'appréciation du yen et l'Asie est devenue le premier partenaire économique et la première région d'exportation ; et la liste n'est pas exhaustive.
Enfin, et fait majeur, le Japon s'est engagé avec obsession à obtenir un avantage compétitif structurel dans les hautes technologies, bénéficiant d'une position centrale dans la répartition internationale de la valeur ajoutée : Boeing, IBM, Xerox, Apple et même Intel dépendent aujourd'hui plus que jamais de la technologie japonaise.
Ces années 1990-95 resteront pourtant marquées par la récession du Japon ! Et le grand mérite de Eamonn Fingleton est de nous confronter de façon brutale à une réalité saisissante sur laquelle nos élites devraient s'arrêter.
Par delà la reflexion, il y a l'évolution d'un modèle dont nous avons peur de nous approprier certains caractères car ceux-ci relèveraient de la spécificité japonaise qui n'est pas transposable ! Alors nous évoquons le jour où le Japon se laissera aller aux séductions de l'Occident, éternel mirage de voir l'autre nous ressembler ou complexe ethnocentrique qui, au total, traduisent un sentiment ambigü d'attraction et de répulsion.
L'analyse suggère toutefois une réserve, malgré le talent mis par l'auteur à nous convaincre. Elle suppose en effet un concensus de la population autour d'un système, et il conviendrait pour s'en convaincre de s'interroger sur les évolutions culturelles et sociales de la société japonaise, pour en atténuer ou en confirmer les thèses. -- Thiébault Julin -- -- Business Digest