Jean-Jacques Thillet

Ma compétence "montagne" en météorologie, je l'ai acquise au pied du Mont-Blanc. Maurice Herzog, vainqueur de l'Annapurna, ministre des Sports du Général de Gaulle, maire de Chamonix, a obtenu de la Météorologie Nationale la création d'une Antenne de Prévision dans sa commune. Son souci était d'améliorer la prévention, suite à une série de tragédies, liées au climat difficile de l'époque (étés frais et pluvieux). J'ai été désigné pour animer cet élément décentralisé. L'ouverture remonte au 1er juillet 1969, dans les locaux de l'Office du Tourisme. Je disposais de deux fac-similés pour la réception des cartes et je pouvais compter sur le soutien opérationnel du Centre de Prévision Régional de Lyon-Bron. Durant six étés, j'ai assuré une permanence quotidienne du 1er juillet au 31 août, WE compris. Les premières années, pas de prévision numérique (solutions de l'ordinateur) : le crayon, la gomme, la réflexion, l'acharnement à apprendre des erreurs, toujours trop nombreuses. Ah ! l'orage de fin de nuit, insolite, imprévu, qui menace les cordées à proximité des sommets exposés. Ah ! la neige jusqu'à 2 000 m en plein été, qui fige les parois en piège glacé mortel. Tout était à inventer, à commencer par ma propre expérience. Un travail de pionnier. Exercice très difficile, très exigeant, car des prévisions dépendaient l'organisation des "courses" et ensuite leur Sécurité. Difficile mais enthousiasmant. Par l'apprentissage in situ de cette spécialité, par les échanges humains directs avec les guides, les alpinistes, dont les plus grands (très humbles aussi) de ces années-là (Roger Frison-Roche, Gaston Rébuffat, Pierre Mazeaud, René Desmaison, Giorgio Bertone, Jean Afanassieff, Pierre Leroux, Yannick Seigneur, Jean-Marc Boivin...), mais aussi les randonneurs, les touristes, les acteurs de l'économie montagnarde (refuges, remontées mécaniques, campings...). La porte et le téléphone étaient ouverts... jusqu'à la submersion.

A la demande du maire, suite à la réussite de l'expérience, qui avait conquis le public alpin, l'Antenne évolua vers une Station permanente, dont l'effectif grandit au fil des ans. Elle était abritée par la Maison de la Montagne, création en 1972 de Gérard Devouassoux, guide, adjoint au maire, décédé en 1974 dans une avalanche à l'Everest, et Jean-Jacques Mollaret, guide, ex-patron du PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne - Sauvetage), Commandant de la Compagnie de Gendarmerie. La Maison de la Montagne regroupait la Compagnie des Guides de Chamonix, l'Ecole du Ski Français (moniteurs), l'Office de Haute Montagne, chargé de l'information de tous sur les conditions du massif, les profils de courses, les précautions à respecter... Un ensemble très cohérent, au cœur même de la ville, avec pour mission première la Prévention. Les prévisions météo avaient considérablement amplifié leur audience, distribuées par des répondeurs automatiques. Celles de Chamonix devinrent rapidement les plus consultées de France. A l'extérieur, un panneau d'affichage offrait une documentation très complète, très regardée... et même très photographiée.

La Direction parisienne, satisfaite des résultats, me demanda en 1979 d'accepter la responsabilité du Centre Météo de Grenoble, associé, sous une autre direction, au CEN (Centre d'Etudes de la Neige - neige et avalanches), sur le Campus Universitaire de Saint-Martin-d'Hères, en bordure de Grenoble. Une tâche surtout administrative. Parmi mes réalisations, le premier bulletin de prévision météo graphique du monde, en 1985. En association, pour le développement, avec une "start up" de Meylan. Innovation sur Minitel. Comme ce média était une exclusivité française, qu'Internet ne fonctionnait que dans les laboratoires, je revendique le qualificatif de "mondial".

J'ai achevé ma carrière à Tahiti, où j'ai découvert un pays merveilleux, un peuple très attachant, aux conquêtes héroïques, une culture très originale, particulièrement séduisante. Mais aussi, bien sûr, la rencontre avec la passionnante météorologie des tropiques.

Mes livres représentent un bilan - trop limité par les contraintes de l'édition - de ma pratique de la météorologie de montagne, plus complexe et riche que nulle autre, car chaque montagne et chaque vallée créent une mosaïque de microclimats. Les activités y sont multiples, d'une très grande variété, réclamant une approche prévisionnelle singulière.

Je me suis attaché à proposer un développement progressif le plus pédagogique possible, soutenu par la très belle illustration de mon collègue et ami Dominique Schueller. Inévitablement, pour entrer au cœur des phénomènes pris un par un (les briques du projet), certaines notions demandent un effort d'appropriation, tant la science météo me paraît parent pauvre de l'Education.

Bonne découverte et... courage aux lecteurs. Merci à vous qui lisez ces livres. J'espère répondre à la plus grande part de votre curiosité.

Avec mon amicale sympathie.

Jean-Jacques Thillet

NB :

Je n'ai rien à voir avec "le paquet de nouilles".

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