Synopsis
Un reportage photographique exceptionnel
Partez sur les traces de l'ancienne maison du Parti communiste bulgare perdue dans les montagnes, de la célèbre Battersea Power Station de Londres, d'une fête foraine abandonnée à Bali, de l'extraordinaire Bourse du commerce à Anvers, vide de toute activité, d'hélicoptères russes oubliés à Bruges, d'un village fantôme en Italie, d'églises déconsacrées, de châteaux oubliés, de prisons et d'asiles psychiatriques fermés, d'usines abandonnées, de stations de métro fantômes...
Depuis dix ans, Sylvain Margaine parcourt le monde à la recherche de ces lieux interdits, oubliés de tous.
Extrait
Enfant curieux, je m'aventurais dans les usines textiles abandonnées de ma région natale, les Pyrénées françaises, à la recherche de nouveaux terrains de jeux à explorer. Alors que cette curiosité d'aventurier disparaît naturellement avec l'âge, elle s'est chez moi transformée.
Dans les années 1990, équipé d'un appareil photo jetable, j'ai continué, au fil de mes voyages, à explorer dans un but documentaire : inventorier ce «petit patrimoine» avant qu'il ne disparaisse. Mes cibles : les friches industrielles, le patrimoine civil (hôpitaux, théâtres, châteaux...), militaire (prisons, casernes, forts...) ou religieux (églises, monastères, cimetières...). Mais aussi les infrastructures utilitaires (égouts, tunnels, galeries techniques, catacombes...) dont la beauté intrinsèque est ignorée de tous.
Le trait d'union ? L'abandon, l'oubli. L'exploration de l'insolite. Simplement à deux pas de chez soi. Au début des années 2000, la photographie s'est imposée non plus seulement comme élément de témoignage, mais comme élément de mise en valeur. Elle sensibilise, attire le regard sur la beauté éphémère de ces lieux, sur la fascinante esthétique de l'abandon. Ainsi, voilà maintenant près de quinze ans qu'armé de mon appareil, je recense et illustre l'absurdité d'une société qui préfère construire du neuf plutôt que chercher à se réapproprier les perles rares du passé.
La maison du Parti communiste bulgare Buzludzha, Bulgarie
Le Hadji Dimitar est un piton rocheux culminant à 1441 mètres. C'est l'un des sommets de la chaîne montagneuse Stara Planina (appelée aussi Grand Balkan) qui traverse la Bulgarie d'est en ouest. Il s'est appelé ainsi jusqu'en 1942, après la victoire d'un chef bulgare du même nom face aux troupes ottomanes, en 1861. Il a repris depuis son nom historique : Buzludzha. C'est en effet à ses pieds que furent signés en 1891 les accords de Buzludzha qui marquèrent la naissance du Parti social-démocrate bulgare. En 1971, le secrétariat du Comité central envisage d'y bâtir un monument pour commémorer la création du mouvement socialiste. Commencée en 1974, la construction va durer sept ans et sera financée par l'État et par souscription. Les dons sont tels qu'ils dépassent le budget prévu. Ils permettront d'édifier un mémorial annexe non loin de là. Plus de 6 000 personnes - membres du génie civil de l'armée et volontaires - participent aux travaux, sous l'autorité du général Delcho Delchev. L'architecte Guéorguy Stoilo, qui a imaginé le bâtiment, greffe les styles traditionnels locaux sur une architecture très moderne Le monument s'étage sur plusieurs niveaux : à la base, un immense auditorium en forme de soucoupe volante de 15 mètres de haut, ceinturé d'une promenade panoramique. A la périphérie de ce socle massif s'élève une tour de 75 mètres fichée de part et d'autre de deux grandes étoiles de verre rouge. Son emplacement dominant le paysage la rend visible à des kilomètres. A l'intérieur, peintres et sculpteurs ont travaillé dans le même esprit. Les nombreuses fresques de marbre, de pierre et de verre composent ainsi un curieux mélange de mosaïques. Leurs motifs oscillent entre portraits réalistes de dirigeants communistes et scènes quasi mythologiques de batailles héroïques. Le couloir entourant la salle principale est orné d'illustrations de chansons patriotiques. La décoration va jusqu'aux escaliers permettant d'accéder à la tour, agrémentés de compositions de verre de cristal blanc. Le monument de Buzludzha est inauguré en août 1981. Sa carrière ne sera guère plus longue que le temps passé à le bâtir. En 1989, la chute du régime soviétique entraîne sa fermeture. Soumis aux attaques du temps et des hommes, il périclite alors rapidement. Les mosaïques sont endommagées, le bâtiment subit des pillages continus et les 30 tonnes de cuivre qui recouvrent le toit de l'auditorium ne sont bientôt plus qu'un lointain souvenir. Le Parti socialiste bulgare organise néanmoins chaque année, au mois d'août, un grand rassemblement pour éviter que le bâtiment ne tombe dans l'oubli. En septembre 2011, le gouvernement transfère finalement la propriété du monument au Parti socialiste, mais début 2013, les nouveaux propriétaires et l'État n'ont toujours pas trouvé d'accord pour sa restauration.
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