"PARIS est un semeur. Où sème-t-il ? dans les ténèbres. Que sème-t-il ? des étincelles. Tout ce qui, dans les intelligences éparses sur cette terre, prend feu ça et là, et pétille, est le fait de Paris. Le magnifique incendie du progrès, c'est Paris qui l'attise. Il y travaille sans relâche. Il y jette ce combustible, les superstitions, les fanatismes, les haines, les sottises, les préjugés. Toute cette nuit fait de la flamme, et grâce à Paris, chauffeur du bûcher sublime, monte et se dilate en clarté. De là le profond éclairage des esprits. " Lorsqu'il compose cet essai, qui sert de préface à un livre publié à l'occasion de l'Exposition universelle de 1867, Victor Hugo a quitté Paris depuis seize ans. Très inspiré, il compose dans l'exil un texte héroïque et majestueux. Il compare la capitale de la France à Athènes, Rome et Jérusalem. Dominique Fernandez parle ici de " splendide utopie ".
L'année 1867 est marquée par une exposition universelle à Paris. Voilà seize ans déjà que Victor Hugo est en exil à Guernesey. De son côté, Paul Meurice veut marquer l'événement parisien par une série de textes signés par des sommités de tous genres. Se retrouvent alors George Sand, Dumas père et fils, Michelet, Renan, Sainte-Beuve dans un même recueil... Et Victor Hugo en porte-drapeau, rédacteur d'une préface magnifique.
C'est donc depuis son refuge que l'auteur des
Contemplations saisit l'occasion de proclamer un évangile humanitaire, démocratique et pacifiste. Un an auparavant, les troupes prussiennes, fortes de leurs canons Krupp, avaient écrasé l'armée autrichienne. Dans le "souvenir" de ce conflit meurtrier, Hugo affiche son optimisme, ses idées de paix, de fraternité, en même temps qu'il compare la capitale à Rome, Naples et Athènes, retrace l'histoire, s'enflamme, s'exalte sur Paris : "Rien de plus fantasque, rien de plus tragique, rien de plus superbe."
Outre le lyrisme flamboyant déployé, ce Paris de Victor Hugo a cela d'intéressant qu'il est précisément écrit hors les murs, dans l'absence, dans la colère et le souvenir, la mélancolie et le regret. Ce qui rend compte de la douleur d'un homme, furieusement attaché à une ville, comme il le soulignait lui-même : "J'ai eu deux affaires dans ma vie, Paris et l'Océan..." --Céline Darner