Renaud Dutreil aurait pu avoir une vie rectiligne.
Tête bien faite et bien pleine (Lauréat du Concours Général de philosophie, Normale Sup, ENA), il entre au Conseil d’Etat en 1989. Il est ambitieux, il a une passion pour la «France universelle», il veut être Président de la République. Pendant quinze ans, il mène des campagnes électorales, est élu plusieurs fois député, est le premier Président de l’UMP dont il est un des fondateurs. Jacques Chirac le nomme ministre dans trois gouvernements successifs. Les lois qui portent son nom facilitent la création d’entreprise, allègent la fiscalité des entrepreneurs, des artisans et des créateurs, ces Français qu’il admire et qu’il rencontre lorsqu’il sillonne le pays.
En 1993 et 2001, il rédige deux essais dans lesquels il explique ce qu’il voudrait changer dans son pays pour le sauver, Le Coq sur la paille et La République des âmes mortes. Devant le naufrage inexorable d’une vie politique qui le faisait rêver à vingt ans, il sent fléchir le feu qui l’a habité la moitié de sa vie. Il abandonne la politique, démissionne de tous ses mandats et quitte la France.
Il s’installe à New York où il représente le groupe de luxe LVMH en Amérique du Nord. Il soutient des artistes qui font scandale – Marina Abramovic : the artist is present au MOMA 2010 – des institutions scientifiques françaises – Institut des Hautes Etudes Scientifiques –, des écoles – Parsons School for Design –, des projets culturels – la librairie française à New York –, les “entreprises du patrimoine vivant” dont il a été l’initiateur en France.
Avec la parution en 2015 de « Qui a tué Eve ? », le voilà romancier ! Dans la vie ou à l’ouvrage, Renaud Dutreil est un artisan. Ses convictions, réflexions et pensées sur l’origine et l’évolution de l’Humanité sont autant de matériaux au service d’un objet littéraire singulier, brillante et iconoclaste réinterprétation des romans allégoriques du XVIIIe siècle. Il poursuit ainsi sa quête consacrée à l’apprentissage de ce que Montaigne appelait… « faire son métier d’homme ».