Synopsis
La submersion des terres est un des sujets les plus fréquemment traités dans les mythologies. Et parmi les récits les plus connus, on trouve évidemment le Déluge biblique, adaptation tardive de légendes mésopotamiennes qui remontent à la période sumérienne. Toutefois, ce thème du déluge ne se limite pas aux traditions du seul Proche-Orient, et on le retrouve un peu partout dans le monde, depuis les déluges grecs d'Ogygès et de Deucalion, jusqu'aux grandes inondations évoquées dans le Popol-Vuh, le livre sacré des Maya-Quichés, en passant par les déluges chinois de Yao et de Yu le Grand. Quant aux traditions européennes, elles ne sont pas en reste, avec des récits de ville englouties, telle la mythique ville d'Ys. Et puis, bien sûr, qui dit peuples engloutis pense immanquablement à l'Atlantide. Évoquée pour la première fois par le philosophe grec Platon, l'histoire de la disparition soudaine de la civilisation atlante n'a cessé d'enflammer les imaginations. Des générations de chercheurs ont localisé le continent disparu aux quatre coins du monde, croyant pouvoir identifier des traces de la mythique civilisation en Méditerranée, à Gibraltar ou aux Bahamas, et jusque dans les abysses de l'océan Atlantique. Mais qu'en est-il de la réalité historique de ces récits qui font intervenir tantôt les flots déchaînés de l'océan, tantôt les eaux d'un ciel vengeur? Longtemps sceptiques, les scientifiques ont maintenant les preuves que de grandes catastrophes ont périodiquement frappé les premières civilisations au cours des dix derniers millénaires. Géologues, océanographes, astrophysiciens, linguistes et archéologues mettent aujourd'hui leur savoir en commun pour reconstituer, au-delà des mythes et légendes, les épisodes dramatiques de la longue confrontation entre les hommes et les eaux.
Extrait
DE ZIUSUDRA À NOÉ : TOUS DANS LE MÊME BATEAU
Ivan Verheyden
«Nescire quid antea quam natus sis acciderit id semper puerum esse.»
(C'est être un éternel enfant que d'ignorer ce qui s'est passé avant nous.)
(Cicéron)
Petit historique des campagnes de fouilles
Quelqu'un qui, vers les années 1840, descendrait l'Irak en longeant le cours du Tigre ou de l'Euphrate, depuis l'ancienne Mésopotamie du Nord jusqu'au golfe (arabo-)Persique, ne suivra qu'une route caillouteuse entre une succession monotone de collines, dont de rares nomades rencontrés diront qu'on appelle cela des «tells», des monticules. Hérodote, Strabon et quelques autres nous parlaient bien de Babylone, mais les Assyriens qui leur succédèrent, par exemple, n'étaient connus que par les récits bibliques, invérifiables. D'autre part, aucun recoupement ne pouvait encore se faire avec l'histoire égyptienne : s'il est vrai que Jean-François Champollion avait décrypté les hiéroglyphes en 1822, on n'en était encore qu'à déchiffrer tous les documents épigraphiques et littéraires qui s'étaient accumulés au fil des ans. Le fils de Figeac devait d'ailleurs mourir d'épuisement dix ans plus tard. Pour ce qui est des Sumériens, c'était bien simple : on n'en soupçonnait même pas l'existence ! Les premières découvertes allaient, comme souvent en sciences, être le fait d'amateurs éclairés. En 1842, Paul-Émile Botta fut nommé consul de France à Mossoul. Diplomate et non archéologue, sa passion pour l'histoire avait encore été intensifiée par son passage en Égypte. Les archéologues pour leur part, s'en tenant à leurs propres spéculations bibliques - ils recherchaient partout le moindre vestige pouvant être associé à un nom dans la Bible - avaient fini par abandonner, aucun monument ne se trouvant à l'endroit où on pensait qu'il devait être. Heureusement, Botta suspectait les tells - hüyük en turc, tepe en persan -d'être les vestiges de cités mésopotamiennes, que le temps et les vents de sable avaient fait disparaître. Il débuta par le site de Ninive, mais sans succès. Cependant, informé par un de ses ouvriers, il se rendit au village de Khorsabad où il était censé trouver de nombreuses «briques à inscriptions». En deux ans de fouilles, il mit au jour le palais du roi néo-assyrien Sargon le Grand aux confins de Ninive. Malheureusement, mises en contact avec la lumière et l'air chauffé à blanc, les sculptures se dégradaient rapidement et Botta chargea son collègue de dessiner le plus de copies possible des monuments et des inscriptions, puis rentra à Paris.
L'année suivante, en 1845, un jeune Britannique du nom d'Austen Henry Layard, en route vers Ceylan où il avait décroché un job dans une plantation de thé, fit une halte touristique en Irak. Amateur d'histoire ancienne lui aussi, il s'y attarda, d'abord pour quelques semaines, puis pour plus d'une décennie. Fouillant les tells assyriens, il exhuma à Nimrud les fameux taureaux ailés puis, mettant ses pas dans ceux de Botta, il redécouvrit Ninive sur la colline de Kuyundjik. Les fouilles se poursuivirent jusqu'en 1854. Layard mit au jour le palais de Sennachérib (704-681), mais surtout, dans la couche en dessous de ces ruines, la fabuleuse bibliothèque d'Assurbanipal, roi assyrien de 668 à 631 avant J.-C. Ce sont quelque 25 000 tablettes, plus ou moins bien conservées, qui allaient être partagées entre les autorités ottomanes à Constantinople et le British Muséum à Londres...
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