Je me suis souvent dit qu'il fallait avoir une araignée au plafond pour tisser une collection de seins littéraires. Il est tant de sujets plus majestueux: l'univers, les supernovas, les galaxies, l'origine du monde, le hasard et la nécessité, ou Dieu dont certains raffolent. Ces enthousiastes diront que seuls un enchantement incompréhensible et un assoupissement surnaturel peuvent expliquer mon divertissement. Être intéressé par un unique objet, le sein littéraire, est-ce bien normal ?
Répondez : n'êtes-vous pas autant que moi fou des seins de femmes, des seins du corps féminin qui tant est tendre? N'avez-vous pas rêvé de l'impossible livre qui vous ferait rencontrer tous les seins présents dans tous les livres de toutes les langues de la terre? Michaux est toujours sincère : "Je ne suis pas seul" dit-il. Il doit y en avoir d'autres. Mais enfin, moi aussi, moi aussi, j'ai baigné dans ta mer des mamelles.
Sur ces eaux-là m'accompagneront celles et ceux qui au coeur des livres aiment trouver des femmes qui ont des avantages. Attention tout de même ! Je préviens que comme Sindbad le marin je vais sans boussole. Quand les marchands demandent : O capitaine, quelle nouvelle y a-t-il donc? Sindbad jette à terre son turban, s'arrache la barbe en proie à un chagrin inexprimable et répond : Sachez, bonnes gens ici assemblés, que nous sommes sortis de la mer où nous étions pour entrer dans une mer dont nous ne connaissons pas la route.
Alain Ferry
Né le 17 décembre 1939 à Bône (aujourd'hui Annaba), en Algérie.
Père : ouvrier agricole.
Enfance passée au Domaine viticole d'El-Kous.
Études secondaires au Lycée Saint-Augustin, à Bône.
1957-1959 : hypokhagne et khagne au Lycée Bugeaud, à Alger.Commence en même temps une licence de philosophie à la Faculté d'Alger.Puis khagne à Paris, au Lycée Henri IV.Obtient la licence de Lettres classiques à la Sorbonne, le Diplôme d'Etudes Supérieures sur Virgile et la peinture de l'amour dans l'Enéide ; puis le CAPES et l'Agrégation des Lettres classiques.
Ecrit des poèmes recueillis sous le titre de La paix naïve .
1965 : professeur au Lycée Alain, à Alençon.
1966 : fait le service militaire comme soldat-professeur à La Flèche.
Depuis 1967, professeur dans des classes préparatoires aux Grandes écoles.
Les années scolaires passent. Sera nommé professeur de chaire supérieure.
1990-91-92-93 : membre du Jury de l'Agrégation externe des Lettres modernes pour l'écrit et l'oral.
Parfois, n'était pas loin de croire que son "salut" ne viendrait que de la littérature. Des textes sont refusés. Certains sont pris et publiés, notamment par Georges Lambrichs dans Les Cahiers du Chemin, et par Jean Piel dans Critique.
* Publie au Seuil, en 1978, EL-KOUS, éthopée d'un pied-noir.
En 1982, Pascale Breugnot et Denis Chegaray le font revenir à El-Kous pour le vingtième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Principal témoin dans L'Amour des cœurs, premier volet du triptyque composé pour la chaîne Antenne 2 par Denis Chegaray et Olivier Doat, et intitulé Guerre d'Algérie ― mémoire enfouie d'une génération.